Dedans ou dehors

Lectures : AT: Gen.22,1-14(15-19)         Epître: Hébr.5,(1-6)7-9(10)

Evangile: Mc.10,35-45

Pr : Hébr.13,12-14

Frères et sœurs, nous vivons des temps contradictoires. Ces jours-ci il faut être solidaires en s’isolant, montrer son attention en gardant ses distances. Les habitants de notre pays vivent une monotonie bizarre et qu’on n’aurait pas imaginée il y a quelques semaines encore, entre le passage au supermarché, éventuellement le travail par télétransmission, les prises de nouvelles par téléphone même si c’est le voisin direct, et les dernières informations sur la propagation du virus, l’une plus alarmante que l’autre.

Certains paniquent. Paniquent en achetant 100 rouleaux de papier toilette, ou des tonnes de tomates en conserves et de pâtes sèches. Paniquent en restant devant les écrans, petits ou grands, à lire ce que nous ne comprenons pas, à écouter les experts de leurs propres grâces. Ou en bravant tous les interdits, « mangeons et buvons, car demain nous serons morts. » Ou dans deux semaines. Comment maintenant passer des chiffres de contamination, de maladie et de morts à cette lettre qu’un auteur inconnu a adressé à d’autres gens que nous ne connaissons pas, il y a presque 2000 ans ? Lire la suite

Persévérez !

Chants : ARC 68, 1.4.5 ; 611 ; 475 ; 584 ;
Lectures : AT : Lam. 3, 22-26.31-32
Épître : (2Tim. 1, 7-10) Évangile : Jn 11, 1(2)3, 17-27 (41-45)
PR : Hébr. 10, 35-36(37-38)39

