surréaliste

Chants : ARC 24, 1-4 ; 24, 5-7 ; 304, 1-4 ; 323 ;
Lectures : AT : Jér. 23, 5-8
Épître : Rom. 13, 8-14 Évangile : =pr.
PR : Matth. 21, 1-9

Le pasteur s’est trompé de page dans sa liste de lectures, au lieu du premier avent il a pris les Rameaux !
Rassurez-vous, ce n’est pas le cas. Mais j’avoue, ce passage peut paraître bizarre pour l’Avent, où nous voulons nous préparer pour Noël, pas pour Golgotha. Et nous ne sommes qu’au début des étonnements.
Toute cette scène est surréaliste. Les deux hommes vont dans le village. Ils y trouvent une ânesse et son petit, et sans trop se soucier de ce que le propriétaire des animaux en dirait, ils les détachent et les amènent à Jésus. « Le Seigneur en a besoin ». Mais, est-ce que c’est une raison ? On se croirait dans certaines zones marginalisées où le droit n’est pas droit, mais où quelques caïds gouvernent. Ou encore en terre mafieuse. Le parrain en a besoin, on prend.

Puis, une fois l’ânesse et l’ânon amenés à Jésus, les disciples les couvrent de leurs manteaux en guise de selle. Et Jésus fait son entrée dans Jérusalem. Drôle de roi qui n’a pas de cheval, juste un âne. Drôle de roi qui n’a pas d’épée. Drôle de roi qui n’a pas de cour, juste quelques hommes à pied. Victor Hugo décrit dans son célèbre roman « Notre Dame de Paris » la société des mendiants, des clandestins, avec leur roi, il décrit comment les étudiants, les drôles, élisent Quasimodo roi de leur peuple, et il décrit aussi le roi couronné, Saint Louis. Quel contraste, quelle discrépance entre un vrai roi et ceux-là, rois de la rue et des sans-droits ! Mais déjà les prophètes de la reconstruction, 540 ans plus tôt, l’avaient annoncé…
Ils l’avaient annoncé à un moment qu’il n’y avait pas de roi en Israël. À vrai dire, il n’y avait même pas d’État d’Israël car tout le proche Orient était une province du grand royaume perse. Annoncer un roi, c’était un acte fort. Annoncer un roi sur le dos d’un ânon – ça frôlait la provocation.
Oui, Dieu provoque. Il cherche des réactions. Des réactions comme à Jérusalem, où ils ont acclamé le roi envoyé par Dieu, le descendant de David. La peur de ceux qui possèdent le pouvoir établi. La joie des dépossédés, des désespérés, des décomposés.
L’arrivée de ce roi surréaliste sur son ânon, sans épée et sans couronne, nous invite à regarder la suite. Ce n’est pas encore fini, ici… un roi sans couronne n’en est pas un. Jésus, lui, aura sa fête de couronnement quelques jours plus tard, dans le palais de Ponce Pilate. Celui qui représente le pouvoir impérial. Il sera couronné d’une couronne d’épines. Au lieu d’un trône, il trouvera la croix, et le même peuple qui aujourd’hui l’acclame, le fils de David, le messie de Dieu, et lui chante hosanna, ce même peuple, quelques jours plus tard, hurlera « à mort, à la croix ! »
Et pourtant, il est – comme ils l’acclament aujourd’hui – le messie que Dieu a envoyé, celui qui délivre Israël. Il est celui qu’ont annoncé les prophètes, attendu les anciens.
La semaine dernière, nous avons parlé de la longue attente. Aujourd’hui, il est prêt à entrer dans la ville royale, dans la cité de Dieu.
Il nous a été dit, « préparez-vous, soyez prêts à l’accueillir quand il viendra car vous ne savez pas le jour et l’heure ». Aujourd’hui, il est devant la porte et il demande d’entrer. Il n’est pas le roi glorieux, sur un cheval blanc, il est un roi des mendiants, un roi des ratés, un roi des perdus, un roi des désespérés, un roi des faibles, un roi des fainéants, un roi des co…ooomment le dirais-je sans gros mot ?
