Confiance

Chants : ARC 233 ; 644 ; 646 ; 622 ; 638

Lectures : AT : És. 30, 15-17

Épître : =pr. Évangile : Lc 12, 35-40

PR : Rom. 8, 31(b)-39

L’an 2016 sonne ses dernières heures. Une année mitigée pour beaucoup, année de catastrophe pour certains, et rares sont ceux qui n’y trouvent rien à redire. En plus des petites joies et des grands soucis de la vie quotidienne, en plus de nos amis qui perdent leurs facultés et leur autonomie, ou qui ont quitté ce monde pour de bon, en plus de tout cela les attentats nombreux, mais aussi l’impact des réactions des gouvernements, pèsent sur le bilan. Il n’y a pas 15 jours, c’était l’attentat sur le marché de Noël à Berlin. En même temps, des massacres peu remarqués en France, dans des églises coptes en Égypte. Des persécutions, des repressions. Jusque dans nos lieux de culte, ici en France. Jamais avant, on ne m’avait posé la question si j’avais peur de célébrer un culte.

Et même si les gouvernements et administrations policières de l’Europe entière se donnent beaucoup de peine pour qu’on ne le remarque pas, il faut bien constater que les moyens policiers de l’État de Droit ne permettent pas de nous protéger contre des forcenés isolés, cachés dans la foule, ressemblant à Monsieur Toutlemonde. Ce qui jadis était l’atout de la Résistance, est aujourd’hui l’arme puissante du terrorisme dit islamiste. Et nous sommes exposés, impuissants.

Pourtant, dit le psaume 73, je me tiens à toi, mon Dieu. Pourtant, malgré tout et même d’avantage dans la détresse, dit l’apôtre Paul, nous sommes portés par l’amour du Christ. Si nous ne coupons pas les liens, rien ne peut nous séparer de cet amour. Détresse, angoisse, persécution, faim, dénuement, danger, abus de pouvoir public – n’ayons pas peur, car Jésus nous aime et de cet amour demande constamment au Père toutes bonnes choses pour nous. L’adversaire, le diable, les forces des ténèbres ou forces du mal, selon quel nom on veut y mettre, peut gagner une étape. C’est possible. Mais la victoire appartient au Dieu saint et fort, et il est notre allié.

Quand l’assassin du père Hamel, à Saint-Étienne-du-Rouvray, a demandé à Sœur Hélène Decaux si elle avait peur de mourir, elle a répondu que non : « Je crois en Dieu et je sais que je serai heureuse. » Christ est ma vie, mourir m’est un gain, avait écrit Paul aux Philippiens. Aujourd’hui, il le dit différemment, mais le fond est le même : peu m’importe même la vie sur terre, tant que je reste lié corps et âme au Christ.

Paul n’efface pas la réalité. Les persécutions, dont certains de ses amis ont été victimes, sont bien là. Lui-même a passé des années en prison, sous la seule accusation de s’attacher à ce Jésus dit Christ condamné et exécuté pour avoir mené une émeute terroriste.

Mais Paul ne sait que trop bien : on peut briser des os, on peut briser des vies – mais rien ne peut briser l’attachement du Christ à nous. Oui, je le dis de cette façon un peu tordue, parce que c’est bien le Christ qui s’est attaché à nous, bien avant de nous rencontrer, et qui tiendra fermement même si nous chancelons dans le doute.

Et Paul est loin de nous appeler à la résignation. Puisque de toute façon nous ne pouvons rien y faire, attendons que ce soit notre tour, et puis terminé. Ah non ! Certainement pas !

Tout au contraire : Par l’amour du Christ, nous serons toujours vainqueurs. Tant que le Christ nous aime, nous ne pouvons pas perdre. En aucun cas.

Et donc, Paul peut sereinement énumérer tout ce qui peut nous faire peur, qui peut essayer de nous séparer du Christ. Il n’a pas peur de prononcer ces paroles à haute voix, alors que souvent – et même encore dans notre culture moderne – on évite de nommer ce qui fait peur, de crainte qu’il entende son nom et arrive en courant. Pas Paul. Au contraire. D’abord il énumère les fardeaux de notre monde : détresse, angoisse, persécution, faim, être dépouillé jusqu’à la peau nue, danger, même l’épée du bourreau. Tout cela n’a de pouvoir que dans le monde ; mais comme nous avons un point d’ancrage en dehors de ce monde, nous ne sommes pas soumis aux fonctionnements internes du système.

Et puis, Paul tire tous les registres en bravant les forces cosmiques, celles qui tiennent ensemble la création toute entière, autant notre terre que les sphères célestes ou infernales, ces mondes dont nous avons pu entendre parler mais qui en général, restent hors de notre connaissance.

Que ce soit la mort ou la vie, que ce soient les anges ou les dominations, que ce soit le présent ou le futur, que ce soient les forces célestes ou les forces infernales ou qui que ce soit d’autre : rien ni personne ne peut nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Parce que tout, tous, ils ne sont que créatures. Ils n’existent que par la volonté de Dieu. Et le Dieu qui les a appelés à l’existence, peut les faire disparaître d’un claquement de doigts. Le même Dieu qui nous a manifesté son amour en Jésus-Christ.

Paul nous invite donc à remplacer la peur par la confiance, confiance absolue en Dieu. Si quelque chose nous fait peur, quoi que ce soit, nous pouvons nous tourner vers notre Père au ciel pour lui en toucher un mot, et lui, Dieu puissant éternel, ne permettra pas que cette créature ou cette création prenne puissance sur nous.

Voilà un bel appel pour l’année qui s’ouvre devant nous : n’ayons pas peur, au contraire ayons entièrement confiance en ce Dieu qui nous a appelés à l’existence, qui nous manifeste son amour et qui est plus fort que toutes les puissances et dominations.

Le terrorisme – Dieu est plus fort. La terreur d’État – Dieu est plus fort. La faim et la pauvreté – Dieu est plus fort. Les jeux de pouvoir politique – Dieu est plus fort. La spéculation boursière, même autour de la nourriture – Dieu est plus fort.

La maladie – Dieu est plus fort. La faiblesse du grand âge – Dieu est plus fort. La mort et la solitude – Dieu est plus fort.

Amen.

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