Envoyé pour une vie nouvelle

Chants : ARC 208 ; 416, 1.3.4 ;  ; 427 ;
Lectures : AT : Gen. 12,1-4a
Épître : 1Cor. 1, 18-25 Évangile : =pr.
PR : Lc 5, 1-11

Quand un entrepreneur a besoin d’un ouvrier, il met une annonce dans le journal et se tourne vers l’ANPE. Un professeur de violon qui cherche des élèves, mettra une annonce dans le journal et des affiches dans les écoles.
Une Église en manque de pasteur envoie des lettres à tous les pasteurs susceptibles de changer de poste, pour leur dire, « voyez, nous avons besoin de vous », et aussi « nous vous offrons… » (un beau presbytère, le ski et la mer à portée de main, dix catéchètes et onze prédicateurs, et ce qu’on imagine qui pourrait intéresser un candidat). Ça s’appelle recrutement.
Jésus sait bien qu’il a besoin d’hommes qui l’entourent. Pour le connecter à la terre, peut-être. Pour continuer la proclamation du Royaume de Dieu quand Jésus ne sera plus là – sûrement. Alors, qu’est-ce qu’il fait ?
Il recrute, bien sûr. Mais à sa manière. Allons voir.

Jésus est occupé de ce qu’il fait depuis un certain temps : il enseigne les foules, tout en essayant de ne pas se faire écraser. C’est ainsi qu’il arrive sur la berge du lac, où il trouve Simon.
Simon ne lui est pas inconnu ; Jésus a passé quelque temps dans sa maison et lui a guéri la belle-mère malade. Il semble donc naturel que Jésus s’adresse à Simon plutôt qu’à un des autres pêcheurs, pour lui demander de l’éloigner un peu de la berge. Et je pense que pour Simon ce n’était pas une différence fondamentale de réparer ses filets dans le bateau, alors que ses collègues le faisaient sur la berge.
Quand Jésus a terminé son message, il s’adresse à Simon. Non pas pour qu’il le ramène – non, il lui dit de sortir sur le lac pour jeter les filets. À raison humaine, c’est insensé : le jour, les poissons descendent dans les profondeurs du lac. Mais Simon, qui commence à connaître Jésus, obéit. Et sa confiance est richement récompensée, par un filet rempli à craquer.
Alors, Simon se prosterne devant Jésus. Comme jadis Adam voyait sa nudité, Simon reconnaît son péché. Il se reconnaît pécheur, et reconnaît en Jésus la présence de Dieu. Mais autour de Dieu, rien ni personne d’indigne ne peut subsister. Même les grands prophètes Moïse et Élie n’ont pas pu voir Dieu. Simon a donc toutes les raisons de croire que cette pêche est sa dernière.
Mais Jésus a d’autres projets. Et en Jésus, Dieu s’approche de nous, vient vers nous sans que nous soyons menacés par sa sainteté. C’est la facette de l’Évangile que Luc chérit particulièrement : Jésus est Dieu avec les hommes. Dieu incarné. La rencontre avec Jésus permet la rencontre avec Dieu comme jadis au paradis.
Pour Simon, cette rencontre est d’abord douloureuse. Car comme Adam au paradis, il reconnaît tout d’abord son insuffisance. « Je suis nu. Je n’ai rien à te donner, j’ai honte de moi. »
Mais Jésus le relève : « ne crains pas. N’aie pas peur. Tu vivras. » Et il lui donne une mission.
Ce n’est pas anodin, ce qui se passe là dans la barque du pêcheur. Simon, et ses camarades avec lui, passent par un temps de mort. Morts de honte, morts de trouille – de peur – ils croient en avoir fini.
Jésus les relève. Le mot n’est pas dans le texte, mais ce qui se passe, est une vraie résurrection. Jésus leur donne une vie nouvelle. Une vie désormais avec lui. Une vie reliée à leur vie antérieure, mais quand même profondément différente. « Tu pêcheras des hommes désormais. » #
Même si c’est un exercice peu plaisant au début des grandes vacances, il me semble important de regarder cette petite phrase dans ses détails et dans sa structure.
Dès maintenant, tu seras un capturant vivants des hommes.
En premier : c’est dès maintenant. À effet immédiat. Tu n’iras pas en formation d’abord, tu n’auras pas à faire tes bagages, à réunir les documents nécessaires, ni même à dire au revoir à tes copains, à ta famille. C’est maintenant.
L’appel de Dieu ne s’annonce pas, et ne permet pas qu’on le mette en attente. « Quand les enfants seront grands, quand j’aurai la retraite, quand… » Ce n’est pas comme ça que ça marche. Quand le lion rugit, qui ne tremblerait pas, dit le prophète Amos. Quand Dieu parle, qui ne prophétiserait pas ? Quand Dieu appelle, on ne s’attarde pas. Sinon, le train sera parti.
Dès maintenant. « Et après avoir ramené les barques sur la terre, ils abandonnèrent tout et le suivirent. »
Deuxième point : « tu seras… » Même si pratiquement toutes les traductions, pour des raisons de Français compréhensible, utiliseront un verbe actif, style « tu captureras » ou « tu auras à capturer », Jésus ne parle pas d’action. Il ne parle pas de faire. Sa parole est bien plus profonde, elle touche l’être même. Jésus donne par ces quelques mots une nouvelle existence, il crée une personne nouvelle. Désormais, ils ne sont plus pêcheurs. Ils ne font plus partie de la profession, de la corporation… Vous imaginez ce que ça fait pour un pompier, un militaire, un cheminot de s’entendre dire « tu n’es plus ce que tu étais. » Partir à la retraite, quitter le service actif – c’est une chose. Mais on continue à faire partie de « la boutique », voire même de « la famille ». Mais quitter la maison, perdre ses galons – là, c’est grave. Encore, nous avons un élément de mort, et de vie nouvelle, dans cet épisode : ils sont morts à la vie de pêcheur, ils vivent à la vie du Christ. Donc, justement ce qu’exprime l’apôtre Paul quand il parle du baptême.
Troisième point : « capturant vivants des hommes ». Les lecteurs ont un avantage aux auditeurs, ils voient que ‘vivants’ s’accorde à ‘hommes’. Simon et ses camarades ne seront pas chasseurs. Ils captureront des proies vivantes, ils feront des prisonniers – c’est le sens premier du mot utilisé. Ils ne captureront pas pour tuer, mais pour que les capturés vivent.
Et là, on peut même aller plus loin, au-delà du stricte sens du mot, et dire qu’ils seront « capturants pour faire vivre ». Attraper des humains pour qu’ils vivent enfin.
Jésus fait appel aux pêcheurs pour les faire vivre, pour revenir en arrière de la séparation suite à l’épisode du fruit défendu. Il fait appel à eux pour qu’ils partagent plus loin cette vie, vie vraie avec Dieu. D’autres partent pour semer la mort ; Jésus part pour semer la vie, et pour faire multiplier la vie à travers beaucoup de multiplicateurs. La Vie grand V est là où il est, et elle est là où sont ceux qui vivent par lui.
Et l’appel de Jésus ne cesse de se multiplier, de se transmettre à nous aussi : dès maintenant, tu seras celui qui capture des hommes vivants.
Amen.

Publicités