Pourtant, il est ressuscité !

Chants : ALL 34-07 ; 118,1.4.6 ; 34-13 ; 34-15 ; 34-18

Lectures : AT: 1Sam.2,1-8 Epître: 1Cor.15,1-11

Evangile: Mc.16,1-8

Pr : 1Cor.15,(12-18)19-28

Chers amis, frères et sœurs, c’est un gros œuf que l’apôtre Paul nous a mis dans le nid. J’ai pourtant choisi de vous le lire intégralement, car je crois que nous avons besoin de l’entendre de temps en temps. L’Évangile de Pâques chez Marc, et certains m’ont déjà fait savoir qu’ils ne l’aiment pas du tout, nous laisse perplexes. Il y a un jeune homme qui ne semble pas de ce monde, et trois femmes qui s’enfuient en courant, se cachent sans rien dire à personne. Car elles ont peur.

Une peur que nous connaissons, notamment après ce que nous avons vécu durant les dernières semaines. La peur de quelque chose que nous n’arrivons pas à voir, encore moins à prévoir. La peur de quelque chose qui dépasse notre imagination et notre compréhension. La peur qui nous enferme à la maison, et si ce n’est pas notre peur, c’est celle, tout à fait justifiée, des autres. La peur qui fait que certains achètent des tonnes de papier toilette ou de farine, des quantités qu’ils n’arriveront pas à consommer et qui manqueront aux autres. La peur qui fait qu’on applaudit les médecins et les infirmières, mais qu’on ne veut pas qu’ils habitent dans nos maisons. La peur, peur de mort.

Et maintenant, vient Paul. Il attaque là où Marc s’était arrêté, il cite des témoins qui ont vu et rencontré Jésus ressuscité. Et il continue en mettant le doigt sur un point qui nous fait souvent mal : mais si nous disons que Christ est ressuscité des morts, comment se fait-il que certains disent qu’avec la mort, tout est fini ? Ça n’a aucun sens ! Si avec la mort tout est fini, alors Christ n’est pas ressuscité. Et s’il n’est pas ressuscité, nous pouvons mettre notre foi à la poubelle, aux déchets non valorisables et non récyclables. Alors nous sommes les plus misérables de tous les hommes, parce que nous mettons notre foi dans la vanité des vanités, et en plus nous sommes de faux témoins de Dieu.

Or, quelle chance, Christ est ressuscité. Il est le premier à être ressuscité, et il l’a fait pour que les autres puissent suivre. Comme un premier homme, Adam, nous a rendu mortels, ainsi un premier homme, Christ, nous a rendu la vie éternelle.

Maintenant, Paul explique pourquoi quand même il y a la mort dans le monde. Christ a bel et bien vaincu la Mort, et elle est condamnée. Elle bat en retraite, mais elle n’a pas encore rendu les armes. Retenons bien ça : la mort est vaincue, mais n’a pas encore rendu les armes.

Ce n’est pas par les moyens du confinement et des recherches scientifiques que nous arriverons à vaincre la mort. Nous savons prolonger la vie physique, parfois jusqu’à un moment que nous souhaitons ne pas l’avoir fait. Mais la mort fait partie de la vie comme la respiration, comme le vieillissement. Nous n’y pouvons rien. C’est sûr et certain : tant que ce monde existe, nous tous qui vivons, nous mourrons un jour. Nous laisserons la place à d’autres qui viendront après nous. Sauf si Christ revient dans la gloire, car là tout changera. Mais là c’est tout notre univers qui laissera la place à un autre. D’ici là, nous vivons et nous mourons.

Mais ce qui importe, c’est que la mort n’est pas l’acte final. Tout n’est pas fini. Certes, celui qui meurt est arraché une fois pour toutes à l’affection de tous ceux qui le chérissaient. Et c’est probablement aussi vrai dans le sens inverse. Mais si la mort n’est pas la fin, je peux me décontracter. Je n’ai plus besoin de remplir toute ma vie pour pouvoir dire qu’elle était bonne. Je peux jouir de ma vie, la recevoir comme un cadeau. Dieu, nous dit Jésus, ne permet pas qu’un moineau meurt sans que Dieu le veuille. Comment ne pas croire qu’il prend soin de moi ? Cette confiance peut aussi alléger nos consciences face au Coronavirus. Bien sûr que je ne veux pas l’attraper. J’ai certainement d’autres projets que de me trouver en assistance respiratoire sur un lit d’hôpital, peut-être en coma artificiel. Et Dieu sait que je ne veux en aucun cas infliger cette torture à quelqu’un d’autre. Donc de plein gré et lucidement je me plie aux exigences du confinement. Mais je sais aussi que c’est Dieu qui a décidé du nombre de mes jours. Et quand ce nombre sera accompli, je mourrai. Peut-être à 969 ans comme Mathusalem qui s’est noyé dans le déluge. Peut-être bien avant. Que ce soit par le Coronavirus, ou par un accident de voiture, ou par une crise cardiaque, ou par bien autre chose. Je ne peux pas y rajouter. Et le virus ne peut pas en raboter.

