Et la lumière est là !

Chants : ARC 72 ; 542 ; 316 ; 606

Lectures : AT : És. 42, 1-4(5-9)

Épître : Rom. 12, 1-3(4-8) Évangile : Mt 3, 13-17

PR : Mt. 4, 12-17

Le baptême de Jésus a eu lieu, au bord du Jourdain près de Jérusalem. Puis, Jésus a été amené dans le désert pour se confronter aux tentations diaboliques. Et voilà qu’il en est revenu. Et qu’il apprend que Jean a été arrêté.

Jésus retourne alors en Galilée. C’est certainement plus prudent : loin de Jérusalem, loin de la police d’Hérode. Matthieu nous avait raconté que pour la même raison, Joseph avait choisi Nazareth comme résidence au retour de l’exile égyptien.

Mais Jésus ne s’installe pas à Nazareth. Au contraire, il quitte la montagne et s’installe à Capharnaüm, au bord de la mer de Galilée, comme on appelle le lac de Génésareth.

Voilà qui peut surprendre. Jésus a donc un domicile. Il a une maison. C’est dans cette maison que se passent plusieurs épisodes qui nous sont racontés – comme quand les 4 amis amènent leur camarade à Jésus et le font passer par le toit parce que la porte est bloquée par la foule. À Capharnaüm, où habitent Zébédée et ses fils, Jésus n’est pas un inconnu : c’est un voisin. Plus tard il dira que « le Fils de l’homme n’a pas d’endroit pour y poser la tête. » Est-ce que c’est une parole symbolique, ou veut-il dire qu’il ne retournera plus dans sa maison ?

En tous cas, nous apprenons que Jésus déménage. Il ne reprend pas l’entreprise familiale, comme on aurait pu supposer et comme c’était encore la coutume chez nous il n’y a pas si longtemps. Nous pouvons déduire des paroles de Jésus qu’il a bien appris le métier de la charpente, qu’il se connaît en bâtiment. Mais il quitte Nazareth, il quitte la famille. Il ne prolonge pas la vie familiale, il vit sa vie à lui.

C’est ce qu’il avait commencé en se rendant auprès de Jean-Baptiste, près de Jérusalem. Maintenant qu’il apprend que Jean a été arrêté, il se retire au fond de la province, où le gouvernement et la police royale sont loin.

Mais pourquoi Capharnaüm ?

Pour mettre de la distance entre lui et la famille ? Possible. Nous savons que la famille n’était pas très enchantée par les actions de leur aîné. 40 km à vol d’oiseau entre Nazareth et Capharnaüm sont une bonne distance pour ne pas s’énerver.

Mais il y a plus. La raison que nous donne Matthieu, est une prophétie. C’est un leitmotiv dans les premiers chapîtres de son Évangile, de relier la vie de Jésus aux prophéties des Écritures que nous appelons « Ancien Testament ». Pas moins que sept fois, il cite des prophéties pour nous dire qu’elles se sont accomplies en la vie de Jésus. Et nous ne sommes qu’au début du livre ! Sept prophéties, accomplies dans la vie de Jésus. Accomplies même dans le détail… est-ce que vraiment il était nécessaire que Jésus vive à Capharnaüm, dans les terres des anciennes tribus de Zabulon et de Nephtali ?

Oui, il le faut. Toutes ces promesses dans la bouche des prophètes, vieilles de plusieurs siècles, se devaient d’être accomplies. Et Dieu est précis : s’il promet de susciter un prophète à Nazareth, il ne le fait pas à Cana, même si ce n’est pas loin. Finalement, la crédibilité des prophètes en dépend, car nous lisons dans la Bible que le seul critère pour dire si un prophète est envoyé par Dieu ou non, est de voir si ses prophéties s’accomplissent. Et là, Cana n’est pas Nazareth.

Il faut donc que Jésus commence son ministère près du lac de Tibériade, dans ce trou entre les hauteurs du mont Carmel et le massif du Golan. Un trou profond de 212 mètres sous la mer. Le Lac de Tibériade est le 2e plan d’eau le plus bas du monde, après la Mer Morte. En région frontalière, ce qui explique l’existence d’une garnison romaine, et qui fait que les juifs sont en contact régulier avec des non-juifs, des païens « des nations » comme dit le prophète.

Ce sont des gens pauvres qui y vivent, leur travail est dur et le rendement laisse à désirer. Jésus, qui a grandi dans la maison d’un entrepreneur, se tourne vers eux pour leur annoncer la nouvelle inouïe : il y a une lumière dans vos ténèbres, il y a un changement de votre situation. Vous êtes les juifs de Terre sainte qui vivez le plus loin du temple, vous n’avez pas les moyens d’aller à Jérusalem pour y prier et sacrifier, et pourtant – ou pour autant ? – Dieu a décidé que vous soyez les premiers à entendre le message de Jésus.

Au début, ce message ne se distingue point de celui du cousin à Jésus, Jean le Baptiste. C’est même mot pour mot le même : « Convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché. » Jésus se ferait-il disciple de Jean, multiplicateur sur les hauteurs des paroles du prédicateur au bord du Jourdain ? Veut-il reprendre les disciples de Jean, alors que celui-ci est incarcéré ? Si oui, c’est raté. Les disciples de Jean restent fidèles à leur maître qui un jour les enverra questionner Jésus.

Jésus appelle à la conversion, à un changement profond dans la vie. « Convertissez-vous ; le Royaume des cieux est proche ! » La prophétie d’Ésaïe, vieille de sept siècles et demi, s’est accomplie, il y a une lumière dans les ténèbres. Les choses changent fondamentalement, oui – elles ont déjà changé. L’envoyé de Dieu est là, il est présent devant vous ! Donc, ne restez pas figés dans vos habitudes anciennes. Ne continuez pas à vivre comme si vous étiez encore dans les ténèbres, dans la nuit d’une vie sans vraies perspectives ! Jésus est là, ne faites pas comme s’il n’y était pas. Jésus est là, et la lumière dissipe les ténèbres. La lumière permet de voir, et plus rien n’est comme avant – alors, convertissez-vous, mettez-vous à l’heure de Dieu ! Les prophéties anciennes, espérance du peuple durant des siècles, s’accomplissent l’une après l’autre ; adaptez-vous à la nouvelle situation !

Quand Jean le disait, c’était un appel à la pénitence : préparez-vous, la lumière est proche. Quand Jésus le dit, c’est un message joyeux : les temps sombres sont terminés, la lumière est là, donc réjouissez-vous ! Comportez-vous en enfants de lumière, fiers de l’être et d’être là, et ne rasez pas les murs comme ceux qui circulent la nuit avec des idées noires. Ne sombrez plus dans vos pensées morbides, vos souffrances, mais vivez ! Vivez dans la lumière, réjouissez-vous de la présence du Christ comme l’oiseau qui par son chant accueille le matin !

Amen.

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