Vivre avec… l’Esprit-Saint

Chants : ARC 514 ; 100 ; 506 ; 508 ; 507
Lectures : AT : Nb. 11, 11-12.14-17.24-25
Épître : Ac. 2, 1-18 Évangile : Jn 14, 23-27
PR : Rom. 8, 1-2(3-9)10-11

Qu’est-ce qu’on fête aujourd’hui ? La Pentecôte. Et qu’est-ce que c’est ? Vous connaissez les réponses classiques, parce que vous êtes des pros : La fête du don du Saint-Esprit. L’anniversaire de l’Église. Mais si vous demandez aux gens dans la rue, ils connaissent peut-être le sens de Noël, de Pâques… mais Pentecôte ?
Et un jeune collègue allemand m’a fait douter de l’anniversaire de l’Église, et aussi du don du Saint-Esprit. Enfin, pas en général, mais pour le jour de Pentecôte. Parce que, en fait, cet anniversaire de l’Église et le don du Saint-Esprit se fêtent à chaque fois que nous baptisons un nouveau membre de l’Église. Aujourd’hui, nous nous souvenons du don de l’Esprit-Saint aux apôtres… mais : si ce n’est qu’une belle histoire dont on se souvient, qu’est-ce qu’elle a à nous dire ? N’est-ce pas alors comme ces commémorations du « D-Day », pompeuses mais qui n’ont pas la moindre importance pour aujourd’hui ?
Question suivante : qu’est-ce que l’Esprit-Saint ? Une colombe, un souffle, ou… ?

