Tout à tous

Chants : ARC 36 ; 774 ; 538 ; 541 ;
Lectures : AT : Es. 55, 1-5
Épître : (Eph. 2, 17-22) Évangile : Lc 14, 16-24
PR : 1Cor. 9, 16-23
Dans ce chapitre 9, Paul explique que tout
ouvrier mérite salaire (tiens, c’est moderne!), et que lui, qui annonce l’Évangile, aurait tous les droits de demander aux Églises de le nourrir, loger, blanchir. Tiens, il parle de presbytère et de salaire de pasteur. C’est bien, je vais pouvoir vous en toucher un mot… ou bien, je laisse au trésorier le plaisir de vous annoncer l’état de nos finances…
Peut-être le fera-t-il juste avant l’offrande. Paul continue en disant que pour éviter tout malentendu, il renonce à ce droit. Qu’il travaille de ses mains pour se nourrir. Bon… il y a des Églises qui ont des pasteurs travaillant à côté, mais qui sont donc beaucoup moins présents dans la vie quotidienne des fidèles. C’est un choix de notre Église de ne pas suivre ce modèle. Or, dit Paul, et là nous arrivons dans notre passage, l’annonce de l’Évangile n’est pas pour moi un loisir. Je n’en ai justement pas de bénéfice. Si je le faisais par moi-même, je demanderais une indemnisation. Pour le temps investi, pour les frais engagés. Mais… ce n’est pas un loisir pour moi. C’est une corvée. Et donc, je ne demande rien aux Églises.
Une corvée. Un devoir auquel il ne peut point se soustraire. Ça paraît peu joyeux, peu compatible avec la liberté que nous apporte, dit-on, la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. C’est pourtant ce que dit Paul.