Et voilà que nous est proposé à nouveau un passage de l’Épître aux Hébreux, comme nous en avions tant en début d’année. Et encore, ce petit passage mérite d’être lu et relu pour que nous comprenions mieux.
L’auteur s’adresse à un groupe qui a été victime de persécutions, et ceux parmi ce groupe qui n’étaient pas eux-même exposés aux injures et persécutions, aux confiscations de leurs biens et aux incarcérations injustifiées, en ont souffert par compassion avec leurs frères ainsi maltraités. Il les encourage à persévérer, à ne pas perdre courage, car, comme il dit, « nous ne sommes pas des gens qui tournent leur manteau selon le vent, ce qui voudrait dire renier Dieu sous la pression, mais nous sommes des gens de foi, et c’est pourquoi Dieu ne nous laissera pas tomber. »
Mais alors – quel message pour nous ? Pour les frères et sœurs qui vivent le supplice en Syrie, en Irak, au Pakistan, en Chine et ailleurs où leur vie et leur existence est constamment menacée, d’accord – mais nous ne risquons pas d’aller en prison pour notre foi, d’être spolié de nos biens, d’être maltraités et ridiculisés… ou bien ?
Ceci dit, si nous ne connaissons pas d’oppression proprement dite de la part de la République, les chrétiens sont observés avec méfiance. On est, comme dit Jean Alexandre, pris dans un piège composé d’incompréhension, de déni et d’accusation. Au point qu’on préfère garder sa foi pour soi.
Mais ça encore n’est pas la grande menace pour nous. Nous avons nos temples où nous fêtons nos cultes, nous pouvons porter la croix huguenote ou même une croix romaine si le cœur nous en dit, lire la Bible dans le hall de gare… et notre discrétion innée sur notre foi est même plutôt bien vue.
Non, la tentation qui nous guette, ce n’est pas de céder à l’oppression sociale ou civile. C’est plutôt le vieillissement de nos communautés, le manque de renouveau, l’épuisement des forces – bref, que notre Église ne va pas mieux que nous-mêmes. J’ai lu hier le dossier synodal – si si, je l’ai vraiment lu ! – et il comporte plein de questionnements sur l’avenir de notre Église. La région aurait besoin de 37 pasteurs, mais ne peut en payer que 30 et trois quarts… (comment faire ¾ de pasteur, je crains que ce soit un massacre!) Le consistoire des Vosges dans l’Est, où j’étais avant, n’a plus qu’un seul pasteur en poste paroissial. Pour deux départements et demi.
Par ailleurs, sur presque 1200 foyers protestants connus dans le secteur des trois Églises, cinq enfants participent à l’École Biblique cette année, et au KT l’an dernier on avait quatre catéchumènes mais rarement plus que deux à la fois. Qu’est-ce que ça va donner ? Qui va prendre notre relève ?
Voilà ce qui nous menace, qui tend à nous faire baisser les bras. La déprime. La résignation. Et donc, on est tenté d’abandonner l’Église, la foi, Dieu.
Persévérez, nous crie l’apôtre, tenez bon, gardez votre assurance, votre ferme attachement à Dieu ! Vous avez tout à y gagner ! Oui, il faut avoir patience, il faut faire preuve d’endurance, car les temps ne sont pas bons. Mais pour l’amour de Dieu, n’abandonnez pas !
Sur plusieurs chapitres, il a expliqué comment la foi est l’essence de toute l’histoire du salut, depuis les premiers héros de la Genèse. Noé, Abraham, Jacob, tous ont agi dans la foi, et Dieu n’a jamais trahi leur foi, leur confiance.
L’apôtre nous invite donc à faire confiance comme eux, et d’endurer sans céder ce qui nous chagrine et qui veut nous faire perdre la foi.
Ne vous chagrinez pas du vieillissement de votre communauté. Continuez à la faire vivre, continuez à la vivre, restez fidèles à Dieu et fidèles les uns aux autres. C’est en vivant la communauté que vous rendrez cette communauté vivante. C’est en étant soutien aux frères et sœurs que vous trouverez l’aide qu’il vous faut. Dans sa faiblesse et même par sa faiblesse, votre communauté peut être forte, et peut être un témoin crédible du Christ.
Ne baissez pas le bras devant le petit nombre d’enfants en catéchèse. Soyez pour eux des témoins de l’amour de Dieu. Accueillez-les, d’où ils viennent, réjouissez-vous de leur présence. Cherchez à trouver un contact aux autres, qui se tiennent à l’écart, mais ne vous en préoccupez pas trop. Dans le souci des absents n’oubliez pas que ceux qui sont là, le sont pour entendre et voir votre joie de vivre avec votre Dieu. Donnez-leur ce qu’il faut pour qu’ils fassent connaissance avec ce Dieu qui vous est cher.
Ne résignez pas devant les caisses vides de l’Église. Tant que vous le pouvez, faites votre possible pour donner à l’Église ce dont elle a besoin de vivre. Et ne vous limitez pas à l’argent. Car l’Église c’est vous. C’est du battement de vos cœurs que bat le pouls de l’Église. C’est de votre inspiration qu’elle tient son souffle. C’est de vos voix qu’elle parle. Si vous ne nourrissez pas l’Église, vous-mêmes allez en souffrir. Il y a eu des années fastes, il y a des temps de jeûne. Les temps de richesse des Églises semblent révolues, maintenant ce sont les années patates. Mais qu’importe tant que vous vivez, que vous mangez à votre faim et que vous avez la joie d’être ensemble Église du Christ ?
Et puis, il y en a qui en ont moins que vous. Qui n’ont pas de pasteur depuis des années pour les reconforter, leur rappeler l’amour de Dieu, les inviter à mieux découvrir la Parole de Dieu dans les Écritures. Ne vous limitez pas à dire « ah, les pauvres », mais soutenez-les. Serrez les coudes avec eux. Et ne soyez pas jaloux si de temps en temps votre pasteur va chez les autres, pallier un peu à leur manque.
Mais ce n’est pas le pasteur qui fait vivre une Église. Il y a des Églises qui ont un pasteur et mettent la clé sous la porte, comme à Châteauneuf. Ce qui fait vivre l’Église, c’est l’engagement quotidien de ses membres. C’est qu’ils sont là pour entendre la Parole de Dieu, pour prier les uns avec les autres et les uns pour les autres, et c’est que dimanche après dimanche ils donnent ce qu’ils peuvent pour le besoin matériel de leur communauté. D’ailleurs, donner n’est pas difficile. Mais comme tous les sports ça va mieux quand on le fait régulièrement. Il est plus facile de marcher 5km par jour pendant dix jours que 30km en une journée, il est plus facile de donner 10 Euros chaque dimanche que d’en donner 250 à la fin de l’année. Et c’est plus efficace et moins douloureux.
Attention : ce n’est pas par le don que vous pouvez gagner l’amitié de Dieu. Par le don vous faites vivre ce corps dont vous êtes membres, dont la tête est le Christ et dont l’âme est l’Esprit Saint. Et il ne peut pas vivre du don seulement. Il y en a qui donnent sans faire partie du corps d’Église. Eh bien, c’est comme une béquille : elle peut aider à avancer, mais elle ne peut pas marcher. C’est comme un dispositif cardio-respiratoire : il peut éviter la mort imminente, mais il ne peut pas faire vivre. La vie d’Église ne vit pas des chèques aussi importants qu’ils puissent être, mais de ses membres vivants. De ceux qui la vivent, jour après jour, en soutien mutuel, en prière, en engagements : En visite auprès des malades et des vieillards. En étant visités. En se réjouissant de celui qui passe. En consolant les attristés. En se laissant consoler. En étant frères et sœurs. Et elle vit parce que son âme est l’Esprit du Christ.
Amen.

bénissez !

