bâtir l’Église

Chants : ARC 562; 67 ;  ; 537 ;
Lectures : AT : És. 43, 1-7
Épître : (Rom. 6, 3-8(9-11)) Évangile : Mt 28, 16-20
PR : 1Pierre 2, 2-10

Comment est-ce qu’on construit une Église ? L’apôtre Pierre nous en fait le récit. Ce n’est pas tout à fait son domaine, il est pêcheur de métier, néanmoins la construction qu’il nous présente se tient.
Qu’est-ce qu’il faut pour construire une maison stable ? Des pierres. Et un fondement.
De nos jours, le fondement est coulé en béton. Mais c’est une technique récente, les vieilles maisons, tout comme ce temple, n’ont pas de dalle en béton mais des fondements classiques, des pierres de fondation. Sur ces pierres repose toute la construction, elles sont donc particulièrement importantes car si elles sont trop fragiles, la maison sera fragile, et remplacer une pierre de fondation est quasiment impossible.
Cette pierre d’angle doit donc être bien choisie.
Pour l’Église, la pierre d’angle est le Christ. Une pierre, nous dit l’apôtre, que d’éminents constructeurs ont rejetés, parce que pour eux elle ne rentrait pas dans leurs plans, leurs projets.
Il est vrai, Jésus n’est pas populaire. Il est interdit d’école, de mairie et selon certains, des gares et aéroports. Ils le mettraient bien à la porte des hôpitaux. Jésus est dans notre société un sdf. Un clochard. Pointé du doigt pour ce qui n’est pas de sa faute, et rejeté par ailleurs.
Ce constat n’est pas nouveau, déjà l’évangéliste Jean l’écrit dans l’introduction de son évangile. Mais aujourd’hui, nous lisons que ce Jésus, cette pierre rejetée, est devenue la pierre d’angle, la pierre principale de fondation pour l’Église à construire.Une pierre d’angle dont les autres se moquent encore !
Mais cette pierre d’angle sera pour eux comme beaucoup de pierres qu’on ne prend pas au sérieux. Et ce sont les plus jeunes parmi nous et les plus âgés qui probablement en font le plus douloureusement l’expérience : c’est cette pierre à laquelle on ne fait pas attention, ce caillou qu’on ne remarque même pas, qui nous fera – pataplouf – nous retrouver avec le nez par terre.
La pierre qui fait trébucher. « Il fait la chute des orgueilleux », dit Marie dans son chant connu sous le nom de Magnificat. Cette pierre-là, ce Jésus, c’est donc le fondement de l’Église. Mais à lui seul, il n’est pas Église. Il faut d’autres pierres pour faire un bâtiment.
Il faut tout un nombre de pierres différentes, de toutes tailles, des pierres qui portent, des pierres qui remplissent l’espace entre les éléments porteurs. Et bien sûr, des pierres qui forment les ouvertures. Bien taillées et immuables les premières, moins travaillées les secondes, très particulières les dernières. Mais toutes intégrées dans la grande construction de l’Église. Là encore, l’apôtre parle des pierres rejetées et jetées par les grands architectes. Là encore, ce sont ceux qui pour ce monde paraissent inaptes, inutiles, qui sont précieux pour le chantier Église.
Ceux qui ne brillent pas, qui ne savent pas se mettre en avant, qui sont trop timides, trop intellectuels, trop simples, trop petits, trop grands, trop vieux par rapport aux normes de la société. Dieu en fait ses pierres de construction. Ils prennent leurs places dans l’ensemble, et ils rendent un service précieux.
C’est pourquoi l’apôtre leur donne des titres de gloire, titres qui peuvent nous paraître bizarres mais qui aux premiers siècles de la chrétienté n’avaient rien d’offensant. Il est vrai qu’on ferait mieux de traduire le mot grec par « peuple » ou « nation » que par « race », qui a un mauvais goût pour nous. Mais : « vous êtes le peuple choisi, la prêtrise royale, la nation sainte, le peuple acquis » – tout cela inscrit la communauté des chrétiens dans les promesses et alliances que Dieu a données au peuple d’Israël. Plus précisément, dans la tribu de Levi qui ne participe pas à la terre promise mais qui est chargée du service du temple. C’est à un service cultuel que nous sommes appelés : à l’annonce de l’Évangile, des œuvres magnifiques de Dieu. Témoins du Christ, c’est notre tâche.
Et comme les églises, romanes, gothiques, baroques ou modernes, les croix au bord du chemin, les inscriptions ou statues sur les façades de maisons anciennes nous rappellent, rien que par leur présence silencieuse, la présence de Dieu dans notre vie, ainsi notre vie doit être un témoignage non seulement par les paroles mais par tout notre être. Comme le Christ représenté sur la croix nous rappelle que par sa mort nous avons la vie, qu’ainsi toute notre vie soit un message lisible aux autres que Dieu est la Vie et l’Amour. C’est la signification du baptême, que nous sommes donc appelés à vivre quotidiennement, à rendre présent jour après jour alors que nous l’avons reçu une seule fois il y a bien longtemps.
Lors du baptême, nous a été donné l’Esprit de Dieu, qui nous rend capable à toutes bonnes choses, et donc au témoignage pour Dieu. Cet Esprit prend aussi toute sa place dans la construction de l’édifice vivant de l’Église : il en est le mortier.
C’est lui qui tient l’ensemble debout, qui fait que les différents éléments de construction vont ensemble et s’assemblent à une construction harmonieuse, stable et belle. Toute la différence entre un amas de pierres, blocs et cailloux, et un bel ouvrage, est dans l’assemblage et la façon de les tenir ensemble.
Par nous-mêmes, nous n’y arriverions pas. Déjà qu’il est assez difficile parfois d’éviter les fissures, même les ruptures dans l’Église, alors que l’Esprit de Dieu y est bien. Mais qu’est-ce que ça donnerait sans lui ?
Donc, pour résumer, c’est le Christ qui forme la base solide sur laquelle se bâtit la communauté. C’est lui la base inébranlable, infaillible. Et l’Esprit de Dieu rassemble les individus et en fait la communauté, il est l’élément fédérateur, il est l’architecte qui indique sa place à chaque élément – et il est aussi l’habitant du bâtiment, celui qui remplit la construction de sa vie, de son énergie, et qui lui permet d’être témoin du Christ.
Relisons encore une fois la première épître de Pierre.
(relecture du texte biblique)
Amen.

P.S. Ce n’est pas audible, mais pour de bonnes raisons, le mot « Église » est écrit avec une majuscule. Il s’agit d’édifier la communauté.

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