Vivre avec la faute

Chants : ARC 222, 1-3.5-6 ;608 ;  ; 429 ;
Lectures : AT : =pr.
Épître : Eph. 2, 4-10 Évangile : Lc 18, 9-14
PR : 2Sam 12, 1-10.13-15a

David, le roi, est au sommet de son pouvoir. Il a des enfants prometteurs, il a réussi à unir les tribus d’Israël, il a conquis Jérusalem et en a fait sa capitale, il a des chefs d’armée tellement compétents qu’il n’a plus besoin de partir lui-même en campagne. Il reste au palais et écoute les rapports.
Il faut croire que tout ça faisait que David avait le temps long. Du haut de son palais, il observe une jeune femme dans son bain. L’envie le prend, il la fait venir au palais. La femme est mariée.
Et bientôt elle se trouve enceinte. Son mari est officier du roi, parti se battre. David le fait rentrer au pays, mais l’homme ne veut pas dormir chez sa femme tant que ses camarades dorment sous des tentes. Même une grande beuverie avec le roi n’y change rien. Finalement, pour sauver son honneur et peut-être la vie de la femme, David donne ordre au général de faire combattre le mari en première ligne, où il se fera tuer. A son insu, l’homme sera le messager de son verdict…

David, de son côté, prend la femme dans son harem. Il prend soin de la femme de son officier mort pour le royaume. Tout est bien. Il maîtrise.
C’est là que Nathan va vers le roi. Nathan dont le nom rappelle que c’est Dieu seul qui a donné à David ce qu’il est et ce qu’il a. Nathan raconte une histoire au roi. Une histoire qui prend David par son sens de la justice. Et peut-être par l’orgueil du roi. Et David réagit promptement, prend la pose du juge et prononce la sentence. Une sentence sans appel, une sentence au nom de Dieu.
Et Nathan, au nom de Dieu, confirme le verdict. On devine la tristesse de Dieu quand il demande : pourquoi seulement as-tu fait cela ? Mais, les conséquences sont dures, à la hauteur du crime commis.
David réagit vite. Il ne tente pas de se justifier. Il ne fait pas de mots inutiles pour rendre son discours plus impressionnant, plus affiné. « J’ai péché contre le Seigneur. » Ni plus ni moins. Il s’incline, accepte l’horrible sentence.
En ceci, David peut donner l’exemple. Il n’agit pas comme les grands de ce monde, jusqu’à notre temps, qui cherchent d’abord à nier l’évidence, puis, confrontés aux preuves irréfutables, tentent de minimiser, de justifier, de ridiculiser leurs actes. Ça fait un certain temps que je n’étais plus chez le médecin, mais j’ai quelques souvenirs d’une histoire de scooter et d’une actrice qui a fait la une des tabloïdes durant des semaines. Et je pense aussi au roi d’Espagne, président du fonds mondial pour la protection de la faune sauvage, qu’on a surpris à la chasse au lion ou à l’éléphant ou je ne sais plus… ce qui n’était peut-être pas un péché contre Dieu, mais une trahison de ses propres idéaux.
De grands hommes, qui font une chute dure à cause de leurs actes condamnables. Comme David. Mais ne croyons surtout pas que cela n’arrive qu’aux rois, présidents et ministres ! Ou encore à cet évêque allemand un peu trop dépensier sur sa résidence de fonction. Chacun de nous peut être victime de ses propres envies, de son propre orgueil, de sa propre fierté – victime de soi-même.
Alors, quand nous nous trouvons face à nos actes, nos débordements ou nos manquements, suivons l’exemple de David. Ne faisons pas de grands discours. Ne cherchons pas à excuser l’inexcusable. Reconnaissons notre faute, tout simplement !
Dieu se laisse toucher par la prière du roi qui s’humilie. Et Dieu pardonne. David vivra.
D’autant plus, nous, si nous reconnaissons nos fautes, nous vivrons. Mieux encore, notre faute sera entièrement enlevée. Ce qui n’est pas le cas deDavid. Car le pardon du Premier Testament n’est pas le pardon en Christ. Ce n’est pas l’offre d’une vie nouvelle, déchargée des conséquences des fautes anciennes. David devra porter la conséquence de ses actes.
Car le roi brillant, sur le sommet de la gloire, s’est avéré être un homme vieillissant, proie de ses envies. Son étoile commence à tomber. Ses fils vont s’entretuer, et Absalom se révoltera contre lui. Il ne manquera que peu, et David perdra sa couronne.
Et ce n’est pas tout. L’enfant, le garçon nouveau-né qui avait été conçu dans le péché, ne vivra pas. Cet enfant qui, dans le ventre de sa mère, était la raison du meurtre, disparaîtra. David devra vivre sans cet enfant.
Encore une fois : ce n’est pas le pardon du Christ dont parle notre passage. David, lui, est dans l’ancienne alliance. Il est dans le système de la Loi, où on ne peut pas éviter toutes les conséquences de ses actes. Entre lui et Dieu, les choses ont été réglées. Entre lui et le monde… il faut qu’il fasse pénitence.
La venue du Christ dans le monde changera profondément ce système. Le collecteur d’impôts, lui, rentre à la maison en homme pardonné, et n’aura pas à payer le prix de ses malfaits. La femme prise en flagrant délit d’adultère dont nous parle l’Évangile selon Jean, part libre : va, tes péchés te sont pardonnés. Désormais ne pèche plus.
Cela veut dire aussi que la maladie et la mort d’un enfant ne peuvent plus être considérées comme la punition divine des parents. Dieu l’a dit bien des fois par la bouche des prophètes, mais il nous faut le redire, le réentendre encore et encore. Dieu ne veut pas la mort de l’innocent, et il ne veut pas non plus la mort du pécheur. Il veut que nous vivions.
David aussi vivra. Mais il vivra désormais face à face avec la mort. La mort de l’enfant nouveau-né, la mort de ses fils qui s’entre-tuent. Il sera un rescapé qui aura juste sauvé sa peau, et sa couronne de justesse, par une branche d’arbre qui se noue dans la chevelure du prince rébelle. Il est un homme fini.
L’espérance chrétienne est autre. Elle est une espérance non pas de survie mais de vie. Avec Jésus, nous ne serons jamais à la fin de nos possibilités, mais tout juste au début. Et Jésus nous offre un nouveau cœur, un esprit nouveau, afin que, vivifiés par le pardon, nous puissions trouver une existence nouvelle, sortir de nos habitudes, de la domination par nos envies et nos pulsions. « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Leschoses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. Et tout cela vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par Christ et qui nous a donné le ministère de la réconciliation. » (2Cor 5, 17-18a)
Vivons donc du pardon, de la réconciliation, et soyons nous-même porteurs du pardon, de la réconciliation de Dieu, pour nos semblables. Il y a de quoi faire, il y a tant de gens qui aspirent à la paix et ne savent que faire la guerre. Soyons messagers de paix et de pardon. Dieu nous a pardonnés, et il nous permet d’être les anges de son pardon pour le monde.
Amen.

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