Chants : ARC 23 ; 622, 1.2.4 ; 745 ; 471
Lectures : AT : Ez. 34, 1-2(3-9)10-16.31
Épître : 1Pierre 2, 21b-25 Évangile : Jn 10, 11-16.27-30
PR : Hébr. 13, 20-21

C’est ainsi que se termine l’Épître aux Hébreux, et aussi notre voyage à travers cette lettre, que nous ne retrouverons que début octobre. Et en ces deux versets, est résumé tout le Nouveau Testament. Relisons.
Dieu a ressuscité Jésus. Ce Jésus a versé son sang et ainsi garanti l’alliance entre Dieu et les hommes pour tous les temps. C’est pourquoi il est le berger des brebis.
Que Dieu donne aux fidèles la capacité de remplir sa volonté. Plus encore : qu’il réalise lui-même en eux ce qui lui plaît.
Tout le Nouveau Testament en deux versets. Enfin, presque. Car, bien sûr, c’est faire abstraction de tous les récits de la vie de Jésus, et c’est se contenter d’un seul fil d’enseignement et d’une seule lecture de la Résurrection, alors que les différents textes du Nouveau Testament sont bien plus divers en leurs propos.
Et tout cela sous forme de bénédiction. Lire la suite

pilotes

Chants : ARC 69 ; 441 ; 443 ; 442
Lectures : AT : Es. 50, 4-9
Épître : Phil.2, 5-11 Évangile : Jn 12, 12-19
PR : Hébr. 12, 1-3

Connaissez-vous le petit ange et le petit diable, assis respectivement sur vos épaules droite et gauche ? Non ? Vous ne les avez donc jamais entendus vous susurrer leurs suggestions ?
Ce n’est pas grave. Je n’en parle que parce que l’idée de notre petit passage m’y fait penser. En fait, il n’y a pas deux petits personnages, mais bien plus. D’un côté, le passage en nomme deux. Le fardeau et le péché. Le fardeau signifiant tout ce qui veut nous fléchir, courber, mettre à terre. Et le péché signifiant tout ce qui veut nous détourner de la bonne orientation, de la bonne direction à prendre. Il paraît qu’à d’autres époques, des côtiers allumaient des feux sur la plage pour faire échouer des bateaux. Ça, c’est exactement ce que fait le péché.
Suivre ces deux compères et leurs idées, c’est se retrouver complètement tordu. Lire la suite

en chemin !

Chants : ARC 43 ; 427 ; 587 ; 627
Lectures : AT : Gen. 22, 1-13
Épître : (Hébr. 5, 7-9) Évangile : Mc 10, 35-45
PR : Hébr. 13, 12-14

L’Épître aux Hébreux s’adresse, fort probablement, à des gens qui ont une très haute opinion des rites du temple de Jérusalem, des différents sacrifices et de leur importance. Elle décrit comment Jésus a pris la place des prêtres, mais aussi du sacrifice, et pourquoi il a rendu obsolète le culte du temple. Vers la fin de la lettre, nous trouvons donc cette invitation que nous venons d’entendre.
Invitation, ou insistant appel, à suivre le Christ. Jusque-là, ça n’a rien d’extraordinaire, sauf que c’est probablement en pensée missionnaire que l’auteur écrit ces lignes, alors que les autres épîtres bibliques sont rédigées en pensée pastorale : s’adressant à un groupe déjà converti. Lire la suite

Souviens-toi

Chants : ARC 25, 1.2.4 ; 629, 1-3 ; 628, 1-4 ; 405, 3+4
Lectures : AT : Es. 5, 1-7
Épître : Rom. 5, 1-5(6-11) Évangile : Mc 12, 1-12
PR : Hébr. 11, 8-10