Mais il ajoute qu’il est libre, qu’il n’est soumis à rien ni personne – sauf à sa propre décision de se mettre à la merci de tous. Il se fait volontairement leur serviteur pour être ainsi témoin du Christ et de son Évangile.
Il se met au service de tous. Non pas pour leur apporter le petit déjeuner au lit. Pas non plus pour leur nettoyer la maison, tondre le gazon ou laver la voiture. Non, il se met au service de leur besoin premier, un besoin dont ils n’ont pas encore conscience – et il se met au service en leur devenant familier. Ou plutôt, en se familiarisant à eux.
Autrefois il avait été l’envoyé de Jérusalem, messager de la foi de Jérusalem, dont la mission avait été d’unifier les expressions de la foi sur le seul modèle de Jérusalem.
Aujourd’hui, il parle à chacun selon ce qu’il est. Aux juifs il parle de la Loi accomplie, des paroles de Prophètes qui se sont réalisées en Jésus. Aux grecs, il parle en des termes qu’ils comprennent. Dans les actes des apôtres, nous pouvons lire le discours à Athènes, où Paul explique que le « Dieu inconnu » qu’ils vénèrent, est en fait le Père de Jésus-Christ. Et non seulement Paul plonge dans le monde des pensées de chacun : il partage leur vie, leurs habitudes, leurs coutumes, il vit comme eux. Aux dockers, il devient docker. Aux ouvriers journaliers, il devient un des leurs. Aux entrepreneurs, il devient entrepreneur.
C’est la ligne de marche des prêtres-ouvriers, et un des principes de la mission populaire : vivre avec les gens, pour peut-être en gagner quelquesuns pour le Christ. C’est ce que font les missionnaires qui vivent avec les populations qu’ils veulent gagner, en apprenant leur langue et en partageant leur mode de vie.
C’est un énorme défi que se sont posé les différentes sociétés bibliques et missionnaires, de vouloir porter l’Évangile à tous les hommes, sans se laisser décourager par les plus de 500 langues connues. Et, d’une certaine façon, c’est un défi pour chacun de nous. Mais dans l’autre sens : pour nous, c’est de trouver le courage, d’ouvrir la bouche et de parler de Dieu avec les gens que nous cotoyons chaque jour. À commencer par nos propres enfants. C’est là le défi. Le challenge comme disent les jeunes.
Et justement les jeunes. N’avez-vous pas parfois l’impression qu’ils parlent un autre Français que nous ? Une langue qui n’a plus rien à voir avec la « langue de Molière » ? Bon, soyons sincères, nous aussi nous nous sommes bien éloignés de Molière, nous ne parlons plus ni la langue de Victor Hugo ni celle de Jean-Paul Sartre. Nous arrivons à les comprendre, ils nous comprendraient probablement aussi (quoi que, Molière?), mais nous ne parlons plus leur Français à eux.
Et nos jeunes ? Ils vivent constamment entre deux langues, la leur et celle qu’on leur impose à l’école, et souvent même une troisième qu’est l’Anglais. Comment s’en sortir alors ?
Bonne nouvelle : ils comprennent notre langue. Ils la comprennent même très bien parce que c’est leur langue maternelle. De ce côté-là, nous n’avons donc pas de gros efforts à faire, contrairement aux missionnaires dans la jungle. Par contre, que savons-nous de ce qu’ils vivent ? Leur école n’est pas comparable à la nôtre, jadis. C’est souvent un enfer de pression et d’exigence permanente comme vous ne l’avez jamais connu ! Que savons-nous de ce qu’ils aiment ? De la musique qu’ils écoutent ? Des films qu’ils aiment voir ? Des livres qu’ils lisent ? C’est là qu’il y a du travail.
Nous ne deviendrons pas adolescents pour autant. Paul n’est pas devenu grec. Il n’est pas redevenu juif orthodoxe. Il le dit très bien, il a dépassé les limites de sa condition actuelle pour pouvoir partager la vie, les idées, les questions des gens auxquels il parlait.
Mais il est important de les connaître, nos jeunes, de nous familiariser à leur monde, leurs idées, leurs questions, leurs rêves. Comment voulez-vous leur partager les vôtres si vous n’êtes pas prêts à accueillir les leurs ? Pourquoi devraient-ils nous écouter, participer à ce que nous faisons nous, si nous ne sommes pas prêts à faire autant pour eux ?
Il n’y a pas qu’avec nos jeunes que l’apprentissage d’autres langages, d’une autre culture peut porter bénéfice. Paul partait en mission dans le monde entier de son temps. Mais ce qu’il dit s’applique certainement tout autant à ses échanges avec les différentes communautés déjà constituées, à Jérusalem, à Antioche, et celles auxquelles il adresse ses lettres… il leur écrit de sorte à ce qu’ils puissent comprendre.
N’est-ce pas souvent le problème majeur entre Églises ? Il y a quelques années, un ancien membre de la CDM qui participait à la rédaction des nouvelles règles dans l’Église Protestante Unie, me disait : « il n’y a pas tant de pratiques à harmoniser que de langages. Souvent nous faisons la même chose, mais nous l’appelons différemment. Et chacun tient à sa dénomination. » Il y a encore du travail. Il faudra encore beaucoup discuter et surtout écouter l’autre, si l’Église Protestante Unie doit vraiment devenir unie. Et ça ne s’attache pas à une éventuelle nouvelle confession ou déclaration de foi. Il nous faudra devenir luthériens aux luthériens, comme ils doivent devenir réformés aux réformés. Je vais même plus loin : il nous faudra aussi devenir catholiques aux catholiques. Oui, c’est difficile, car contraire à notre culture. Mais croyez-vous que c’était dans la culture de Paul de manger des crustacés avec les Grecs ? Le vrai esprit œcuménique, ce n’est pas d’inventer des procédures bâtardes à tout va, mais d’accueillir l’autre chez nous, et de partager sa vie de foi à lui. De chanter les réponds catholiques, de lever les mains au ciel chez les pentecôtistes, de nous lever pour prier et asseoir pour chanter, et d’accueillir les frères et sœurs chez nous avec joie. Et le corps du Christ vivra.
Amen.

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