Mais il est le roi du monde, même le roi des rois. Un roi qui n’a pas de couronne en or. Qui n’a de rubis que les perles de sang sur son front. Qui n’a de diamants que les larmes de ceux qui le pleurent. Qui n’a de destrier qu’un ânon.
Un roi tout différent. Né non pas dans un palais, mais dans une étable. Nos chants de noël parlent de chaumière, les peintres dessinent une cabane où les cloisons tombent en miettes et où le vent siffle par les trous. C’est de l’imagination, mais souligne la différence de ce roi.
Ce n’est pas un roi comme celui des gazettes et des magazines imprimés en couleurs sur papier brillant, un roi dont on parle quand il faute, et dont on rit quand ses extravagances se font savoir. Ce n’est pas un roi comme nous le connaissons.
Mais c’est un roi qui nous connaît. Qui connaît notre situation, nos conditions de vie, nos soucis, nos joies et nos peurs. C’est un roi qui est né dans la pauvreté, qui a grandi avec un papa et une maman qui ont beaucoup travaillé pour nourrir leurs enfants, qui a travaillé lui-même de ses mains, qui a porté les poutres pour construire une maison. Qui se connaît non seulement avec les poutres mais aussi avec les échardes. Et la dernière poutre qu’il s’est chargée sur les épaules, c’est celle de sa croix, c’est la pièce centrale de son château royal.
Il sait ce que c’est d’avoir des ampoules aux pieds pour avoir marché toute la journée. Il sait ce que c’est de dormir sous un arbre parce qu’on n’a pas trouvé d’autre abri. Il sait ce que c’est d’être refugié, à la merci d’un peuple et d’un pays qui ne l’a pas cherché. Il sait ce que c’est d’être incompris par sa propre famille, par ceux dont on dit qu’on peut toujours compter sur eux. Même sa propre mère ! Il sait comment c’est de vouloir tout fuir, de ne plus supporter quoi que ce soit, de devoir être seul avec Dieu et lui-même pour retrouver l’orientation, pour retrouver le sens de tout cela. Et il sait aussi comment c’est d’être seul trop longtemps, d’être tenté de courir après le premier venu pourvu qu’il nous parle. Il connaît la faim, il connaît la soif.
Voilà ce qui le distingue de tous les rois du monde, de tous les bouffons en costard qui ne font qu’assouvir la soif de pouvoir, d’être adulés et acclamés. Lui, il est des nôtres.
Et en même temps, et c’est ce qui le distingue peut-être encore plus de tous les potentats du monde, il n’est pas de ce monde. Il ne brigue pas un royaume terrestre, il possède déjà son royaume – mais un royaume autre. Car son pouvoir et sa puissance lui viennent de Dieu son père. C’est pourquoi lui, et lui seul, peut ouvrir un nouveau chemin, un chemin qui n’est pas de nos tours de moulin, toujours dans les mêmes traces, toujours dans les mêmes pas – mais un chemin de vie. C’est surréaliste. Tout comme un roi sur un ânon. Mais justement, il faut du surréaliste pour dépasser notre triste réalité truffée d’intrigues, d’égoïsmes, de conflits, d’échecs, de souffrances. La réalité est des plus sombres. Il suffit de regarder les informations de 20h. Et c’est un système fermé, qui n’a pas en lui la possibilité de changer. Comme une boîte à musique, où la petite danseuse tournera toujours sur le même point, et où la musique sera jouée en boucle jusqu’à ce qu’on ferme le couvercle.
Jésus, lui, apporte une nouvelle lumière. Une nouvelle mélodie. Justement parce qu’il n’est pas intégré dans nos systèmes, il a le pouvoir de les changer. Et c’est ce qu’il fait. La lumière est là, ne la voyez-vous pas ? La nouvelle musique, le nouvel air – ne l’entendez-vous pas ?
Amen.

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