Aujourd’hui nous chantons « Viens, Saint Esprit ». Et l’apôtre Paul nous dit : mais il est déjà en vous ! C’est pour lui une certitude, aussi certaine que le soleil qui se lève le matin. Le Saint-Esprit est en vous ! Mais parfois, il nous faut nous le rappeler. Parce qu’il y a tellement de choses qui nous arrivent, et que nous pouvons arriver à douter de la présence du Saint-Esprit. Oublier qu’il est là.
Et alors, il est difficile de s’en rendre compte. Je connais des gens qui ont demandé un baptême, un nouveau baptême, pour être à nouveau assurés de la présence de l’Esprit-Saint. Mais il est là, il n’y a pas besoin de nouveau baptême ! Heureux qui croient sa présence sans en voir les signes infaillibles !
Si tu écoutes bien, c’est lui qui te dit que Dieu t’aime comme son enfant. C’est lui qui te dit que tu ne dépends plus la logique du devoir et de la faute qui entraîne la mort, parce que Dieu t’aime et qu’il t’en a sorti. Tu n’es plus dans la faute, tu es en Jésus-Christ.
Le devoir, c’est quelque chose de naturel pour nous humains. Toute une éthique du devoir a été construite, ça commence par l’obéissance aux parents, continue à l’école et au service militaire, et se perpétue jusqu’à la mort. Tu dois faire, et si tu ne fais pas, tu es mauvais. Et alors, tu es mort. Comme ils disent dans les banlieues… mais on y apprend de la théologie, dans les banlieues ! La culture des bandes, c’est tout à fait ça : soit tu obéis, tu fais ce qu’on te dit, ou tu es mort. Ou bien tu es pote avec un chef, et alors tu n’as plus à obéir, parce que tu es le pote du chef.
Donc, le devoir, l’obéissance – mais aussi, forcément, la faille, la faute, l’erreur… et la première erreur vaut la condamnation. Il n’y a pas sept vies à jouer comme dans les jeux vidéo, nous n’en avons qu’une.
Ça, c’est notre nature humaine. Tout comme la recherche de pouvoir, de renommée et de respect, de richesses. Celle-là, elle se fait sentir tous les jours. Tout comme notre corps, qui lui aussi tend vers la faiblesse et la mort. Et je connais plusieurs personnes qui sont la preuve vivante de ce que Paul dit : l’Esprit-Saint donne vie et vigueur à ce corps mortel et moribond, et nous permet une vie vivante. Je ne les nomme pas…
Oui, notre nature, c’est ce qui nous accompagne depuis notre tendre jeunesse. Et c’est ce qui a été forgé, formé, façonné – mais jamais effacé – durant toute notre vie. Et souvent nous pourrions dire comme Marlène Dietrich dans « l’Ange Bleu », « que pourrais-je y faire, c’est ma nature, c’est tout ce que je sais faire, sinon rien du tout ! » Eh ben non ! Voilà l’effet du Saint-Esprit, dont tu peux profiter depuis ton baptême : que tu n’es plus sous l’emprise de ta nature ! « que pourrais-je y faire, c’est ma nature » – ça ne compte plus ! Parce que justement tu ne dépends plus de ta nature, tu n’es pas un animal, tu es spirituel ! La délivrance n’est pas à attendre des temps futurs, de l’au-delà – elle est déjà accomplie ! Tu n’es pas prisonnier de ta nature ! Tu es un être libre, libéré par le Christ sur la croix et par l’Esprit-Saint qui habite en toi !
Parfois, c’est vrai, parfois nous avons l’impression que ce locataire est parti, qu’il prend quelques semaines de camping au bord d’un lac alpin sans connexion internet et sans réseau portable, et que nous n’arrivons pas à le joindre quand nous avons besoin de lui. Oui, c’est bien vrai. Et c’est dur à supporter. Parfois il nous arrive de nous demander si nous n’allons pas vider cette chambre dont le locataire se fait rare, lui mettre ses bagages dans la remise si toutefois il veut encore les récupérer.
C’est quand nous sommes submergés par ce qu’on appelle si joliment « les aléas de la vie ». Et qui n’est que conséquence de la nature humaine, sous toutes ses facettes. Maladie, solitude, haine, souffrance… et la nature humaine a tendance à s’enfermer en elle-même, à bloquer les accès à l’esprit de Dieu, parce que là où souffle l’Esprit-Saint, il y a des choses qui volent en éclat ! Ce n’est pas un locataire tranquille qui paye son loyer toutes les semaines, et se fait invisible le reste du temps. Il prend possession de la demeure. Il prend possession de nous.
Pour nous le rappeler, nous fêtons le culte tous les dimanches. Nous faisons appel au Saint-Esprit alors qu’il est déjà là, qu’il habite déjà en nous. Nous l’appelons même plusieurs fois, au début du culte et avant les lectures. Et le culte veut nous rappeler que l’Esprit de Dieu habite en nous, qu’il a des projets à réaliser avec nous, et que nous sommes vivement invités à suivre ses appels.
Parfois pourtant, il se manifeste à sa manière à lui, même sans culte. Il se manifeste dans la joie de la vieille dame à laquelle tu rends visite. Il se manifeste lors d’un moment de repos que tu te « voles », et qui te permet de souffler. Il se manifeste dans le geste d’aide inattendu. Et de bien d’autres façons. « On dirait qu’il y a quand même quelque chose là-haut », disait une fidèle paroissienne… oui et non, parce que Dieu n’est pas seulement là-haut – où que ce soit – mais aussi tout près de nous. Christ Jésus habite en nous, et nous pouvons le vivre dans quelques instants à la table à laquelle il nous invite, il nous nourrit par son corps et son sang et entre donc en nous, et nous sommes en lui. Et l’Esprit-Saint habite en nous, comme le Christ devient partie de nous l’Esprit aussi. Jésus a utilisé l’image du levain qui traverse toute la pâte. Et les images de colombe ou de souffle ne nous aident plus, parce que là, il ne s’agit plus de quelque chose d’extérieur que nous contemplons, sur lequel nous discutons – c’est en nous. Tellement en nous que c’est devenu partie intégrante de nous.
C’est plus qu’une promesse, c’est un constat. C’est la réalité aujourd’hui, en ce moment-même. Mais parce que nous avons souvent du mal à voir cette réalité, nous chantons « viens, Saint-Esprit ». Non pas pour qu’il vienne de loin, mais pour qu’il se manifeste et nous fasse voir qu’il est là depuis longtemps.
Amen.

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