Persévérez !

Chants : ARC 68, 1.4.5 ; 611 ; 475 ; 584 ;
Lectures : AT : Lam. 3, 22-26.31-32
Épître : (2Tim. 1, 7-10) Évangile : Jn 11, 1(2)3, 17-27 (41-45)
PR : Hébr. 10, 35-36(37-38)39

Et voilà que nous est proposé à nouveau un passage de l’Épître aux Hébreux, comme nous en avions tant en début d’année. Et encore, ce petit passage mérite d’être lu et relu pour que nous comprenions mieux.
L’auteur s’adresse à un groupe qui a été victime de persécutions, et ceux parmi ce groupe qui n’étaient pas eux-même exposés aux injures et persécutions, aux confiscations de leurs biens et aux incarcérations injustifiées, en ont souffert par compassion avec leurs frères ainsi maltraités. Il les encourage à persévérer, à ne pas perdre courage, car, comme il dit, « nous ne sommes pas des gens qui tournent leur manteau selon le vent, ce qui voudrait dire renier Dieu sous la pression, mais nous sommes des gens de foi, et c’est pourquoi Dieu ne nous laissera pas tomber. »
Mais alors – quel message pour nous ? Pour les frères et sœurs qui vivent le supplice en Syrie, en Irak, au Pakistan, en Chine et ailleurs où leur vie et leur existence est constamment menacée, d’accord – mais nous ne risquons pas d’aller en prison pour notre foi, d’être spolié de nos biens, d’être maltraités et ridiculisés… ou bien ?
Ceci dit, si nous ne connaissons pas d’oppression proprement dite de la part de la République, les chrétiens sont observés avec méfiance. On est, comme dit Jean Alexandre, pris dans un piège composé d’incompréhension, de déni et d’accusation. Au point qu’on préfère garder sa foi pour soi.
Mais ça encore n’est pas la grande menace pour nous. Nous avons nos temples où nous fêtons nos cultes, nous pouvons porter la croix huguenote ou même une croix romaine si le cœur nous en dit, lire la Bible dans le hall de gare… et notre discrétion innée sur notre foi est même plutôt bien vue.
Non, la tentation qui nous guette, ce n’est pas de céder à l’oppression sociale ou civile. C’est plutôt le vieillissement de nos communautés, le manque de renouveau, l’épuisement des forces – bref, que notre Église ne va pas mieux que nous-mêmes. J’ai lu hier le dossier synodal – si si, je l’ai vraiment lu ! – et il comporte plein de questionnements sur l’avenir de notre Église. La région aurait besoin de 37 pasteurs, mais ne peut en payer que 30 et trois quarts… (comment faire ¾ de pasteur, je crains que ce soit un massacre!) Le consistoire des Vosges dans l’Est, où j’étais avant, n’a plus qu’un seul pasteur en poste paroissial. Pour deux départements et demi.
Par ailleurs, sur presque 1200 foyers protestants connus dans le secteur des trois Églises, cinq enfants participent à l’École Biblique cette année, et au KT l’an dernier on avait quatre catéchumènes mais rarement plus que deux à la fois. Qu’est-ce que ça va donner ? Qui va prendre notre relève ?
Voilà ce qui nous menace, qui tend à nous faire baisser les bras. La déprime. La résignation. Et donc, on est tenté d’abandonner l’Église, la foi, Dieu.
Persévérez, nous crie l’apôtre, tenez bon, gardez votre assurance, votre ferme attachement à Dieu ! Vous avez tout à y gagner ! Oui, il faut avoir patience, il faut faire preuve d’endurance, car les temps ne sont pas bons. Mais pour l’amour de Dieu, n’abandonnez pas !
Sur plusieurs chapitres, il a expliqué comment la foi est l’essence de toute l’histoire du salut, depuis les premiers héros de la Genèse. Noé, Abraham, Jacob, tous ont agi dans la foi, et Dieu n’a jamais trahi leur foi, leur confiance.
L’apôtre nous invite donc à faire confiance comme eux, et d’endurer sans céder ce qui nous chagrine et qui veut nous faire perdre la foi.
