Communion

Chants : ARC 99 ; 568 ; 241 ; 503 ; 614
Lectures : AT : És. 6, 1-13
Épître : Rm. 11, (32)33-36 Évangile : Jn 3, 1-8
PR : 2Cor. 13, 11-13

Une lettre. Une lettre personnelle. C’est ce qui sépare les générations ; les anciens en écrivent, les jeunes préfèrent le mail et le texto, twitter et facebook. Mais il est vrai, une lettre personnelle et attentionnée, écrite à la main, c’est bien autre chose qu’un texto. D’autant plus qu’à l’époque de Paul, on écrivait sur papyrus ou sur parchemin, et l’un comme l’autre coûtait très cher, donc il fallait réfléchir trois fois avant d’écrire une lettre à quelqu’un.
Mais Paul écrit. Il écrit à ses amis à Corinthe, grande ville portuaire. Une ville importante, comme Bordeaux ou Marseille. Et dans cette ville, il y a une petite communauté chrétienne.
Après bien des recommandations et une demande urgente d’aider les chrétiens de Jérusalem – vous voyez, les soucis d’argent dans l’Église ne datent pas d’hier – Paul arrive à la fin. Mais avant d’y mettre le point final, il a encore quelque chose sur le cœur.
Et ce qu’il écrit m’a fait penser à ma grand-mère. Parce que ma grand-mère écrivait des lettres, des lettres remarquables. Aux paroles bien choisies, et d’un doigté sans pareil pour toucher les points sensibles. Aïe. Tu peux faire mieux. Applique-toi donc, que tes résultats s’améliorent !

