respecter les saisons de Dieu

Chants : ARC 228 ; 119, 1-3 ; 525 ; 426

Lectures : AT : És. 55,1012a

Épître : Hébr. 4, 12-13 Évangile : Lc 8, 48(9-15)

PR : Mc. 4, 2629

Voilà un texte pour les jardiniers parmi nous. Je n’en suis pas trop, ce qui me réussit le mieux ce sont les mûres sauvages – il suffit de ne rien faire et vous aurez une récolte abondante.

C’était ma première lecture du passage : au printemps du sèmes, en automne tu récoltes, et entre les deux tu ne peux rien faire pour soutenir la croissance, donc tu attends, tu te reposes, ou tu fais autre chose.

Ce qui est déjà pas mal pour ce début de vacances scolaires. Effectivement, c’est un message pour certains pasteurs, certains conseillers presbytéraux, pour certains engagés dans le milieu associatif, finalement pour tout le monde : prends des temps de repos. Ce n’est pas parce que tu n’es pas là que le monde s’arrêtera de tourner. L’association, l’entreprise, l’Église ne sera pas ruinée du seul fait que tu t’absentes pour quelques jours. Imagine : il y a eu le changement de soleil et pluie, d’été et hiver, de jour et nuit bien avant ta naissance !

Oui, c’est le message pour ceux entre nous qui n’osent pas s’arrêter. C’est aussi le message pour ceux qui n’arrivent plus à faire ce qui leur semble important : ça marchera. Quelqu’un d’autre fera à ta place, et sans que tu saches comment, les choses se mettront en place.

Mais Jésus parle du Royaume de Dieu, ou du Règne de Dieu. Et donc, le message ne peut pas être que « prends enfin quelques jours de repos » ou « ne te soucie pas, ça ira ».

Dans le mouvement du texte, il y a d’abord du travail. Ce travail doit être effectué au bon moment, la terre doit être préparée quand c’est la saison pour semer. Il faut enlever les mauvaises herbes, ouvrir la terre, semer, arroser.

Pour le Règne de Dieu, c’est semblable. Il y a de quoi s’affairer, par des rencontres, par des services rendus, par des présences, des paroles de consolation et de réconfort, par de la catéchèse, bref : en témoignant du Seigneur Jésus de toutes les manières possibles et imaginables.

Du travail, il y en a. Les mètres carrés à labourer ne manquent pas, nous connaissons tous plein d’amis, de voisins, de camarades d’association qui n’ont pas été touchés par l’Évangile. Nous savons à quel point le monde a besoin d’hommes et femmes qui s’engagent, au nom de la foi, à rendre la terre plus vivable et à travailler pour une vie meilleure pour tous.

À voir les fermiers actuels, ils ne chôment pas après avoir semé ; ils ont d’autres champs à travailler, ils ont leur matériel à entretenir, et de temps en temps ils vont voir comment ça évolue dans le champ. Faut-il désherber, faut-il arroser ? Mais ce n’est pas de ces petits soins que dépend la croissance. Ça, ça ne dépend pas d’eux. Même que trop d’attention aux plantes fait plus de mal que de bien, dérange le développement naturel et rend la plante faible.

Voilà de quoi consoler les catéchètes et monitrices d’école biblique : quand les enfants rentrent à la maison, le travail principal est fait. Maintenant, il faut laisser le temps à Dieu de faire pousser ce qui est semé. Parfois, nous en voyons les prémices : quelques petites pousses vertes qui sortent de la terre, pour rester dans l’image. Parfois aussi, il nous semble avoir semé dans le désert, quand pendant des années et des décennies nous ne voyons aucun effet de notre travail. Cela ne veut pas dire pour autant que nous avons œuvré pour rien !

Je peux vous assurer, parfois c’est un demi-siècle plus tard que les semences commencent à pousser. C’est là, au seuil de la retraite, que les gens se souviennent de leur catéchisme, et retrouvent le chemin de la foi. Et je récolte parfois la reconnaissance pour le travail des engagés d’il y a fort longtemps, et bien loin d’ici.

Laissons donc à Dieu le temps d’agir, quand bon lui semble.

Pour nos enfants et petits-enfants aussi. Souvent j’entends, « j’ai tout fait pour leur donner une éducation religieuse, et maintenant ils n’en font rien. » Rassurez-vous, ce n’est pas grave. C’est le temps du repos ; Dieu fera pousser le germe quand l’heure sera venue. C’est lui qui connaît le plan.

Et quand enfin la tige pousse… On demandait à une dame comment allaient ses enfants, et elle répond : « très bien, l’avocate est en maternelle, et le chirurgien au CP. »

La personne qui nous rencontre dans sa quête à connaître Dieu n’est pas un futur conseiller presbytéral ou une future monitrice ou futur engagé d’Entraide. Elle est, aujourd’hui, en recherche de Dieu. Qu’elle ait 10, 30 ou 70 ans. Nous souffrons peut-être de la précarité de nos communautés, de leur vieillissement, du manque de forces et de bras. Mais le chercheur de Dieu n’est pas prêt à y remédier. Sa foi est en germe ; plus tard elle portera des fruits – pour Dieu, pas pour nous. Si nous la laissons grandir, et ne l’étouffons pas avec nos carences.

Et, enfin, vient le jour de la récolte. Ce jour-là, tout le monde est sur pieds, chacun est à sa place pour accomplir son travail. Et le maître ira avec les ouvriers, leur indiquera que faire, et veillera à ce que rien ne soit perdu. Mais c’est Jésus le maître, pas nous.

Et lui seul évaluera la qualité de la récolte, lui seul verra si le semeur a bien semé, s’il a été trop avare de sa semence ou s’il a bien cherché à disperser la semence jusque dans les derniers coins. C’est pour lui que nous cultivons, pas pour notre propre gain.

Les signes précurseurs de la récolte sont visibles : quand les champs sont blancs, les raisins bien bleus, les pommes bien rouges. Mais seul le Seigneur nous dira « c’est aujourd’hui, allez-y ». Jusque-là, nous sommes en attente, en temps de préparation pour le jour R (comme récolte).

Amen.

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