« Croire, c’est se souvenir », dit le philosophe juif Abraham Heschel. Se souvenir, c’est le thème de tout le chapitre 11 de cette lettre si unique dans son style qu’est l’épître aux Hébreux. Il rappelle aux lecteurs la foi des pères, en commençant par Abel.
De mes entretiens avec vous et bien d’autres croyants, je peux affirmer que pour les protestants aussi, croire est se souvenir. C’est se souvenir des premiers contacts avec la foi chrétienne, des premières personnes qui nous ont parlé du Christ, c’est se souvenir aussi de ce que nous avons vécu et comment nous avons vécu la présence de Dieu en notre vie. Ou peut-être aussi comment nous avons souffert son absence.
Ce souvenir est souvent lié aux pasteurs, ou aux monitrices d’École Biblique. J’entends souvent parler de tante M…. Et aussi, mais c’est une autre génération, de la mère de notre ami F. P.. Des jeunes d’aujourd’hui se souviendront peut-être de G. R. et N. K..
D’autres se souviennent du pasteur de leur confirmation, ou – souvent même – du pasteur de leur bénédiction de mariage. C’est ce qui me rend un peu envieux, pour ne pas dire jaloux, parce que j’ai l’impression que pour bien des couples la bénédiction liturgique du mariage n’a d’importance que pour la tradition, le pittoresque, et très peu pour la foi. Lire la suite

Ne perdons pas confiance !

Chants : ARC 24, 1-4 ; 24, 5-6 ; 304 ; 315
Lectures : AT : Jér. 23, 5-8
Épître : Rom. 13, 8-14 Évangile : Mt 21, 1-9
PR : Hébr. 10, (19-22)23-25 (lu plus tard)

Le temps de l’Avent a commencé. Nous avons allumé la première bougie sur la couronne. Cet après-midi s’ouvrira la première porte du calendrier vivant, et peut-être avez-vous un calendrier de l’avent comme ma mère et ma grand-mère, avec des versets bibliques qui vous accompagnent jusqu’au 24. Ou tout simplement un calendrier au chocolat, qui dit que les grands enfants de 40 ou 80 ans n’ont pas droit à un peu de chocolat ?
L’Avent est une période d’attente. Attendre, ce n’est pas facile. Le calendrier de l’Avent a été créé pour faciliter aux petits l’attente de Noël. Il y a des grands qui n’aiment pas non plus attendre. Et certains n’attendent même pas. Depuis des mois, je vois des petits gâteaux de Noël dans les rayons de certains supermarchés. Et avec eux, la question de conscience, est-ce que j’en achète déjà maintenant ou est-ce que j’attends le mois de décembre ? Lire la suite

une fois pour toutes

Chants : ALL 22, 1-3.5-6  ; (33-11)  ; 33-02  ;
Lectures : AT : Es. 52, 13-15  ; 53,1-12
Epître : 2Cor 5, 14b-21 Évangile : Jn 19, 16-30
PR : Hébr. 9,15.26b-28

L’Épître aux Hébreux est peut-être la première tentative de rédiger une théologie chrétienne systématique. Elle veut expliquer qui est le Christ, à un groupe qui n’est pas clairement désigné. Certains supposent qu’il s’agit de la communauté essénienne, qui serait à l’origine des écrits trouvés à Qumran en 1947, et dont quelques idées sont proches de Jean le Baptiste ou encore de l’enseignement de Jésus.
Toujours est-il que cette épître s’adresse à des lecteurs bien instruits dans la foi juive de son époque. Ils connaissent à fond les Saintes Écritures que nous appelons « ancien testament », ils connaissent les rites du temple tels qu’ils sont fixés dans les écritures et ils y sont très attentifs. Peut-être ont-ils un regard critique sur la prêtrise du temple, ce qui soutiendrait la thèse qu’ils sont Esséniens. En tous cas, l’Épître qui leur est adressée prend beaucoup de temps pour expliquer que Jésus est le vrai grand-prêtre envoyé par Dieu, celui qui ne fait plus de sacrifices d’animaux à répétition pour accomplir tant bien que mal les préceptes de la première alliance, mais qui a donné sa propre vie pour sacrifice ultime, un seul sacrifice pour remplacer tous les autres et pour marquer le début d’un temps nouveau. Lire la suite

rester fidèle

Lecture Hébr. 10, 35-39
C’est en lisant la dernière circulaire de l’Alliance Mondiale des Églises Réformées que j’ai compris à qui s’adressait cette épître. Je vais vous lire un passage…
désolé ; au moment de publier cette prédication, je n’ai pas retrouvé ladite circulaire. Il devait s’agir d’un rapport sur les Églises persécutées. Lire la suite