il est parti pour de bon

Chants : ALL 47 ; 34-31 ; 34-27 ;
Lectures : AT : 1Rois 8, 22-24.26-28
Épître : (Act. 1, 3-11) Évangile : Lc 24, 44-53
PR : Eph. 1, 20b-23

Aujourd’hui, nous célébrons un changement d’époque. Fini le temps après la résurrection où Jésus se montre à nouveau à ses disciples. À partir d’aujourd’hui, c’est définitif : il est parti.
Désormais, c’est sans lui qu’il faudra continuer.
Mais… mais, ce n’est pas comme il y a quelques semaines, quand il était mort et enterré.
Oui, il est parti. Il est parti pour de bon, désormais il faudra vivre sans l’avoir à portée de main. Les disciples restent donc derrière, un peu perplexes, mais – contrairement à 40 jours avant – ils ne sont pas abattus.
Et si Jésus est parti, il n’est pas anihilé, anéanti pour autant.
C’est le message de notre texte de prédication : (1ère lecture du texte : « Dieu a fait siéger le Christ à sa droite… » (FC)). Jésus est parti pour prendre le trône royal. Et ce déplacement est nécessaire pour la bonne continuation du projet de Dieu.

Il est vrai que nous préférons souvent le Jésus près de nous. Le rabbin, le conseiller, le consolateur, le berger. Celui de la promesse qui clôt l’Évangile que Matthieu nous a transmis : « je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin de ce monde. » Mais Luc, et Paul, nous remettent dans la réalité. Parce que, regardons autour de nous : je ne le vois pas. Nous ne pouvons pas manger avec lui, discuter avec lui, rire avec lui comme certainement les disciples le faisaient, le soir autour du feu ou même lors des repas auxquels ils étaient invités. Pour tout cela, il n’est pas là. L’homme Jésus nous est enlevé à jamais.
Or, Paul nous dit pourquoi il ne devait pas rester. Écoutons encore une fois ce qui est écrit dans l’Épître aux Ephésiens, au premier chapitre :
Lecture Eph.1, 20b-23 : « Dieu a fait siéger le Christ à sa droite… » (FC)
Et nous l’entendons, un peu comme Jésus disait aux camarades du chemin d’Emmaüs : « ne fallait-il pas que le Fils de l’Homme souffrît cela ? » Oui, il faut que le Fils de l’Homme nous quitte. Il faut qu’il prenne, qu’il reprenne pleinement sa place de Fils de Dieu.
Pourquoi ?
Paul nous le dit : en installant le Fils à sa droite, le Père lui met tout sous les pieds. Autrement dit, il l’installe régent sur tout ce qui existe. Jésus a gagné, la nuit de Pâques, le grand combat et vaincu les forces du Mal, mais c’est maintenant, à l’Ascension, qu’il est investi de la régence sur la création entière.
Le Christ ne nous laisse donc pas seuls avec la mission qu’il nous a donnée. Seulement, il l’accompagne autrement que ce que nous aurions imaginé, il n’est plus là en tant que maître, formateur, enseignant qui nous dit comment procéder et qui corrige ou valide nos pas, nos décisions et nos choix. À nous d’agir maintenant comme des grands, comme des compagnons formés et diplômés. Et à nous soutenir mutuellement, nous conseiller, nous corriger fraternellement.
Mais lui, il est autrement occupé. Il tire les ficelles. Il gouverne – tacitement, pour l’instant, sans trop se faire remarquer sauf pour les initiés – il gouverne le monde, il dirige les idées et décisions de quelques grands, mais juste assez pour nous faciliter un peu notre tâche à nous.
Et sur terre, Jésus était à la tête d’un petit troupeau. Quelques centaines, paraît-il, des meilleurs temps, douze qui restent avec lui malgré tout. Onze qui lui disent au-revoir, ce matin de l’Ascension. Si Jésus était resté, l’Église serait restée un petit cercle de conjurés, un peu comme nos Églises où on se connaît et où il n’y a pas beaucoup de changement. Son départ, et si j’ose dire avec un clin d’œil, sa promotion au poste de directeur mondial, est la condition nécessaire pour que ce mouvement de quelques hommes puisse devenir une entreprise mondiale. Il faut qu’ils apprennent à prendre des responsabilités, et pour cela, il faut que Jésus se fasse rare.
Justement, comme il est à la tête de ce qui s’appellera « Église » bientôt, les disciples ne le perdront pas complètement de vue, et resteront dans la lignée qu’il leur a indiquée. Ils restent en contact avec lui, mais autrement qu’avant. C’est un changement radical, comparable à ceux qu’a connus la génération de mon grand-père : à sa naissance, il y avait le télégraphe, on pouvait transmettre des messages lettre par lettre. À la naissance de mon père, existait déjà le téléphone : on pouvait transmettre des sons. Et on commençait à avoir des postes radio dans les maisons. À ma naissance, la télévision avait commencé à prendre des couleurs. Les premiers télécopieurs sont installés dans les bureaux de police et les tribunaux. Quand mon grand-père est décédé, quelques semaines avant la naissance de ma fille, les ménages commençaient à se connecter à internet, à transmettre par ce système des images en couleur, même des vidéos. Inimaginable au début du siècle…
Les disciples doivent donc faire un pas tout aussi grand que le passage du télégramme à internet. Mais le bénéfice est semblable : on ne touche pas seulement une poignée de gens, mais des personnes du monde entier. Et ce réseau, ce corps qui est et reste régi par le Christ qui est sa tête, ce corps est rempli, animé par Dieu le Père. Par personne ni rien d’autre. Christ est présent dans nos vies, autant qu’avant mais tout autrement. Sa présence se manifeste maintenant par l’Esprit Saint, nous avons entendu les promesses dans les discours d’adieu, et sa présence se manifeste aussi à travers les autres membres du corps. Nous sommes appelés chacun à être les lieu-tenants du Christ : à occuper la place pour lui, mais aussi à assurer la présence pour lui, quasi sa présence par notre présence. Dans le meilleurs des cas, que la rencontre avec nous soit aussi bénéfique pour les gens que si ils avaient rencontré le Christ lui-même. Des lieutenants. Le mot vicaire qui veut dire suppléant ou remplaçant serait mieux adapté, car moins militariste, mais il est bien connoté, et si je dis que nous sommes tous, avec tous les croyants du monde, des vicaires du Christ, je risque de mal me faire comprendre. Encore, ce troupeau de vicaires du Christ risque de se tromper du sens de ce mot, et de se confondre dans la plénitude de puissance que le Père confie au Fils – mais qui ne fait pas partie du vicariat. Jésus ne nous appelle pas à dominer les autres, mais à servir. Et lui, il se fait serviteur de tous, tout en étant le Roi céleste, régent du monde entier auquel toutes les puissances du monde sont soumises. Mais elles ne le savent pas encore.
Amen.

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