persévérez

Chants : ARC 252; 99 ;  ; 540 ;
Lectures : AT : Gen. 12, 1-4a
Épître : (1Cor. 1, 18-25) Évangile : Lc 5, 1-11
PR : 2Thess. 3, 1-5

Ce passage serait un beau texte pour le dimanche des missions. Il souligne à merveille le lien qui doit exister entre les communautés existantes et les missionnaires, un lien de prière des uns pour les autres, et d’encouragement mutuel.
Les missionnaires ont besoin de ce soutien, parce que les populations auxquelles ils s’adressent, ne les ont pas attendus. Là où ils arrivent, existent des cultures, des croyances, et ceux qui se sentent bien dans leur religion, n’ont pas envie d’entendre autre chose qui les forcerait à changer toute leur vie. Il faut donc que l’Esprit de Dieu les rende attentifs au message de l’Évangile.
Notre prière est leur soutien, parce qu’elle incite l’Esprit de Dieu à agir avec ardeur. Et aussi parce que les missionnaires, se sachant soutenus par les communautés en prière, ne baisseront pas les bras. Mais c’est presque secondaire, puisque Dieu seul peut changer les cœurs des hommes.
Nous aussi, communauté chrétienne établie en troisième et quatrième génération, nous avons besoin du soutien des missionnaires. Besoin de leurs encouragements, de leur prière pour nous. Nous n’avons plus l’ardeur pétillante des nouveaux convertis, la verve de jeunesse n’y est plus. Nous vivons la foi de façon plus écumée, calme… mais avec le risque de glisser dans une routine mortifère.

C’est comme de voir un jeune couple fraîchement amoureux, où l’un ne se lasse pas de regarder, toucher, embrasser l’autre. Et le vieux couple de les regarder, avec un petit sourire, et de se dire l’un à l’autre, « tu te souviens, quand nous étions jeunes ? » Mais dans la foi, nous pouvons redevenir jeunes tous les jours. Les récits, les rappels des missionnaires nous aident.
Les nouvelles que nous entendons de l’Irak me font des frissons. C’est un déjà-vu terrible, des hommes, femmes et enfants expulsés de leurs maisons, avec rien que ce qu’ils peuvent porter sur les bras, et l’option « tu pars, tu te convertis ou tu seras mort. » C’est ce qui arrive aux chrétiens irakiens, et rappelle les jours les plus noirs de l’occident. Autant la déjudaïsation de l’Espagne, au Moyen Âge, sous exactement les mêmes conditions : « tu pars, tu te fais baptiser ou tu meurs », que la destruction massive du peuple juif en Europe sous le régime nazi – et largement soutenue, malheureusement, par les populations non juives de l’Europe entière. A Mossoul, les maisons des chrétiens ont été marqués d’un N pour « nassarah », le mot coranique pour les chrétiens, tout comme les magasins juifs avaient été marquées d’inscriptions en 1938. « Priez que nous échappions aux hommes méchants et mauvais », écrit l’apôtre. Aujourd’hui, nous devons prier que nos frères et sœurs en Christ échappent aux hommes méchants et mauvais qui les persécutent à cause de leur foi. Certes, il fut un temps que des chrétiens ont agi de la même sorte, mais est-ce que cela peut justifier ce qui se passe aujourd’hui en Irak, et pas seulement contre les chrétiens ?
Les persécutions ne touchent donc pas seulement les missionnaires messagers de l’Évangile dans des régions où il n’y a pas de communauté chrétienne. Ce sont également les Églises anciennes qui en sont victimes. L’apôtre les rassure de la fidélité du Seigneur. Lui-même vous fortifiera et vous gardera du Mauvais, dit-il. Et cette promesse vaut pour tous, pour ceux dans la persécution et pour ceux qui vivent en rélative sécurité. Car la menace a bien des figures. Là-bas, c’est le fanatisme antichrétien. Ici, mis à part un certain fanatisme laïcard, pas forcément mieux dans son acharnement sur toute autre croyance, notre plus grand danger est la lassitude. D’être trop pris par autre chose, ou de ne plus savoir apprécier l’amour de Dieu, parce que nous vivons bien et croyons n’avoir besoin de personne… et ce même parmi les fidèles du temple !
Dieu est fidèle, malgré tout. Et il nous rappellera aussi dans son service, il nous remettra en mémoire ce qu’il a fait pour nous et ce qu’il attend de nous.
Certes : nous devons accepter qu’autour de nous, restent des non-croyants. Que tous ne s’ouvrent pas à l’Évangile, à Jésus-Christ. Nous devons accepter ce fait pour les inconnus, pour les protestants sociologiques – et aussi, éventuellement, pour nos propres enfants. Quelquesuns sont touchés, par la grâce de Dieu – et d’autres non. Cela n’empêche que nous leur partageons ce que nous croyons, aux enfants et petits-enfants, mais aussi à nos voisins, nos amis. N’en faisons pas un secret comme si nous en avions honte ! Ça aussi, ce n’est pas nouveau ; Paul n’aurait pas écrit qu’il n’a pas honte de l’Évangile s’il n’y avait pas eu des gens qui n’osaient pas affirmer leur foi. Oui, parfois nous sommes regardés de travers. Tant pis, ils ne savent pas ce qu’ils perdent. Mais nous, nous sommes enfants de Dieu par le Christ, et nous sommes témoins de Jésus-Christ. Un témoin doit parler, témoigner, dire la vérité. Et rien que la vérité.
Le chrétien, lui, doit aussi être témoin par sa vie. Dans les versets qui suivent, l’apôtre demande une vie ordonnée, en conformité avec l’amour de Dieu : celui qui est aimé de Dieu ne peut pas se négliger, parce que ce serait négliger ce que Dieu aime. Ça ne se fait pas. Il faut en prendre soin. Et il faut prendre soin les uns des autres, à l’exemple des apôtres.
Dieu nous en donne la force. Et la volonté. Force et volonté de visiter les malades et les souffrants, de nourrir et abreuver les affamés, de vêtir ceux qui n’ont pas d’habits. Force et volonté d’intervenir quand les voix se lèvent, d’apaiser et calmer la situation. Force et volonté d’agir pour la paix, au nom du Christ.
Tout le monde ne veut pas en entendre parler. Mais ne nous décourageons pas. Faisons juste attention de ne pas nous laisser entraîner par la lassitude, le confort des grasses matinées, l’impression de gagner du temps en laissant de côté la prière… vivons avec notre Dieu comme on vit une bonne relation familiale, à lui parler de ce qui est important, à compter sur lui mais à tenir compte aussi du fait qu’il n’est pas juste un meuble qu’on trouve là où on l’avait laissé, mais qu’il est un être vivant, qu’il a ses propres idées et ses propres projets. Vivre ensemble, avec Dieu comme avec nos proches, ne peut fonctionner qu’en communicant. Prier n’est pas seulement demander, c’est aussi partager notre vie.
Et le cercle de notre passage revient à son début : la prière et le partage. Partage de notre vie avec Dieu, et partage de Dieu avec ceux qui nous entourent. Soyons missionnaires, nous aussi. À raconter à qui veut l’entendre que nous vivons avec Dieu, comme de jeunes amoureux qui voudrait crier à tous « nous nous aimons ». Comme les jeunes amoureux, ne nous lassons pas de le dire et redire, que les autres veuillent l’entendre ou non. Persévérons. Car lui, notre Dieu, sera avec nous.
Amen.

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