Chantez à Dieu !

Chants : ARC 98 ; 235 ; 363 ; 473
Lectures : AT : Es. 12, 1-6
Épître : Col. 3, 12-17 Évangile : Mt 11, 25-30
PR : Apc. 15, 2-4

Louez le Seigneur, chantez-lui un chant nouveau ! Tel est l’appel du psaume 98, et tous nos textes bibliques de ce matin y répondent : le chant du peuple libéré dans le livre d’Ésaïe. Jésus qui loue le père – d’ailleurs juste après avoir pleuré sur le sort de Capharnaüm. Paul qui, en plus d’une vie de sainteté, appelle les Colossiens à chanter à Dieu sans cesse. Le tout est couronné par ce chant dans l’Apocalypse, chant de Moïse et cantique de l’Agneau.
Ce sont les fidèles du Christ qui chantent, ceux qui ont gardé leur confiance en Dieu malgré toutes les tentations, les persécutions, les difficultés, ceux qui n’ont pas cédé à « la bête » que j’interprète comme représentant de ce que dans l’Évangile de Jean est compris par « le monde ». Mais tout cela, et c’est la différence aux autres textes que nous avons lus et entendus, tout cela est terminé maintenant. Les épreuves, les souffrances et oppressions à cause de la foi, c’est terminé.
Nous vivons plutôt bien en France, en ce qui concerne l’oppression de la foi. Certes, il y a les laïcards de service qui confondent laïcité et athéisme d’État, qui disent laïcité et pensent persécution pour motifs de religion. Certes, il y a deux délits par jour en France contre des chrétiens ou des institutions chrétiennes. Mais, ne nous plaignons pas, nous avons les temples au milieu des villages (ou presque), ici nous profitons même de la bienveillance de nos municipalités qui entretiennent les temples.
Quel contraste à la situation des chrétiens en terre musulmane. Quel contraste à ce qu’endurent jour après jour les chrétiens en Iran, en Égypte, en Afghanistan. Ou les chrétiens indonésiens, où régulièrement des églises et temples sont incendiés – de préférence durant les offices. Et je pense aussi la Chine communiste qui s’applique encore furieusement à empêcher la construction de centres paroissiaux, d’églises et de temples. Certes, ce n’est rien comparé aux tueries dans d’autres pays, mais la Chine n’a pas hésité à interner les chrétiens dans des camps de concentration, il n’y a pas si longtemps que ça.