Ne vous chagrinez pas du vieillissement de votre communauté. Continuez à la faire vivre, continuez à la vivre, restez fidèles à Dieu et fidèles les uns aux autres. C’est en vivant la communauté que vous rendrez cette communauté vivante. C’est en étant soutien aux frères et sœurs que vous trouverez l’aide qu’il vous faut. Dans sa faiblesse et même par sa faiblesse, votre communauté peut être forte, et peut être un témoin crédible du Christ.
Ne baissez pas le bras devant le petit nombre d’enfants en catéchèse. Soyez pour eux des témoins de l’amour de Dieu. Accueillez-les, d’où ils viennent, réjouissez-vous de leur présence. Cherchez à trouver un contact aux autres, qui se tiennent à l’écart, mais ne vous en préoccupez pas trop. Dans le souci des absents n’oubliez pas que ceux qui sont là, le sont pour entendre et voir votre joie de vivre avec votre Dieu. Donnez-leur ce qu’il faut pour qu’ils fassent connaissance avec ce Dieu qui vous est cher.
Ne résignez pas devant les caisses vides de l’Église. Tant que vous le pouvez, faites votre possible pour donner à l’Église ce dont elle a besoin de vivre. Et ne vous limitez pas à l’argent. Car l’Église c’est vous. C’est du battement de vos cœurs que bat le pouls de l’Église. C’est de votre inspiration qu’elle tient son souffle. C’est de vos voix qu’elle parle. Si vous ne nourrissez pas l’Église, vous-mêmes allez en souffrir. Il y a eu des années fastes, il y a des temps de jeûne. Les temps de richesse des Églises semblent révolues, maintenant ce sont les années patates. Mais qu’importe tant que vous vivez, que vous mangez à votre faim et que vous avez la joie d’être ensemble Église du Christ ?
Et puis, il y en a qui en ont moins que vous. Qui n’ont pas de pasteur depuis des années pour les reconforter, leur rappeler l’amour de Dieu, les inviter à mieux découvrir la Parole de Dieu dans les Écritures. Ne vous limitez pas à dire « ah, les pauvres », mais soutenez-les. Serrez les coudes avec eux. Et ne soyez pas jaloux si de temps en temps votre pasteur va chez les autres, pallier un peu à leur manque.
Mais ce n’est pas le pasteur qui fait vivre une Église. Il y a des Églises qui ont un pasteur et mettent la clé sous la porte, comme à Châteauneuf. Ce qui fait vivre l’Église, c’est l’engagement quotidien de ses membres. C’est qu’ils sont là pour entendre la Parole de Dieu, pour prier les uns avec les autres et les uns pour les autres, et c’est que dimanche après dimanche ils donnent ce qu’ils peuvent pour le besoin matériel de leur communauté. D’ailleurs, donner n’est pas difficile. Mais comme tous les sports ça va mieux quand on le fait régulièrement. Il est plus facile de marcher 5km par jour pendant dix jours que 30km en une journée, il est plus facile de donner 10 Euros chaque dimanche que d’en donner 250 à la fin de l’année. Et c’est plus efficace et moins douloureux.
Attention : ce n’est pas par le don que vous pouvez gagner l’amitié de Dieu. Par le don vous faites vivre ce corps dont vous êtes membres, dont la tête est le Christ et dont l’âme est l’Esprit Saint. Et il ne peut pas vivre du don seulement. Il y en a qui donnent sans faire partie du corps d’Église. Eh bien, c’est comme une béquille : elle peut aider à avancer, mais elle ne peut pas marcher. C’est comme un dispositif cardio-respiratoire : il peut éviter la mort imminente, mais il ne peut pas faire vivre. La vie d’Église ne vit pas des chèques aussi importants qu’ils puissent être, mais de ses membres vivants. De ceux qui la vivent, jour après jour, en soutien mutuel, en prière, en engagements : En visite auprès des malades et des vieillards. En étant visités. En se réjouissant de celui qui passe. En consolant les attristés. En se laissant consoler. En étant frères et sœurs. Et elle vit parce que son âme est l’Esprit du Christ.
Amen.

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