« C’est quand même pas la fin du monde ! »

Chants : ARC 42, 1.7-9 ; 303 ; 305, 1-3 ; 319, 1.5.6 ;
Lectures : AT : Job. 14, 1-6
(Épître : Rom. 14, 7-9) Évangile : Lc 17, 20-24(25-30)
PR : 1Thess. 5, 1-6(7-11)

« C’est quand même pas la fin du monde ! » C’est ce qu’on entend parfois dans une situation difficile qui nous paraît insurmontable. Ceux qui le disent, veulent nous consoler, nous rassurer, nous redonner courage. Ou encore, nous dire que nous exagérons de pessimisme.
Dans l’histoire des chrétiens, il y a eu beaucoup de tentatives de savoir le moment et l’heure de la fin du monde. Au passage à l’an 1000, une folie de masses s’est propagée à travers toute l’Europe, les gens faisaient pénitence en se flagellant en public durant des semaines et des semaines. Ils dilapidaient leurs biens dans la ferme conviction de ne plus en avoir besoin. Plus près de nous, les témoins de Jéhovah ont annoncé plusieurs fois la fin du monde – sans que cela se réalise. Si pour l’an 2000 on ne nous annonçait pas la fin du monde tout court, du moins on a prédit la fin du monde informatique. Les ordinateurs – et l’humanité – ont survécu. Et voici deux ans, le monde s’est affolé à cause du calendrier Maya. Il semble que nous tenons beaucoup à ce monde, et que nous ayons peur qu’un jour il disparaisse.

« Ce n’est quand même pas la fin du monde ! » Les chrétiens thessaloniciens auraient répondu : « alors, c’est bien dommage ! » Tout comme les protestants des siècles passés, qui au lieu d’avoir peur de la fin du monde, l’attendaient avec une certaine impatience. Et pourtant, même Jésus dit que certains événements, certaines catastrophes qui nous font penser que la fin est là, ne sont quand même pas la fin du monde.
Mais Paul nous exhorte de rester vigilants. Et on pourrait croire qu’il ait écrit ces lignes de nos jours, quand il dit : ne vous mettez pas à rechercher la paix et la sécurité. Ça, ce n’est pas le plan de Dieu pour les temps qui viennent. Si vous croyez que vous pouvez faire la paix dans le monde et sécuriser tout, vous vous mettez le doigt dans l’œil. Quand Jésus reviendra, tout sera bouleversé, ce sera un temps très incertain et belliqueux. Et ceux qui pensent avoir tout fait pour pouvoir dormir sur les deux oreilles, vont connaître un réveil très douloureux. Mais, dit-il, pas vous. Vous n’êtes pas de ceux qui se laissent bercer en sécurité par les beaux discours de nos di-rigeants, ni de ceux qui se laissent affoler par tout ce qui se passe dans le monde. Vous êtes sobres, vous gardez les esprits éveillés et les têtes froides. Même dans les périodes les plus dures, vous ne sombrerez pas dans la déprime. Parce que vous êtes des enfants de lumière. Des enfants de Dieu qui est votre lumière. Quand Jésus se présentera à votre porte, vous ne serez pas affolés, en pyjama, à vite vous habiller pour pouvoir suivre son appel : non, vous serez déjà habillés et chaussés, prêts à partir avec lui. Fidèles à la devise scout : « toujours prêt ! »
Enfin… que chacun d’entre nous s’examine si cette affirmation de l’apôtre vaut aussi pour nous… y a-t-il des scouts parmi nous ?
Pour Paul cependant, il n’est même pas imaginable que quelqu’un croie en Jésus et puisse ne pas être prêt à répondre à l’appel. Il imagine les chrétiens disposés dans l’esprit comme jadis les Israélites la nuit de la Pâque, prêts à partir, habillés et chaussés. Et si le Seigneur nous appelle, c’est pour nous préserver, que nous n’ayons pas à partager le sort de ce monde. Et nous pouvons suivre sans nous retourner, comme Lot, car nous ne laisserons rien derrière nous qui en vaudrait la peine.
Et nous reprenons le début de notre passage : nous ne savons ni la date ni le moment, ce sera la surprise – mais nous serons préparés. Et donc nous n’avons pas besoin de connaître le jour J, l’heure H – chaque jour à chaque heure, c’est le jour J et l’heure H.
Que faire jusqu’alors ? Tourner en rond ? Attention à ne pas vider nos réserves comme les demoiselles d’honneur. Continuer comme si de rien n’était ? Attention là aussi, la routine nous guette, et la routine est soporifique. Mais nous ne voulons pas dormir !
Dans le langage imagé de Paul, c’est quand nous sommes munis de l’armure du chrétien que nous ne dormirons pas. Cette cuirasse, ce casque nous empêcheront de dormir.
Vous connaissez cette triade : La foi, l’amour, l’espérance. C’est notre armure contre les menaces du monde, mais aussi contre la routine, la fatigue, l’assoupissement. Un guerrier cuirassé ne peut pas dormir.
Muni de cette armure, nous pouvons effectivement faire ce que nous faisons d’habitude – c’est à dire, aimer Dieu et notre prochain.
Soutenir, reconforter, édifier ceux qui doutent ou qui s’essouflent, apporter toute aide nécessaire, voilà comment vit un chrétien. « Vous le faites déjà », dit l’apôtre, et on dirait qu’il connaît notre petite communauté. Vous vous portez et supportez les uns les autres, vous êtes là quand l’un de vous est en détresse, vous apportez votre aide, même si souvent vous n’êtes guère plus costauds que celui que vous aidez. Mais dans la faiblesse humaine s’avère la force divine, et cette petite communauté vit.
Comme aujourd’hui c’est le 9 novembre, je ne peux pas passer à côté d’un anniversaire important : il y a 25 ans exactement, les Allemands et certainement bien au delà ne croyaient pas leurs oreilles quand le ministre de la RDA déclarait à la télé que désormais les citoyens de la RDA n’auraient plus besoin de permission pour aller en RFA ou à Berlin-Ouest. Cette annonce est tombée « comme un voleur dans la nuit », personne ne s’y attendait – d’ailleurs, même pas le conseil des ministres de la RDA. Mais, et c’est la raison pour laquelle j’évoque ce fait historique dans la prédication, ce miracle a été préparé par les prières de milliers et milliers de chrétiens, qui justement n’ont pas privilégié « paix et sécurité » dans leurs salons, mais se sont réunis dans les églises, majoritairement protestantes, du pays pour prier. Ils étaient conscients que la sécurité d’État les surveillait et n’attendait qu’une occasion pour tous les arrêter, en quel cas beaucoup d’entre eux auraient tout simplement disparu sans la moindre trace. Ils se sont munis de leur cuirasse de foi et d’amour, du casque d’espérance, et ils ont rempli les églises et les places publiques. Et il arriva ce que personne ne croyait possible, on craignait tous une repression brutale comme sur la place Tien-an-Men à Pékin, le 4 juin de la même année. Le miracle est arrivé, et il n’était que le coup de départ pour la chute de tout le bloc communiste, inhumain et totalitaire. Je persiste à dire que ce miracle est arrivé grâce à des croyants qui ont veillé et prié, jour après jour, et qui ne se sont pas laissés anesthésier les esprits par les paroles du régime. Qui ont veillé et ardemment attendu que leur Dieu agisse.
Et pour ne pas vous enivrer ou endormir, je m’arrête là.
Amen.

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