sanctifiés

Chants : ARC 261 ;181 ;  ; 427 ;
Lectures : AT : Jér. 1, 4-10
Épître : (Phil. 3, 7-11[12-14]) Évangile : Mt 25, 14-30
PR : 1Pierre 4, 7-11

Décicément, nos textes ne sont pas choisis pour les vacances. Pas question de repos, de détente, de lâcher pression. Au contraire, l’appel insistant à être vigilant et perspicace, alerte et pleinement au service de Dieu.
Nous y voyons donc les conséquences d’être dominé par Dieu, comme le texte de la semaine dernière nous l’avait dit. Paul avait parlé de sanctification, et notre passage justement décrit comment notre vie peut être sanctifiée, c’est à dire rendue plus conforme à ce que Dieu veut pour nous.
Dieu cherche à nous protéger contre l’influence du péché. Il veut prendre toute la place, pour que le péché, chassé loin de nous dans le baptême, ne puisse pas revenir et essayer de faire valoir des droits. Il veut que nous vivions comme il est bon pour nous.

Voilà pourquoi il tient à notre sanctification. Qu’est-ce que c’est, au fait ? Un de ces gros mots des théologiens encore… C’est le fait de rendre saint ou plus saint. Jusque là, on arrive à comprendre. Mais qu’est-ce que c’est que d’être saint ? Est-ce que c’est d’être reconnu par des autorités religieuses, être vénéré par des chrétiens et avoir son image dans des lieux de prière ? Tout d’abord, qu’il n’y ait pas de malentendu : je crois bien que ces personnes dont nos frères et sœurs gardent la mémoire, aient vécu dans la foi, aient soutenu d’autres dans leur vie avec Dieu, et puissent parfois nous servir de témoin du Christ par leur vie. Les protestants aussi ont leurs modèles, comme les Réformateurs, ou encore Albert Schweitzer, Suzanne de Dietrich – et parfois les pasteurs de notre enfance. Mais ne tombons pas dans le piège de penser que ces hommes et femmes soient saints à cause de leur vie remarquable. Être saint ne veut dire rien d’autre qu’appartenir à Dieu. De notre part, nous pouvons sacrifier des objets, parfois des relations à autrui, en les abandonnant entièrement à Dieu – mais c’est Dieu seul qui décide s’il s’approprie ces objets, et c’est également Dieu seul qui peut s’approprier des hommes et femmes, les rendre particulièrement semblables à lui-même. C’est cela la sanctification : Dieu nous rend plus semblables à lui.
Ce que l’apôtre Pierre nous demande ce matin, ce n’est pas de nous rendre meilleurs. D’une, nous n’en sommes pas capables, et Pierre le sait très bien. De deux, nous n’avons pas besoin d’être meilleurs – parce que l’amour de Dieu ne nous exige pas un certain niveau de bonté. Il nous déclare enfants, et le statut d’enfant ne s’achète pas par une bonne conduite. Il y a, c’est vrai, des enfants qui font plus de chagrin au père que d’autres. Mais ils ne sont pas moins ses enfants pour autant.
Celui qui nous rend meilleurs, c’est Dieu lui-même, par son Esprit. Et Pierre nous demande de lui faciliter un peu la tâche. Comment ? Tout d’abord, par sagesse et sobriété. Enfin… il est difficile de bien rendre le sens des mots grecs qu’il utilise, mais ils décrivent un équilibre, une sorte de bonne mesure sans excès ni d’un côté ni de l’autre. Ni avare ni dépensier, ni bonvivant ni ascète. Un bon milieu. Et ce pour faciliter la prière. Parce que prier, c’est plus que réciter les mots appris jadis, même si ces mots peuvent nous aider à parler à Dieu tout autant que les mots prononcés par un pasteur au culte. Prier, c’est être en contact avec Dieu, c’est avoir Dieu comme personne dans sa vie. Tenir compte de lui, échanger avec lui, non seulement le dimanche au culte, à table et peut-être le soir avant de se coucher, mais tout le temps. Comme un enfant qui n’attend pas le son de la cloche pour poser une question à sa mère, mais qui se tourne vers elle dès que la question naît dans sa petite tête. Comme un couple amoureux. En d’autres mots, prier c’est aimer Dieu.
Et l’autre volet n’y manque pas non plus. Là, apparemment, l’apôtre tient à entrer un peu plus dans les détails : aime ton prochain comme toi-même. L’amour efface beaucoup de péchés, dit-il, c’est un remède efficace contre toutes les attaques que l’adversaire de Dieu peut tenter pour nous reconquérir. Pourquoi ? Parce que l’amour, c’est l’action divine, celui qui aime vraiment son prochain se comporte à l’image de Dieu et donc avec la puissance de Dieu. Là où est l’amour, la bienveillance et la charité, Dieu y est. Et où est Dieu, il n’y a pas de péché. Il est effacé comme un trait de craie sur l’ardoise.
L’hospitalité et le service mutuel, ce sont des expressions bien connues de la charité. On reconnaît les communautés vivantes, à leur capacité d’accueillir le nouveau venu, de l’inviter à manger et même lui proposer un lit, mais aussi à leur faculté d’être là les uns pour les autres dans les difficultés de la vie. En fait, Pierre nous parle de serviabilité envers nos camarades de communauté, et envers l’étranger que nous voyons pour la première fois.
Et la fin, c’est peut-être le plus dur à réaliser : que chacune de nos paroles serve à transmettre les paroles de Dieu, et que chaque service que nous rendons soit un service au nom de Dieu, que donc en paroles et en actes, toute notre vie soit un témoignage permanent pour Dieu.
Et voilà, ça nous rattrape en plein vol. Il n’y a pas de repos, pas de vacances, nous ne pouvons pas mettre les pieds sur la table en observant ce que nous avons déjà réussi et en nous disant à quel point c’est bien. Non, l’apôtre fait de nous des éclaireurs, toujours prêts à rendre service, toujours prêts à aider, et toujours pour la gloire de Dieu.
Et pourtant, c’est le portrait de l’enfant de Dieu, non ? L’enfant de Dieu, c’est l’être humain qui fait du bien autour de lui, qui annonce lesbienfaits de Dieu à tous, et qui peut-être ne s’en rend même pas compte. C’est sa nature, il est fait comme ça…
Car c’est l’Esprit de Dieu qui est à l’œuvre. C’est lui qui nous fait agir et parler au nom de Dieu, plus encore : il est celui qui nous rend capable d’agir et parler au nom de Dieu. Par nous-mêmes, nous n’arriverions à rien. Mais parce que Dieu nous a déclarés enfants de Dieu, parce qu’il nous a remplis de son Esprit, c’est désormais l’Esprit de Dieu qui parle et agit à travers nous.
À nous de faire attention à ce que d’autres esprits ne s’emparent de nous : colère, paresse, misanthropie, avarice, soif de pouvoir… et bien d’autres. À nous de nous réserver exclusivement à Dieu et son Esprit, mais à personne d’autre. À lui, Dieu, de faire le reste, de nous prendre en mains et de nous faire avancer dans le bon sens. À lui de sanctifier ce qu’il a déjà justifié. À nous de l’aimer comme un enfant aime son père. De lui faire confiance, les yeux fermés car nous savons que tout ce qu’il fait est bon.
Amen.

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