Cela me procure une grande sérénité. Je sais qu’elle ne m’est pas innée, je suis plutôt de nature à voir les problèmes et tout ce qui pourrait tourner dans le mauvais sens. Mais face au virus, je suis serein. Ce n’est pas moi qui veille sur ma vie, mais Dieu. Moi, je veille à ne pas faire de mal aux autres. Et je peux ne pas céder à la panique générale. Les choses sont comme elles sont, et Dieu fera en sorte qu’elles concourent à mon bien.

Les femmes qui s’enfuient du tombeau sont loin de cette expérience. Les disciples, en ce matin de Pâques, restent confinés dans leurs cachettes. Chacun chez soi, la tête sous la couette à se demander où tout cela le mènera. À être déboussolé, à avoir perdu les repères.

Il faut la rencontre avec le Ressuscité pour pouvoir dépasser ce stade-là. Rencontre bouleversante au risque de bouleverser tout ce que nous croyions acquis et sûr. Tel que Paul devant Damas. Rencontre déplaçante au risque de nous mettre aussi face à nos propres doutes, nos propres limites. Tel que Thomas. Rencontre vivifiante, tonifiante, dynamisante, qui nous remet en route alors que nous sommes arrivés au fond du creux. Telle que Marie dite la Madeleine, tels que les disciples d’Emmaüs.

C’est ce que Paul rappelle à ses lecteurs, dont nous ce matin. Vous l’avez rencontré, il a parlé à votre cœur, ne perdez pas ce trésor, ce repère, ce rocher ! Cette vie d’ici bas est importante, mais ô combien plus précieuse est celle en Christ, qu’il a obtenue en se battant jusqu’au sang et jusqu’à la mort, et dont vous serez héritiers quand la trompette sonnera la fin des combats.

Cette vie autre luit déjà aujourd’hui dans notre monde. Au-delà des portes de nos maisons nécessairement fermées, elle nous permet d’être en communion avec le Christ malgré notre isolation, en communion avec les autres alors que des murs nous séparent.

Quand nous prions, chacun chez lui, nous sommes quand même ensemble. Quand nous prononçons les paroles que Jésus nous a apprises à prier, nous sommes en communion avec tous les croyants du monde, et avec ceux qui nous ont précédés dans la foi. Quand, au début du repas, nous rendons grâces au Seigneur et, en prenant le pain, nous souvenons de ce qu’il a dit : « faites ceci en mémoire de moi », nous sommes en communion les uns avec les autres, et tous avec le Christ.

Si nous n’avions que cette vie d’ici-bas, dit Paul, nous serions les plus pauvres de tous les hommes. Or, nous avons la vie du Christ. Il nous l’offre chaque matin à nouveau, et nous offre ainsi le moyen de ne pas nous désoler, mais de faire face. Il n’y a pas lieu de nous affoler.

Nous ne devons pas non plus devenir imprudents. Paul a changé sa route en apprenant qu’on lui tiendrait une embuscade sur le chemin prévu. Si Jésus nous exhorte à lui faire confiance, ce n’est pas pour que nous cherchions la mort ou la maladie. Rien que l’amour du prochain nous engage à respecter toutes les règles qui le protègent. Mais Paul, et Jésus à travers lui, nous rappelle que ce n’est pas une maladie, ce n’est pas un virus, pas plus qu’une doctrine qui gouverne la création. Ils se montrent très forts par moment, mais c’est le Christ qui a le dernier mot – un dernier mot qui est déjà prononcé, comme nous le rappelle la dernière strophe du vieux chant « C’est un rempart que notre Dieu » dans la version dite de Montbéliard qui nous est transmise au n° 228 du recueil Louanges et Prières :

Ce mot, c’est du grand Roi des rois La Parole immortelle ;
Le monde et l’enfer à la fois Ne peuvent rien contre elle.
Prenez corps et biens, Femme, enfants, soutiens :
Efforts superflus ! Ton royaume, ô Jésus ! Reste au chrétien fidèle.

Que le Seigneur de la Vie, sorti victorieux du tombeau, nous rende confiants et persévérants. C’est par Sa vie que nous avons la vie. Gloire lui soit rendue !

Amen.