Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ?

Lectures : AT: És.5,1-7 Epître: Rom.5,1-5(6-11)
Evangile: Jn.3,14-21
Pr : Rom.5,1-5(6-11)
« Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? » Vous avez peut-être vu ce film, au cinéma ou à la télé. Un film qui invite à rire de bon cœur parce que les filles de ces braves catholiques franco-français leur ramènent des gendres juif, musulman, chinois et – catholique mais noir.
Cependant, j’entends souvent cette question, et dans des circonstances absolument pas ridicules. Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ce qui m’arrive ? C’est alors un vrai cri du cœur, un cri dans lequel se mêlent la souffrance, l’incompréhension et la déception.
Aujourd’hui, ce même cri du cœur peut être motivé par la crise sanitaire que vit le monde, et son impact sur nos vies. Pourquoi cette maladie circule-t-elle, pourquoi m’empêche-t-elle de vivre ma vie comme avant, d’aller voir mes amis, mes enfants, mes petits-enfants, pourquoi faut-il interdire l’école aux enfants, pourquoi…
Mais si l’apôtre Paul, et avec lui toute la tradition réformatrice, approuve la question « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu » au temps qu’elle décrit l’examen de conscience, il refuserait catégoriquement la notion de mérite qui s’y cache : je n’ai pas fait tant de mal que je mériterais tel châtiment. Non, dit-il, nous manquons tous et sans exception du moindre mérite à faire valoir devant Dieu, au contraire : par notre vie et nos fautes nous mériterions tous la mort éternelle. Sans exception aucune.
Mais maintenant, Jésus est venu, et c’est lui qui a pris sur lui ce que nous méritons. Il a eu ce qu’il ne mérite pas. Par la même, il a brisé la puissance du péché, la puissance de la mort. Ainsi, nous sommes déclarés justes. Pour Dieu, ce n’est pas une parole vaine ! S’il nous déclare justes, il efface nos dettes, et la question « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça » ne se pose plus. Au contraire, celui qui nous la souffle dans l’oreille, veut nous séparer de Dieu.
Voilà, dit Paul, puisque ça c’est dit, nous avons le droit d’en être fiers. Non pas comme de pauvres pécheurs qui l’ont échappé encore une fois mais qui sortent de la cour la tête baissée et la honte au front – non ! Nous avons tout notre droit d’être fiers, fiers d’appartenir à la famille de Dieu ! Hein, vous l’avez entendu : enfants de Dieu et fiers de l’être !
C’est maintenant qu’il devient difficile de suivre Paul : en plus de ça il nous engage à être fiers de nos détresses ! Ah, quelle parole alors qu’aujourd’hui nos temples sont fermés ! Que nos vies d’Église dans tout le pays sont suspendus, nous séparant ainsi de la communauté fraternelle ! Mais Paul, qui connaît d’autres détresses, c’est à dire des persécutions où l’on risque la mort pour le simple crime de croire en Jésus-Christ, insiste : nous en sommes même plus fiers que de notre simple état d’enfants de Dieu. Et ce pour une bonne raison : ce sont les détresses qui nous affermissent dans la foi. Elles nous font nous accrocher, persévérer. Tant que tout va bien, la foi est facile, mais on peut la comparer à la tige d’une plante verte qui pousse vite sans devenir dure, et quand le vent passe, elle se plie. La plante qui pousse contre bien des résistances, avance beaucoup plus lentement mais avec d’autant plus de fermeté. Ainsi, cette détresse de voir fermés nos temples et mise à plat la vie de la paroisse, peut nous affermir, à la seule condition de ne pas abandonner. Et nous n’abandonnerons pas. Pas après tout ce que nous avons déjà vécu avec Dieu ! Nous persévérons, ensemble, et si ces jours-ci ce n’est pas main dans la main, c’est quand même d’un commun esprit : de l’Esprit de Dieu. Et avec l’Esprit de Dieu, nous surmonterons cette crise. C’est une sorte d’exercice d’entraînement pour notre foi, et nous la réussirons. Nous en sortirons victorieux.
Bien évidemment ce ne sera pas une partie de pêche. Les semaines à venir seront éprouvantes pour nous tous, et non seulement dans la vie d’Église : elles le seront dans l’ensemble de notre quotidien. Les mesures décrétées par le gouvernement rappelleront, pour certains, les restrictions subies pendant la guerre et l’occupation. Il y aura, c’est inévitable, des malades autour de nous, et des personnes auxquelles nous tenons qui ne survivront pas à la maladie. Ce sera douloureux de les voir souffrir, les voir partir.
Mais ce sera aussi l’occasion de vivre de l’amour de Dieu, et de vivre l’amour de Dieu. Dans les conditions qui s’imposent à nous, vivre l’amour de Dieu c’est peut-être avant tout garder espoir, ne pas céder à la panique, et avoir ainsi un effet apaisant sur notre entourage. Nous savons que quoi qui nous arrive, l’amour de Dieu est plus fort, plus persévérant. Rien, ni la mort ni la vie, ni les puissances ni les maladies, rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Nous l’avons appris par cœur, il s’agit maintenant de le vivre. Il s’agit d’être le rocher auquel peut se tenir l’âme naufragée, le phare donnant une lumière dans la nuit de tempête. La lumière, c’est Jésus-Christ. Nous sommes appelés à la porter, à la faire luire qu’elle soit visible de loin. Et qu’elle aide les autres à trouver leur chemin.
L’amour de Dieu peut s’exprimer par le maintien des relations. Nous sommes appelés à rester à la maison, mais rien ne nous interdit de décrocher le téléphone et prendre des nouvelles. Ne permettons pas au confinement de causer l’isolation. Nos amis, nos voisins, ils ont besoin de nous, soyons là pour eux.
Les mesures de protection sont des mesures de bon sens. Il serait stupide de les rejeter sous prétexte d’actions fraternelles. Nous pouvons maintenir la fraternité même sous les conditions actuelles, et même la réinventer. C’est le défi qui nous est lancé, et nous le relèveront. Ensemble, au nom du Christ. Qu’il nous soit en aide.
Amen.

Une réflexion au sujet de « Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? »

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