Au moment de notre passage biblique, tout cela est du passé pour ceux qui chantent. Ce n’est pas oublié, mais passé et dépassé. Tout ce qui veut nous détourner du Christ, est déjà vaincu, enfermé, n’a plus de pouvoir, n’attend plus que le jugement. La victoire de Pâques exerce sa pleine puissance.
Pour nous, c’est encore promesse. Une promesse dont l’accomplissement est déjà mis en œuvre. Mais l’adversaire, tout en se sachant vaincu, rassemblera encore une fois toutes ses forces pour rendre cette victoire aussi chère payée que possible. Pour ne laisser derrière lui que de la terre brûlée. Mais rien ne peut changer les faits : il est vaincu. Vaincu le Mal, vaincu la mort, vaincu le péché. Le prix était énorme : il fallait sacrifier le Fils de Dieu – mais voici, il vit. Et l’adversaire attend maintenant la condamnation éternelle. Avec lui, disparaîtra toute cette terre, scène de toutes les souffrances humaines, et laissera sa place à une terre nouvelle, terre de Dieu, immense paradis comme jadis au milieu d’Eden, où Dieu se promènera dans la ville et rencontrera les humains. Dieu tout proche, visible, touchable, accessible sans l’intermédiaire d’une Église, d’un prêtre, accessible non pas dans des prières, messages unidirectionnels, mais qui répondra par des réponses sans ambigüité. Et il n’y aura plus ni larmes ni souffrances.
Au seuil de cette nouvelle création, qui commence par l’anéantissement de ce qui a pourri la création actuelle, au seuil de cette nouvelle création, les fidèles de Dieu chantent. Leur chant n’est pas vraiment inédit, il reprend bien des idées des psaumes et cantiques bibliques. C’est le chant des enfants de Dieu depuis des siècles : Gloire à Dieu, qui fait des merveilles, qui est la justice même, et qui gouverne le monde. Devant lui se prosterneront toutes les nations.
Dans le grand chœur de ceux qui chantent, non seulement Moïse et celui que l’apocalypse appelle l’Agneau. Il y a Myriam la prophétesse, David, Salomon et les autres psalmistes, Marie la jeune fille-mère et le vieux prêtre Zacharie. Pierre, Paul et les autres fondateurs de l’Église chrétienne. Et tous les autres. Depuis les patriarches jusqu’à nos jours, tous ceux qui forment le peuple de Dieu. Qui chantent à Dieu un chant de louange. Parce qu’il a guéri de la maladie. Parce qu’il a sauvé de l’accident. Parce qu’il a changé la vie de l’un ou de l’autre. Parce qu’il a permis de trouver la paix avec son adversaire, de réconcilier des frères ennemis – ou de trouver la paix avec soi-même. Parce qu’il fait briller le soleil. Parce qu’il arrose la terre. Parce que la terre est là. Parce que nous sommes entourés de merveilleuses créatures, hommes et femmes de tous âges, animaux, plantes, d’arbres fruitiers et d’oiseaux qui y font leurs nids. Parce que ce qu’il a créé est très bon, et qu’il promet encore mieux.
Ce chant n’est pas nouveau en soi. Il est vieux comme la Bible, plus vieux que nos psaumes huguenots qui pour beaucoup semblent venir d’autres mondes. Comment alors parler d’un chant nouveau ?
J’entends de loin l’Ecclésiaste, qui marmonne dans son coin : « il n’y a rien de nouveau sous le soleil, il n’y a rien de nouveau sous le soleil, tout est vain et inutile, fais ce qui te plaît et tais-toi… » Mais justement c’est faux. Et si les paroles du chant ne semblent pas être nouvelles, si leur air est le même depuis des générations, il y a toujours des éléments nouveaux. Car la grâce du Seigneur se renouvelle tous les matins, ce qui donne une nouvelle couleur au chant de gloire, et surtout : chaque fidèle qui chante le vieux chant, y met du sien. Il y ajoute sa reconnaissance, sa gratitude personnelle, son amour tout personnel pour ce Dieu qu’il loue et bénit. Quand nous avons chanté le psaume, tout à l’heure, chacun et chacune d’entre nous a chanté les mêmes paroles, mais ces paroles ne sont que le récipient dans lequel vous avez versé votre propre reconnaissance, vos propres prières et louanges, et que les paroles portent vers Dieu. Ce sera encore pareil au chant que nous allons entonner dans quelques instants, qui vous paraîtra peut-être nouveau mais qui figure dans ce recueil depuis au moins trente ans. Un chant est toujours chant nouveau, quand il est chanté du cœur. Nous n’avons donc pas à nous creuser la tête pour inventer de nouvelles paroles, de nouveaux airs. Chantons les psaumes, chantons les cantiques, mais chantons à pleine voie et à plein cœur. Dans la salle de bains. En cuisine. En voiture. Au jardin. Et pourquoi pas aussi lors de nos courses à pied ? Il est vrai, de nos jours on n’a plus l’habitude de gens qui chantent dans la rue. Mais qu’est-ce que c’est triste ! Et si vous n’osez pas chanter à pleine voix, alors fredonnez. Les paroles y seront, tout comme elles nous viennent à la tête quand Daniel nous joue un chant comme interlude. Mettez de la musique dans votre vie, dans vos cœurs, dans vos voix, à la gloire de notre Dieu. Que toute votre vie soit un culte, dit Paul – et le culte protestant, c’est le chant. Terminons donc nos journées par « Reste avec nous » ou « A l’horizon le jour s’éloigne », le chant de la JMP. Et levons-nous par « Quand naît la lumière » ou un chant de louange. Et rythmons la journée par « Chante, chante, peuple joyeux, toi qui ames ton Dieu. » (269)
Amen.

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