au creux de Galilée

Chants : ARC 118, 1.4.5.6 ; 480 ; 475 ; 471 ; 477 ; 890

Lectures : AT : 1Sam. 2, 1-2.6-8a

Epître : 1Cor 15, 1-11 Évangile : Mc 16, 1-8

PR : Mt 28, 1-10

Tout était prévu, tout était fixé et ficelé. Elles avaient tout surveillé, comment le corps de Jésus avait été embaumé selon les règles, dans la mesure du possible alors que le Sabbat arrivait et qu’on n’avait pas le temps, et que le tombeau était bien fermé. Joseph d’Arimathie s’en était occupé, mais elles avaient tout observé.

La partie adverse, les détenteurs du pouvoir religieux et public, avaient également pris leurs dispositions. Certes, ils n’avaient pas osé envoyer un surveillant pour s’assurer que Jésus était bien embaumé, que le caveau était bien fermé. Mais ils avaient obtenu une garde militaire devant la sépulture. Ah, ils s’en souvenaient, qu’il avait annoncé de revenir après trois jours. Il fallait bien qu’on garde son corps, afin de couper l’herbe sous les pieds d’un éventuel usurpateur venant se présenter comme Jésus. N’avait-on pas entendu parler d’un jumeau ? Non, on ne devait pas prendre de risque, il fallait surveiller la tombe.

Durant le jour du Seigneur, tout est resté calme. Évidemment. Aucun juif n’oserait violer le Sabbat. La grande pierre est bien restée à sa place. Le soir est tombé, la deuxième nuit. Et voilà. La semaine commence. Et les femmes reviennent, pour continuer et accomplir ce qui avait été fait hâtivement l’avant-veille.

Il y a des jours que rien ne va comme prévu.

La terre tremble.

Les gardiens ne gardent pas la tombe.

La tombe est ouverte, et le mort n’est pas là.

Ceux qui étaient envoyés pour s’assurer que Jésus resterait bien mort et dans la tombe, vont annoncer à leurs employeurs qu’il n’y est plus, et qu’il est vivant. On les fera taire, en les corrompant jusqu’à l’os, afin qu’ils prétendent avoir manqué à leur devoir.

Les femmes ne termineront pas l’embaumement.

Un ange a passé.

Non, il s’est arrêté, il s’adresse aux femmes. « N’ayez pas peur. » Bien dit, Monsieur, mais vous savez, c’est plus facile à dire qu’à faire ! Peu importe. Il leur explique qu’elles n’ont rien à faire ici. Qu’elles ne sont pas à leur place.

Parce que c’est bien Jésus qu’elles cherchent, celui qui a été crucifié. Mais dans ce trou de la mort, il n’est pas non plus à sa place, et donc il n’y est pas, dans le trou. Voyez vous-mêmes, il n’y est pas. Le trou est vide. Et pour cause, car il est vivant. Allez le trouver en Galilée.

En Galilée. Là où bat la vie quotidienne, la vie des petits gens. Des pêcheurs du lac, des cultivateurs à fort accent, et où il y a plus de renards que de lapins parce que la terre est pauvre. La Galilée, c’est la Creuse des Judéens. Au sens figuré comme au sens géographique. C’est l’un des endroits les plus bas du monde, à plus de 150m en dessous du niveau de la mer. Au fond du trou.

C’est là que Jésus a grandi, qu’il a passé la meilleure part de sa vie active, c’est là qu’il a trouvé ses disciples. Et c’est là, loin de la capitale, loin du temple, qu’il les attendra comme il les avait trouvés il y a des années de ça. Pas dans Jérusalem où la vie pulse comme à Paris, mais en rase campagne. Chez les pauvres, chez les petits travailleurs qui ont du mal à rassembler les deux bouts.

Le trou de la mort qu’est le tombeau, est vaincu une fois pour toutes. Maintenant, le chantier est un autre : vaincre les trous, les creuses profondes de la vie de tous les jours. Ouvrir les barrières de la pauvreté, du manque de perspectives, et aussi du regard des autres. Du fond du creux galiléen, va partir un mouvement qui transforme la terre, ce mouvement apostolique qui porte l’Évangile de Jésus-Christ à des gens qui n’ont jamais entendu parler du Dieu des juifs.

Les femmes n’en croient pas leurs oreilles. Elles partent, ne sachant pas que penser de tout ça, elles partent en courant. C’est une nouvelle merveilleuse, il est vivant ! Mais, si c’est une erreur ? Une chimère ? Si vraiment quelqu’un a volé le corps ? Et pourtant, elles ont entendu le tonnerre, elles ont vu l’ange déplacer la grosse pierre, elles ont entendu ce qu’il a dit… Mais, les hommes vont-ils croire cette histoire ? Vont-ils y aller, sur la parole de deux femmes ?

Jésus dissipe les doutes, il se met sur leur chemin. Il leur adresse la parole, et elles le reconnaissent, se prosternent devant lui. Elles reconnaissent en lui la divinité du Père. Et il répète ce que l’ange avait dit : ne craignez pas, dites à mes frères de se rendre en Galilée, ils m’y verront.

Matthieu laisse là les deux femmes, il va suivre les soldats de Ponce Pilate qui se réveillent de leur état pétrifié et courent pour dire à leur commanditaire ce qui s’est passé au champ des morts. Ils n’ont pas rencontré Jésus, mais ils ont vu l’ange ouvrir le tombeau. Ils en parlent aux prêtres, mais ils n’y voient pas de sens. Leur parole ne fait pas croire en la résurrection.

Celle des femmes, oui. Matthieu retrouvera les disciples sur le chemin de Galilée ; les femmes ont donc réussi à les convaincre. Fortes de la rencontre avec le Christ Vivant, elles ont pu transmettre le message.

Et eux, ils retournent dans ce trou perdu de Galilée, et ils savent : il est déjà là. Avant même qu’ils y arrivent, il est déjà dedans. Ils tomberaient au plus bas, il serait en dessous d’eux pour les rattraper.

Et je me demande : où est mon trou de Galilée ?

Amen.

Publicités