libéré du passé

Chants : ARC 103, 1.2.4.7 ; 602 ;  ; 277 ;
Lectures : AT : =pr.
Épître : 1Tim 1, 12-17 Évangile : Lc 15, 1-10
PR : Ez. 18, 1-4.21-24.30-32

Dans le 18e chapitre du prophète Ézéchiel, nous trouvons les reflets d’une pensée qui est encore bien vivante de nos jours : pour chaque mauvaise action, il faut que quelqu’un paie. Et il faut que les enfants paient pour les malfaits de leurs parents.
Dieu, par la bouche du prophète, répond à cette exigence du peuple, et il la refuse. Justement il ne faut pas que les enfants portent la tare des actes de leurs parents, dit-il, et c’est exprimé par cette jolie image des parents qui mangent des raisins acides, et les enfants qui en ont les dents agacées. Non, dit Dieu, je ne veux pas ça. Et vous me traitez d’injuste parce que je fais selon mes règles – mais en fait, c’est vous qui n’êtes pas corrects.
Les enfants n’héritent plus des conséquences des actes de leurs ancêtres. C’est un point que les gens ne comprennent pas. Mais il y en a un autre, qui est encore plus grave, et que bon nombre de nos concitoyens, 2500 ans plus tard, n’accepteraient pas plus que les Judéens exilés du temps d’Ézéchiel. Un point qui va droit contre notre sentiment de justice.

Si quelqu’un se repent et se met sur le droit chemin, sa faute sera oubliée. Oui, chers amis, la faute sera oubliée. Rayée des fichiers. C’est difficile à imaginer dans un pays où l’on n’efface même pas les fiches de ceux qui se sont avérés innocents, et où l’on stocke les données des victimes, des soupçonnés et des condamnés dans les mêmes fichiers de police. Mais Dieu le fait. Le vieux qui a tué plusieurs personnes parce qu’il s’endort au volant de sa titine sans permis – s’il se repent, s’il reconnaît sa faute et se décide à prendre le bus ou le taxi, la justice de Dieu le reconnaîtra innocent. Le banquier qui a volé des millions à sa banque – il reconnaît sa faute, il s’engage à ne plus voler, il sera blanchi. Et rétabli dans son poste ! Et j’évite les allusions politiques…
Même en Église, ça nous interpelle. Celui qui durant toute une vie s’est déclaré athée, qui s’est moqué des grenouilles de bénitier et des simplets qui croient les contes de fée dans ce vieux livre qu’on appelle la Bible – comment l’accueillons-nous quand il ouvre la porte du temple ? Ne le regarderons-nous pas d’un air méfiant : « qu’est-ce qu’il cherche ici ? De nouvelles munitions contre l’Église ? »
Et la camarade de catéchisme, qu’on n’a plus vue au temple depuis son mariage, sauf pour l’enterrement de son mari… si nous la trouvons dans un de ces bancs, un dimanche matin, comment l’accueillons-nous ? Avec joie, sincèrement heureux de la retrouver avec nous ? Ou quand même avec ce petit reproche, « dis donc, ça fait un bail qu’on t’a pas vue ici »… ce petit reproche qui la fera fuir, ou qu’elle redoute peut-être déjà maintenant au point qu’il la retient dehors ?
Sincèrement ? Et, tout aussi sincèrement, n’avons-nous pas longue mémoire de beaucoup de fautes et failles de nos contemporains ? En tous cas, j’entends beaucoup trop souvent qu’untel est réputé d’avoir toujours soif et unetelle d’avoir la langue bien accrochée, et tel autre… mais pensez-vous qu’on me raconte autant de bonnes nouvelles des autres ? Ce serait beau, n’est-ce pas ? Mais personne ne me raconte comment tel homme, qui avait un problème avec l’alcool, s’est laissé aider, comment il a repris pied et est maintenant un mari aimant et un grand-père modèle… ou comment untel qui était coureur de jupons, s’est rangé et maintenant entièrement fidèle à sa chère et unique…
Mais Dieu, lui, le fait. Il ne regarde pas le passé ; ce qui l’intéresse c’est le présent. Il ne compte pas les années que tu as été absent du temple et de l’Église ; ce qui compte pour lui c’est que tu es là maintenant. Que tu sois ancien combattant ou ancien prisonnier, ancien banquier ou ancien fonctionnaire, ancien maire ou ancien mari infidèle – tout ce qui est ancien, appartient à l’histoire. Ce qui compte, c’est aujourd’hui. Oubliées les erreurs de jadis.
Tout est dit, 500 ans avant Jésus-Christ. Mais je crois bien que c’était trop difficile à comprendre pour les humains. Ils ont continué dans leur façon de penser, leur façon de comptabiliser les fautes des autres (surtout des autres…), mais ceux qui ont une conscience sensible, se font toujours du sang noir pour les erreurs qu’ils ont commises.
Nous avons beaucoup de mal à pardonner. À effacer l’ardoise si la dette n’est pas payée au dernier centime. Nous n’arrivons pas à accepter cette remise à zéro du compteur, que ce soit pour autrui, ou – pire encore – pour nous-mêmes.
Nous n’arrivons pas à comprendre qu’au fond, il ne s’agit pas de ce que l’on fait, mais de ce que l’on est. D’être enfant de Dieu, ou un étranger à sa maisonée.
Donc, pour souligner ce qu’il avait dit par la bouche d’Ézéchiel, Dieu a fait plus fort. Il a envoyé son Fils. Il n’a plus misé sur les prophètes, il s’est mis en marche lui-même pour nous rencontrer en Jésus-Christ. Pour faire route avec nous. Pour dire directement, face à face, à ceux qui s’écroulent sous la charge de leur passé, que lui, Dieu, n’en tient pas compte. Qu’ils n’ont qu’à lui faire confiance qu’il les aime, tous.
Pour dire à ceux qui préfèrent comptabiliser les fautes des autres au lieu de balayer devant leur propre porte, qu’ils arrêtent. Qu’ils arrêtent de chagriner les autres par ce que lui, Dieu, ne relève pas mais balaie d’un coup de main. Qu’ils corrigent plutôt leur propre chemin, car ce qu’ils font, les met à l’écart de la famille de Dieu.
Car eux, qui se croient le plus proche de Dieu dans leur superbe, sont en fait ceux qui s’en écartent le plus. Et ceux qui se croient le plus séparés de Dieu, sont ceux qui lui sont le plus proches, le plus chers.
En Jésus-Christ, Dieu se met à la recherche des éléments perdus. De ceux qui n’osent pas approcher comme de ceux qui se croyaient si proches et qui sont les vraies pièces perdues. Il appelle tous à le rejoindre, pour de vrai, et il leur promet ce qu’il avait déjà promis par la bouche du prophète : « Rejetez le poids de toutes vos rébellions, faites-vous un cœur neuf et un esprit neuf ; pourquoi devriez-vous mourir ? Je ne prends pas plaisir à la mort de celui qui meurt – parole du Seigneur ! – revenez donc et vivez ! »
Amen.

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