C’est ainsi qu’on peut lire « tendez à la perfection ». C’est lourd à porter, mais… qui n’a pas eu une grand-mère ou tante ou oncle de ce style ? En relisant Paul, je trouve quand même un autre sens à ses mots. Il leur dit : « devenez entiers. » Ah. Ça peut, encore, avoir plusieurs sens. Peut-être pour certains « retrouvez la santé. » C’est sympa de souhaiter un bon et prompt rétablissement. Mais si je prends les mots suivants, être entier semble avoir un autre sens. Ce n’est pas le contraire de malade ou endommagé, mais le contraire de divisé. Soyez indivisés. Et là, Paul parle d’un état d’esprit. Erwan sait peut-être déjà qu’on peut être divisé en soi-même. Par exemple quand on a envie de faire quelque chose, mais Maman l’a interdit. Ou quand on aimerait un peu embellir la vérité pour pas que Papa gronde. On n’est pas content avec soi-même, ou avec ce qu’on doit faire. Paul dit : soyez indivisés. Ce n’est pas d’obéir aveuglement, comme les moutons suivent le berger. Mais c’est d’être authentique. Quand tu n’aimes pas ce qui se passe, dis-le. Quand tu veux quelque chose et que tu es convaincu que c’est bon pour toi, dis-le. Bien sûr, dans le respect des parents, de l’instituteur, des gens à qui tu parles.
Et Paul ne s’arrête pas là. Il ajoute ce qui doit être difficile à entendre pour deux garçons : encouragez-vous mutuellement (bien sûr : aux bonnes choses, pas aux bêtises!), mettez-vous d’accord, vivez en paix. Qu’est-ce que tu dois en faire quand tu as un petit frère qui ne se gène pas de prendre tes jouets, de boire dans ton verre et de noyer ton doudou ? Qu’est-ce que tu dois en faire quand tu as un grand frère qui ne veut jamais jouer avec toi, ou alors seulement selon ses propres règles ? Et ça ne s’arrangera pas avec l’âge, quand j’avais 15 ans j’aurais parfois aimé envoyer mon frère sur la lune plutôt que de l’avoir dans les baskets, qu’est-ce que je devais faire d’un enfant sur mes talons, alors que je voulais faire des choses de grands ?
Entre frères et sœurs en Église, quel que soit leur âge, ce n’est pas forcément mieux. Nous sommes humains, il est donc normal d’avoir ses opinions… mais, justement : Paul nous dit, respectez les autres. A priori, ils ont tout autant raison que vous. Si vous avez un différend, discutez-en jusqu’à ce que vous arriviez à une solution que tous peuvent accepter. Ne descendez pas les autres, mais encouragez-les à mieux être eux-mêmes, à mieux utiliser leurs divers talents. Comme un ami.
Pas facile. Surtout quand on n’a que quatre ans, on a beaucoup de mal à verser de l’eau dans son vin. C’est dur d’arriver à dire « ce n’est pas ce que je préfère, mais si tu veux le faire, fais-le, parce que tu le feras bien. » Même pour nous autres adultes ! J’avais un professeur à la faculté de théologie qui, dans les contrôles, rayait toute idée qui n’était pas la sienne : « faux ! » Alors que c’était peut-être l’idée d’un autre professeur tout aussi éminent que lui-même. Mais : ce n’est pas mon opinion, donc c’est faux. Ce n’est pas comme ça que Paul dit « soyez entiers ! » Mais justement, en sachant qui nous sommes, nous pouvons accepter une idée divergente. Jusqu’à un certain point ; Paul a dit lui-même que pour certaines questions il n’y a pas de débat, il n’y a que du vrai ou du faux.
Si donc nous nous efforçons à être fidèles à nous-mêmes et pleins de bonté avec les autres, Dieu, le Dieu d’amour et de Paix, sera avec nous.
Quoi ? Est-ce qu’il faut le mériter ? Et si le mérite laisse à désirer, Dieu ne viendra pas vers nous ? Loin de là ! Dieu ne nous demande pas de le mériter. Nous serions bien mal, sinon. Mais si nous remplissons nos cœurs d’égoïsme, de haine, d’arrogance, de recherche de supériorité, où est-ce que Dieu trouve encore de la place ? À la cave ? Au grenier ? Au garage ? Dans le placard sous l’escalier? Non merci, dit Dieu, je ne me contente pas d’un petit coin poussiéreux. Je veux être présent dans ta vie. Je veux participer à ta vie, et ce non pas parce que tu y serais forcé, oh non. Parce que tu le veux. Sinon, je peux m’en aller, je ne veux pas m’imposer. Si tu me cherches, tu sais où tu me trouves.
J’espère que ces deux garçons sauront trouver Dieu quand ils en auront besoin. C’est votre tâche de parents, parrains et marraines de leur apprendre à le trouver, et à le chercher. Dieu a promis que celui qui le cherche, le trouvera. Il ne se cache pas. Il se fait juste un peu discret.
Mais la promesse est ferme : si Dieu trouve sa place dans leurs vies, dans vos vies à vous tous, il s’y installera, et vous vivrez en paix et respect mutuel, et en ce que la Bible appelle amour, bien plus que ce que des humains peuvent réaliser. Parce que Dieu EST l’amour et la paix.
Et alors, se réalise ce que Paul souhaite aux Corinthiens, en formule de salutation : vous serez entourés de la grâce de Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père, et la communion du Saint-Esprit. L’amour, vous savez ce que c’est. La grâce – c’est pour un mot lié à la condamnation, en dernier recours on peut demander la grâce du président. Mais ce n’est pas le sens biblique. La grâce de Jésus-Christ, c’est une bienveillance infinie. Quelle que soit la bêtise que tu fais, je ne te laisserai pas tomber. Je te sortirai du pétrin dans lequel tu t’es mis, je t’aiderai à te relever, je te porterai sur mes bras comme un agneau perdu. C’est ce que Jésus nous promet. Et la communion ? J’ai demandé à un enfant d’école biblique ce que c’est que la communion, et il m’a dit : c’est quand on s’aime beaucoup, et qu’on ne se quitte plus. Et qu’on n’a pas besoin de parler pour savoir ce que pense l’autre. Il a tout compris !
Amen.

Publicités