Justification

Aujourd’hui je ne vous lis pas de texte. C’est l’année des 500 ans de la Réformation, comme on dit, et je veux réfléchir avec vous de ce thème central : comment obtenir la grâce de Dieu ? Comment être justifié devant Dieu ?

C’est intéressant que les deux questions, dans notre système juridique actuel, sont presque contradictoires. Celui qui est justifié, donc rendu ou déclaré juste, sera libre de sortir du tribunal. L’autre, qui cherche à obtenir grâce, a été condamné. La grâce, nous l’avons entendu il y a quelques mois quand il s’agissait de Mme Sauvage, la grâce, c’est une libération non pas par la sentence du juge, mais malgré la condamnation.


Il y a une vieille règle qui dit qu’il n’y aura « nulle peine sans loi ». Donc, il y a une loi à observer. Vous la connaissez, et au cas où vous auriez des lacunes, elle est écrite sur le mur. Car nul n’est censé ignorer la loi.

Mais pour qu’on arrive à la justification ou la grâce, il faut qu’il y ait faute. Que la loi n’ait pas été suivie. Et donc, il faut une accusation. Et un procès. Selon les systèmes juridiques, le président du tribunal demande à l’accusé à l’ouverture du procès : vous déclarez-vous coupable ou non coupable ?

Si l’accusé se déclare coupable, on n’a plus besoin de prouver la faute, il suffit d’éclairer les circonstances pour trouver la juste sentence. Et, parfois, la reconnaissance de la faute rend le juge plus clément. Tiens, Dieu le fait aussi, comme nous dit l’apôtre Jean (1Jn1,9) : « si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste, de sorte qu’il nous remet les péchés et nous purifie de toute injustice. »

Alors là, c’est fort : nous nous déclarons coupables, et lui, il efface tout et nous déclare innocent. Nous reconnaissons la faute, et Dieu, pour qu’il n’y ait pas de barreaux entre lui et nous, efface la faute et nous lave blanc comme neige. Il nous déclare conformes à la justice.

Parce que nous mettons notre confiance en lui. Autrement dit, parce que nous croyons en lui. Nous n’avons rien à gagner, rien à prouver, rien à apporter, rien à faire – juste lui faire confiance et confesser la faute. Comme un enfant qui va trouver sa mère : maman, j’ai renversé mon verre, et maintenant il y a de l’eau sur toute la table. Et maman ne sera pas contente pour le verre renversé, mais en même temps elle se réjouira que son enfant a confiance en elle pour ne pas se cacher comme Adam au paradis, mais venir la trouver, lui dire ce qu’il a commis et compter sur elle pour remettre tout en état.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Jésus déclare qu’il n’est pas venu pour juger le monde : il espère que tous feront confiance et confesseront leurs fautes. Et ceux qui ne font pas confiance en Dieu, ce sont eux-mêmes qui se mettent à l’écart, qui s’éloignent de Dieu – eux-mêmes, ils sont les juges qui les condamnent à rester loin de Dieu comme Caïn resta loin de la famille d’Abel, comme Adam et Ève restèrent loin du paradis.

Mais pour nous, tout n’est pas forcément fini. L’adversaire de Dieu ne se contente pas de ce non-lieu, de ce blanchissement de veste. Il envoie son avocat, l’avocat du diable, qui jettera appel. Et cet avocat – je vous dis tout de suite que c’est pervers ! – cet avocat est en nous, et il est un serviteur de Dieu détourné pour l’occasion. Son nom est : conscience.

Il y a peut-être encore un autre humain qui se déclare partie civile… car Dieu pardonne plus facilement que nous. Nous avons tendance à toujours revenir sur les fautes et erreurs, celles que nous avons commises comme celles dont nous nous sentons victimes, et à les retourner encore et encore. Ce que Dieu met de côté, nous le gardons précieusement, nous le recherchons même quand Dieu l’a déjà mis à la poubelle. Nous nous en entourons, construisons des murs accusateurs – et sommes étonnés de la solitude que crée notre propre attitude.

Il y a donc procès. Avec un accusateur qui nous connaît mieux que nous-mêmes, qui connaît les moindres replis de notre personnalité et de notre cœur. Et qui est sans pitié. À ses côtés, éventuellement, un autre humain, accusateur impossible à amadouer.

Et nous, en face, ayant déjà reconnu la faute, ayant entendu la sentence du pardon, et nous retrouvant quand même sur le banc des accusés. Tout ce que nous dirons sera retenu contre nous…

Mais il y a quelqu’un qui alors vient vers nous : bonjour, je suis votre avocat. Vous ne direz plus rien, maintenant c’est moi qui parlerai pour vous. Et on vous sortira de là. Croyez-moi, je m’en occupe.

Ça, c’est Dieu. Dieu Père, Fils, Esprit Saint. Il intervient pour nous, l’Esprit nous représente par des paroles que nous ne sommes pas capables de prononcer. Jésus-Christ se joint à lui pour nous défendre, et le Dieu d’Amour renvoie dans leurs limites les accusations en appel de notre propre conscience qui veulent nous séparer de l’amour de Dieu. Il calmera aussi la partie civile, pour qu’elle accepte de se joindre à ce pardon divin, à pardonner elle-même. Il lui offrira aussi ses services d’avocat, pour qu’elle puisse être vraiment libérée de tout ça – mais ça ne nous concerne pas.

Tout ce qu’il y a à faire, c’est de dire oui. D’accepter ce défenseur, de le mandater. Et il se chargera de tout. Même de nous faire accepter le pardon qui nous est offert. Parce que… c’est tout aussi difficile d’accepter le pardon que de l’offrir ; n’y a-t-il pas toujours à nouveau cette petite voix qui nous dit « mais, tu aurais dû… mais, là tu l’as blessé, comment peux-tu encore le regarder dans les yeux ? Mais, là tu as manqué d’amour, comment encore lui dire bonjour ? » Tout comme celle qui nous relève toujours à nouveau les fautes des autres, et nous presse à nous constituer partie civile en appel et en cassation contre le pardon de Dieu.

Dieu s’en charge. Et chaque jour, chaque matin, chaque nuit blanche à nouveau il nous dit : je suis avec toi. Je veux te libérer de ta faute et de ta culpabilité, et aussi des ressentiments d’injustice. Je veux te rendre libre, parce que tu es mon enfant, et que je fais tout pour que mes enfants aillent bien. Laisse-moi faire, je t’en prie, laisse-moi faire. Abandonne-toi à moi, mets tout entre mes mains, et tout ira bien.

Amen.

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1Jn 1,9-2,1 ; 1Jn 3,20 ; Jn 14,15-17

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