Dieu est mon soucy

Chants : ARC 155 ; 607 ; 523 ; 528 ;

Lectures : AT : Dtn 6, 4-9

Épître : 1Jn. 4, 16b-21 Évangile : =pr.

PR : Lc 16, 19-31

La parabole du riche et du pauvre Lazare. Combien de fois ne l’avons-nous pas entendue… et en ce qui me concerne, je l’ai toujours entendue comme un appel à la miséricorde et à la diaconie. Mais est-ce que c’est vraiment la pointe de cette parabole ?

Jésus nous parle d’un homme riche. Bien vêtu, soigné – et aux petits soins pour lui-même. Et d’un pauvre du nom de Lazare. Ce nom peut paraître cynique, car en hébreu c’est Éléazar : Dieu aide. Or, ce pauvre, il envie beaucoup les plats du riche, et personne ne vient soigner sa maladie si ce ne sont les chiens qui lui lèchent les ulcères. Les deux meurent, et l’un se voit porté « dans le sein d’Abraham ». L’autre en enfer. Pourquoi ?

Je trouve cette réponse peu satisfaisante : « toi tu as vécu le bonheur dans ta vie, et lui le malheur – et maintenant, on compense. » Et à aucun moment on entend ce qu’on attend pourtant : « tu es puni de ne pas t’être occupé de ce pauvre malade qui vivait devant ta porte. » Non. Rien de ça. Visiblement, le manque de charité n’est pas au centre de cette parabole ! Quoi donc ?

La clé, c’est le nom Lazare. Dieu aide. Lazare met donc tout son espoir en Dieu, attend tout de lui. Le riche, par contre, ne se soucie de rien. Dieu – ce n’est pas son souci. Il vit sa vie, tranquillement. Et après la mort, il reste à distance de Dieu – mais cette fois-ci contre son gré. Lazare, lui, qui avait mis tout son espoir en Dieu, trouve ses espérances accomplies.

C’est donc là ce que Jésus veut nous dire : toute notre vie dépend de Dieu. La vie de chaque être sur cette terre. Il y en a qui en sont conscients, d’autres vivent comme s’ils n’avaient jamais entendu parler de Dieu.

Mais dans l’entourage de Jésus, parmi les gens auxquels il s’adresse – tout comme entre nous – il n’y a pas un seul qui n’a pas entendu parler de Dieu. Au contraire. Ce sont des gens qui ont fait leur catéchisme, leur communion. Ces pharisiens, ce sont même des gens qui portent constamment la bible, la Torah, sur les lèvres. Mais ils en font une carrière, où ils trouvent de quoi ériger des prisons, et même de quoi lapider celui qui ne leur convient pas. Ils s’intéressent à la lettre, au lieu de chercher celui qui a parlé et qui parle encore.

Le riche paraît surpris. Et en même temps il prend conscience que ses frères, ses amis, tous ceux qui ont partagé sa vie, risquent de connaître le même sort que lui. Et comme il n’est pas mauvais, il cherche donc à les avertir. Mais : impossible. Jésus est stricte : tout est déjà dit, il suffit de le lire. Il suffit de chercher Dieu et sa volonté dans les Écritures. Ils ont tout ce qu’il leur faut.

Bien sûr, il le dit pour les pharisiens. Ces pharisiens si proches des Huguenots – l’Écriture sous le bras et sur la table de chevet, ils connaissent leur textes, et c’est dans l’Écriture qu’ils cherchent à savoir la bonne conduite. Loin de l’autel et du sacrifice si cher aux autres catholiques (et aux Sadducéens). Mais avec toutes ces lois et écritures, et la question comment faire pour bien obéir à la Loi, ils font de la Loi une fin en soi. Ils oublient celui qui a donné la Loi. Si le prophète Jérémie disait à son peuple « ne croyez pas que parce que vous avez le temple, rien ne pourra vous arriver, mais priez le Dieu vivant ! », Jésus dit aux Pharisiens, « ne croyez pas que parce que vous passez vos journées le nez dans les Écritures que vous êtes sur la bonne voie. » Tout ce qu’il faut, se trouve dans les Écritures, c’est bien souligné dans notre parabole – mais encore faut-il comprendre.

