vivre dans l’esprit

Chants : ARC 223, 1-4 ; 576 ; 101, 1-4 ; 608 ; 530, 3.4
Lectures : AT : Ex. 20, 1-17
(Épître : Rom. 14, 17-19) Évangile : Mc 12, 28-34
PR : Eph. 5, 15-21

Tous nos textes de lecture ce matin ont un point commun : ce sont des passages par lesquels Dieu nous dit comment nous devrions vivre. Les deux passages que nous avons entendus en lecture, ont été inscrits sur le mur du temple de Saint Augustin, et certainement de bien d’autres temples encore.
Et maintenant l’Épître aux Ephésiens : Les jours sont mauvais, ne perdez donc pas de temps : soyez sensés et non pas insensés, conduisez-vous bien selon la volonté du Seigneur. Eh bien, quelle est cette volonté ?
« Ne vous enivrez pas de vin, cela est contre le salut. » À qui tu parles, mon ami ? Je ne bois guère de vin, et rarement plus d’un demi-verre… Mais Ephèse est une ville portuaire. Qui dit port, dit marins, dit dockers, dit hommes qui travaillent durement et qui, du fait de ce travail, ont soif. Et à l’époque, il n’y a pas encore de loi interdisant les débits de boisson autour des installations portuaires. Donc, à Ephèse, il y a de gros buveurs. Mais si l’apôtre n’ose pas le formuler, il a quand même une grande envie de nous dire : « enivrez-vous plutôt du Saint-Esprit ! » N’y avait-il pas un autre qui se défendait contre l’accusation d’être un ivrogne ? « Chers amis, il n’est que neuf heures du matin, pourquoi dites-vous que nous sommes ivres ? », dit Pierre, au matin de Pâques. Si l’alcool délie parfois la langue et plus, l’Esprit de Dieu peut, lui aussi, délier les langues, nous faire dépasser nos pudeurs et nos inhibitions, et profondément altérer notre comportement. Rassurez-vous, ça reste quand même convenable.
Et ce n’est pas mauvais, mais pas du tout ! Au contraire, c’est ce que l’apôtre nous recommande de chercher : l’ivresse de l’Esprit. Nous laisser emporter par lui, au point d’aller beaucoup plus loin que ce que nous oserions faire sans lui.
Tout d’abord et avant tout, vivre dans l’Esprit – ou vivre rempli d’Esprit – ne se fait pas tout seul. La vie inspirée se vit à plusieurs. Tout seul dans ton coin, tu perdrais vite le contact avec Dieu. Et avec les humains.
Quand vous avez demandé le baptême pour G., vous avez choisi une communauté chrétienne où il serait baptisé. Vous avez choisi l’Église Protestante Unie, et la communauté de Saintonge-Océan. Vous auriez pu opter pour la communauté protestante du quartier où vous habitez, et où vous vous ferez certainement connaître (je vous y encourage). Vous auriez pu opter pour une communauté appartenant à une autre Église. La paroisse catholique de votre quartier, par exemple. Pour le baptême chrétien, ça ne fait pas de différence : il est le signe visible et indélébile que G. est un enfant de Dieu. Il est le moment symbolique du don du Saint Esprit. Nous sommes en droit de croire que chaque baptisé a reçu cet Esprit, qu’il en a été rempli des pieds jusqu’à la tête. Si certains baptisés ne semblent plus avoir de l’Esprit de Dieu, c’est donc qu’autre chose a pris la place – peut-être le vin, comme dit l’apôtre, et sa parole contre le vin est donc plutôt la recommandation de garder l’Esprit en nous.
Le baptême de G. est son inscription dans l’Église universelle, disais-je. Et en même temps, il place G., et il vous place avec lui dans la réalité d’une communauté locale. Si la croix, ou encore plus la croix huguenote, peut être signe de reconnaissance entre personnes qui appartiennent à la même Église, le baptême de Gaspard ce matin dans ce temple entraîne un attachement plus fort. Non seulement « tiens, nous appartenons à la même mouvance d’Église », mais : « toi, je te connais. Je t’ai vu lors de ton baptême, nous avons prié et chanté ensemble. » G. a reçu le baptême dans le même temple que son parrain, son grand-père et ses arrière-grands-parents. Je ne sais pas si vous connaissez ces lignes, mais elles expriment ce qui a guidé votre choix : « Esprit qui les fis vivre, Anime leurs enfants, Anime leurs enfants Pour qu’ils sachent les suivre. » La Cévénole.
Mais ce baptême, il l’a reçu entouré des gens d’aujourd’hui. D’hommes et femmes qui vivent avec cet Esprit que Gaspard vient de recevoir. D’hommes et femmes qui partageront cette tâche à laquelle vous vous êtes engagés, vous parents, vous parrain et marraine : de faire connaître à Gaspard le Dieu de ses ancêtres, de lui apprendre à prier, à chanter, à aimer les histoires bibliques. Il n’y a pas que vous, nous y sommes tous engagés. Et je ne peux que vous encourager à nous solliciter pour vous épauler dans cet engagement.
Notre passage nous donne un plan merveilleux pour être parents et parrain et marraine : avant tout, c’est chanter. Chantez avec G., il n’y a pas que la souris verte mais aussi beaucoup de petits chants et comptines qui parlent de Dieu – ou qui parlent à Dieu. Si vous chantez avec lui, il sera ravi, et vous verrez, la pression de la journée tombera de vos épaules.
Et remerciez Dieu pour tout. Avec G., et durant toute la journée. Parfois c’est bien difficile. Comment remercier Dieu pour quelqu’un de particulièrement casse-pied qui vient de nous voler deux heures de notre temps précieux ? Je n’ai pas la recette magique, mais dans une telle situation ne pouvons-nous pas dire merci à Dieu de nous avoir rendu patients ? Ou même, « merci, mon Dieu, qu’il s’en est allé, enfin ! » Ou la musique heavy metal du voisin – c’est tellement beau quand ça s’arrête…
Il y a tant à faire et à découvrir. Sur le parcours du petit garçon qui grandit, et sur le chemin avec Dieu. Sur le sentier de la reconnaissance. Et l’apôtre qui doit bien connaître la nature humaine, nous rappelle : sois sage, ne te laisse pas flotter comme une feuille morte. Si tu veux vivre de cet Esprit qui est en toi, n’attends pas demain, parce que demain, tu attendras encore, et tu repousseras tout aux calendes grecques. Ne perds pas de temps. Ne laisse pas filer une seule occasion de dire merci à Dieu, de chanter avec ton mari, ta femme, tes enfants, tes amis chrétiens. C’est aujourd’hui que commence le reste de ta vie. Ne perds pas de temps.
Et pour ne pas perdre du temps, pour chanter l’amour et la justice de Dieu, je m’arrête là. Le temps d’une petite méditation musicale, qui est aussi une façon de chanter à Dieu, et nous allons ouvrir les recueils au n° 608.
Amen.

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