invité à s’engager

Lectures : AT : És. 25, 6-9
Épître : Phil. 4, 12-20 Évangile : =pr.
PR : Mt. 22, 1-14

Grâce et paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et de notre Seigneur Jésus-Christ ! Amen.
Cette parabole, dans la version que nous transmet Matthieu, ne manque pas de violence. Des messagers maltraités et tués en passant par la mission punitive qu’envoie ce roi jusqu’à ce pauvre bougre qui se trouve dans la salle royale visiblement sans savoir pourquoi et comment, et qui pour son ignorance est sévèrement puni.
Est-ce que c’est un passage digne de l’anniversaire de l’ACAT qui s’engage depuis 40 ans contre toute sorte de violence et notamment de violence d’état et de gouvernement ? Et je pourrais aller plus loin et demander si ce passage n’est pas en contradiction avec le message du Christ qui nous demande de tendre l’autre joue et d’aimer nos ennemis. Ce n’est pas ce que fait ce « roi humain » dans la parabole !

Mais n’oublions pas que les paraboles de Jésus sont souvent volontairement pointues et suraiguisées pour bien souligner un point bien précis. Ou plusieurs. Jésus a raconté cette parabole pour dire aux pharisiens, qui se prenaient pour les gardiens de Dieu, qu’il ne suffit pas d’être né dans l’Alliance de Dieu, mais qu’il faut aussi répondre à son appel. Il y fait une allusion aux différents prophètes que Dieu a envoyés pour parler à son peuple, et qui ont été accueillis avec mépris, certains ont payé de leur vie.
Pour le petit L., le baptême qu’il va recevoir ce matin, est comme l’invitation de Dieu. Un jour, L. décidera s’il veut suivre cette invitation ou pas. Et s’il dit oui, il devra non seulement être là quelque part, mais il devra s’engager pour la cause de Dieu. Ou bien il risquera d’être interrogé : « Camarade, qu’est-ce que tu fais là alors que tu n’es pas disposé à y être ? » Jusque là, ce sont les parents avec parrain et marraine qui se sont engagés de lui faire connaître la foi chrétienne – et nous tous qui sommes témoins de ce baptême, nous sommes aussi engagés, nous sommes tous parrains et marraines de L. !
Engagement. Ah, là, les amis de l’ACAT se reconnaissent. Quand on s’inscrit à l’ACAT, on s’engage à envoyer des lettres aux grands de ce monde, des lettres pour leur dire que leurs actions ne correspondent pas à notre vision d’un état humain. On s’engage à prier pour la libération d’hommes et femmes injustement incarcérés. Un engagement de chrétien, engagement de ne pas seulement se mettre à la table préparée, fût-ce la table du Seigneur, mais de participer activement à ce que le royaume de Dieu se manifeste.
D’autres vivent leur engagement chrétien de maintes façons, par l’entraide et la diaconie, par les services rendus à des personnes âgées et faibles, par le petit déjeuner pour les hommes et femmes sans domicile fixe. Mais aujourd’hui c’est l’anniversaire de l’ACAT.
Je vois encore un autre aspect dans notre parabole. Parce que les chrétiens dans cette parabole, ne sont pas seulement les invités de la fête. Et je vous invite à réfléchir si nous ne devrions pas parfois nous mettre à la place des pharisiens, car nous avons là une invitation vieille de 2000 ans, et nous aussi avons parfois tendance à vouloir décider, à la place de Dieu, qui aura le droit d’y aller et qui restera dehors…
Nous sommes aussi serviteurs du Christ et de Dieu le Père. Et avec tous les chrétiens qui vivent leur foi, qui portent l’Évangile aux autres, nous pouvons donc nous identifier à ces messagers qui d’abord rentrent bredouille, et qui par la suite se font insulter, blesser, massacrer, tuer. Bien sûr, cela ne nous arrive pas en France. Enfin, pas encore… car la foi chrétienne se heurte parfois à des idéologies bien militantes et dont les partisans n’hesiteront pas à utiliser la force et les armes pour faire taire ceux qui les contrarient avec le message de Dieu. J’espère seulement que nous chrétiens resterons assez sages pour ne pas nous assimiler à eux en prenant les armes !
Et nous savons que sur cette terre, il y a beaucoup de chrétiens persécutés, incarcérés, torturés, tués pour leur foi. Au printemps, on a beaucoup entendu parler de Merryem, cette jeune femme hautement diplômée que des juges soudanais avaient condamnée à mort parce qu’elle aurait reniée une foi qui n’a jamais été la sienne. En Iran, nombre de chrétiens moisissent dans les prisons. On ne compte pas le nombre d’églises et lieux de prière incendiés, dévastés, démolis – et nos médias n’en parlent guère. Ça arrive même en France ! Je fais une parenthèse : ne soyons pas trop fiers de notre pacifisme, nous autres chrétiens. L’histoire de l’Église est malheureusement truffée de conflits armés, de meurtres et tortures au nom de l’Église. Musulmans, juifs, chrétiens d’une autre confession… ils y ont passé, et nous aurions grand tort de mettre la violence uniquement sur le compte des autres religions, des « fausses croyances » comme dirait le Premier Testament. Certes, les hommes violents des croisades, de la reconquista (la reconquête chrétienne de la péninsule ibérique), de la chasse aux albigeois, des guerres de religion, de l’inquisition, ont agi de bonne foi, croyant servir ainsi leur Dieu. Mais ils se sont trompés de Dieu, qui se réserve à lui seul la violence et la vengeance. Il nous envoie évangéliser, non pas brûler et tuer.
Mais il n’accepte pas non plus que ses messagers soient maltraités et massacrés. Sa vengeance, sa colère sont terribles, nous le lisons dans cette parabole. Seulement, il n’est pas à nous de nous substituer à Dieu en prenant les armes, en mettant le feu au monde hostile à Dieu. « À moi seul la vengeance, dit Dieu. »
Notre engagement n’est donc pas un engagement solitaire. Même si, en annonçant l’invitation de Dieu ou en militant contre la violence gratuite, nous nous retrouvons parfois comme les messagers du roi dans cette parabole, nous y sommes non seulement sur ordre du Roi des rois, mais aussi avec son soutien et son amour pour nous. Continuons donc à dire ce que nous devons dire. Ou, si jusque là vous n’y aviez pas trop le courage, lancez-vous ! Vous, la famille de L., vous êtes appelés à être pour lui témoins du Christ. Vous avez choisi de l’être en demandant le baptême pour votre enfant. Dites-lui qu’il est baptisé, et ce que cela signifie. Faites-lui connaître la Bible et le Dieu dont elle parle. Priez avec lui, faites-lui rencontrer d’autres chrétiens. L’Église du Christ est une grande famille. Votre enfant en fait désormais partie, par le baptême. Faites-lui prendre sa place dans cette famille ; c’est trop triste quand aux rassemblements familiaux on se demande « mais c’est qui, celui-là ? », c’est tellement plus beau de se retrouver entre cousins, entre frères et sœurs qu’on connaît. Faites ce qui est de votre pouvoir pour que le petit L., une fois qu’il sera grand, pourra dire du fond du cœur : oui, ma maman et mon papa ont bien fait de me faire baptiser. Je veux être à la table du Christ.
Et vous autres, soyez témoins de l’Évangile, courageux et indulgents, portés et soutenus par votre Dieu.
Amen.

prédication à N.D. de Royan lors des festivités régionales des 40 ans de l’ACAT. Au cours de la messe, un enfant eut le baptême.

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