Mais le riche dit à Abraham – et il doit parler d’expérience – que tout ça ne suffit pas. « Mais si quelqu’un vient à eux de chez les morts, ils se convertiront. » Et Abraham répond : « s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes (autrement dit : l’Écriture), alors même quelqu’un qui revient des morts ne les convaincra pas. » Jésus me paraît résigné, tout d’un coup – car celui qui reviendra des morts, ce sera lui-même. Et il semble dire que toute la souffrance et sa mort atroce ne serviront à rien parce que les humains ne voudront pas y croire.

Il y en a de ça. Nous le voyons bien. Des missionnaires sillonnent les routes du monde, et tant d’hommes et de femmes ne veulent pas les croire. Au contraire, ils les ridiculisent, les insultent, les persécutent et tuent. Encore, ceux qui réagissent violemment semblent sentir que derrière les faibles paroles de missionnaire, il y a une puissance forte.

Et qu’en est-il de nos enfants, petits-enfants ? Heureux ceux qui ont réussi à transmettre la graine, à donner aux générations suivantes l’envie de connaître Dieu en Jésus-Christ. Mais ce n’est pas la règle. Combien de nos camarades de catéchisme ont laissé Dieu de côté ?

Nous pourrions résigner. Et pourtant. Ne regardons pas les échecs. Dieu, lui, ne s’est pas résigné des échecs. Il continue. Et il nous demande de continuer avec lui. Il nous engage à vivre en communion avec lui, communion qu’il nous offre, et à transmettre au monde entier le message de celui qui est revenu des morts.

C’est comme un défi : tentons de prouver qu’Abraham se trompe, que quand un ressuscité porte le message, ils y croiront !

Parce que Dieu nous envoie, comme il a envoyé les Onze, il nous envoie dans le monde pour être ses apôtres et ses prophètes. Pour être les hérauts de sa parole, messagers de paix et d’amour.

Ce message sera transmis de plusieurs façons : il dira à ceux qui vivent dans l’insouciance que Dieu est vivant, et qu’il faut le compter dans nos plans et calculs. Nous ne pouvons pas faire n’importe quoi, nous ne sommes pas seuls juges de nos faits et gestes, car il y a un Dieu vivant. Et ce Dieu vivant même s’il ne semble pas trop se manifester, il est bien présent dans le monde, et risque de surprendre beaucoup.

Il dira à tous ceux qui peinent, qui ont du mal à joindre les bouts, qui ne savent pas d’où tenir la force pour passer la journée, qui versent des larmes sur leur oreiller quand personne ne les voit, à eux tous il dira : Dieu ne t’a pas oublié. Fais-lui confiance, il te viendra en aide.

Et comme pour le souligner, il se dira aussi en gestes, en actes de charité, de bienveillance et de soin. Nous ne pouvons pas dire « courage, Dieu t’aidera » en restant les bras croisés. Nous ne pouvons pas dire à Lazare « Dieu te guérira » en le laissant pourrir dans ses détritus.

La parole s’accompagne d’actes concrets, actes d’amour incarné. Et les actes d’amour s’accompagnent de la Parole. C’est ainsi que la Parole de l’Amour de Dieu devient audible et crédible dans ce monde si bruyant et si méfiant.

Et il y a tant à faire… Au CARO, Collectif pour l’Accueil de Refugiés d’Orient, nous n’avons que quelques bras, vieux en plus, pour tant de travail… mais Dieu qui donne la volonté, donne aussi la force pour accomplir. Et nous espérons que le petit troupeau d’ouvriers s’agrandira. Nous avons besoin de vous pour témoigner de l’amour de Dieu à une famille qui a toutes les raisons d’en douter.

Et il y a tellement de désespérés… de personnes âgées, seules dans leurs maisons ou perdues dans une maison de retraite qu’ils n’arrivent pas à accepter comme leur chez-moi. De conjoints ou enfants qui soignent un malade chronique. De chômeurs de longue durée. De parents séparés de leurs enfants. De jeunes et moins jeunes en quête de reconnaissance et d’amour. Ils nous attendent. Ou pas. En tous cas, ils ont besoin de nous pour que nous les retrouvions, et que nous leur soyons messagers de Dieu.

Amen.

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