bénissez !

Chants : ARC 23 ; 622, 1.2.4 ; 745 ; 471
Lectures : AT : Ez. 34, 1-2(3-9)10-16.31
Épître : 1Pierre 2, 21b-25 Évangile : Jn 10, 11-16.27-30
PR : Hébr. 13, 20-21

C’est ainsi que se termine l’Épître aux Hébreux, et aussi notre voyage à travers cette lettre, que nous ne retrouverons que début octobre. Et en ces deux versets, est résumé tout le Nouveau Testament. Relisons.
Dieu a ressuscité Jésus. Ce Jésus a versé son sang et ainsi garanti l’alliance entre Dieu et les hommes pour tous les temps. C’est pourquoi il est le berger des brebis.
Que Dieu donne aux fidèles la capacité de remplir sa volonté. Plus encore : qu’il réalise lui-même en eux ce qui lui plaît.
Tout le Nouveau Testament en deux versets. Enfin, presque. Car, bien sûr, c’est faire abstraction de tous les récits de la vie de Jésus, et c’est se contenter d’un seul fil d’enseignement et d’une seule lecture de la Résurrection, alors que les différents textes du Nouveau Testament sont bien plus divers en leurs propos.
Et tout cela sous forme de bénédiction.

Ça tombe bien, nos synodes nous appellent à réfléchir sur la bénédiction. En voici donc une qui nous est proposée, en ce dimanche sous le thème du Bon Berger. Et je vous propose de l’examiner à la manière de ce professeur dans un vieux livre que j’affectionne. Je vous donne un exemple : « qu’est-ce qu’une machine à vapeur ? Ah, nous allons faire comme si nous étions tout bêtes. Donc, une machine à vapeur, c’est un grand truc rond et noir, qui a un trou devant et un trou derrière. Le trou devant, c’est pour nourrir le feu, et pour le trou derrière, nous verrons plus tard. »
Donc, qu’est-ce qu’une bénédiction ? Faisons comme si nous étions tout bêtes. Une bénédiction, c’est dire quelque chose à un autre, quelque chose qui engage. Qui engage qui ? À voir.
Au centre de notre bénédiction, nous trouvons : « Que Dieu vous rende aptes… que Dieu réalise en nous ». Celui qui parle, demande donc à Dieu d’agir. Plus, il engage Dieu à agir. Et ce de double manière, une fois il dit « vous », une fois il dit « nous » et s’inscrit donc dans le groupe des receveurs de la bénédiction.
Il engage donc Dieu. N’est-ce pas bien prétentieux, d’engager Dieu sans lui avoir demandé son avis ? En tous cas, moi, je réfléchis trois et quatre fois avant de promettre à quelqu’un que l’un de vous se chargera de lui venir en aide… sauf si je vous ai sollicités avant de vous engager, et là ça changerait tout.
Mais notre bénédiction nous dit pourquoi elle ose engager Dieu : à cause de Jésus-Christ, le Seigneur Jésus. D’une, Dieu l’a ressuscité des morts, et il l’a fait berger de nous tous. Berger, c’est celui qui partage la vie des brebis, il va aux pâturages avec elles, il va prendre la pluie, le soleil et le vent tout comme elles – et il est le garant de leur sécurité comme de leur prospérité, bref de tout ce qui s’inscrit dans le mot hébreu « shalom ». Il est le garant de leur existence, de leur épanouissement.
De deux, c’est par ce Jésus-Christ berger ressuscité que Dieu œuvrerait en nous. Par celui qui partage toutes les facettes de nos vies, qui s’est jeté dans la gueule du loup pour nous faire vivre.
Si Dieu relève Jésus de la mort et fait de lui ainsi le berger de toute l’humanité, peut-il nous abandonner à notre vaine quête du bien ? Certes que non, car un bon berger n’abandonne jamais ses brebis. Donc, Dieu fera ce que dit la bénédiction.
C’est là que l’auteur de la lettre, le bénissant, s’engage lui-même. Il s’engage à la confiance que ce qu’il dit est vrai. Il s’engage, autrement dit, à croire ce qu’il prononce.
Et la bénédiction ne laisse pas indemne celui qui la reçoit. Elle invite – non, elle incite Dieu à se mettre à l’œuvre dans la vie du béni, à la sanctifier et la rendre de plus en plus plaisante aux yeux de Dieu.
Si vous bénissez quelqu’un : votre conjoint, votre enfant, votre petit-enfant, un ami ou quelqu’un que vous venez de rencontrer, cette bénédiction risque de complètement renverser la vie de la personne bénie ! Réfléchissez-donc bien ce que vous faites. Vous prenez une grande responsabilité. Et la personne bénie ne sera pas forcément contente.
Donc, retenez-vous…
En revanche, appeler l’action bienveillante et bénéfique dans la vie de quelqu’un n’est jamais mal. Au contraire, qu’est-ce qu’il y a de mieux à faire pour l’autre que de le confier aux mains du Dieu d’amour ? Donc, bénissons sans retenue, sans modération, sans crainte, car nous ferons du bien. Souvenons-nous de ce mot de Jésus : bénissez ceux qui vous maudissent.
C’est difficile. Presque impossible. Mais, avec l’aide de Dieu, c’est faisable. Si quelqu’un vous offense, ne le maudissez pas. Bénissez-le. Le chauffard sur la route qui a failli vous rouler sur les pieds, bénissez-le : que Dieu te garde sur ta route et te préserve de tout accident. Et si vous n’arrivez pas à le faire pour lui, faites-le pour ceux qu’il rencontrera…
Le grincheux qui vous prend la place à la caisse du supermarché : bénissez-le. Que Dieu t’offre de la joie dans ta vie, qu’il éclaire ton regard. Si ce n’est pas pour lui, faites-le pour la caissière. Et pour sa femme.
Bénissez – à voix haute ou à paroles inaudibles, dans votre cœur, mais bénissez. Bénissez sans modération. Vous serez alors une bénédiction pour votre entourage.
Et vous verrez – je ne le dis pas en mise en garde, mais en promesse – vous verrez que vous en serez bénis, vous aussi. Bénir change le monde. Et bénir vous change vous. Votre regard sur le monde ne sera plus le même. Plus vous bénirez votre entourage, plus vous le verrez avec les yeux de Dieu.
Cela n’empêche pas de désapprouver certaines actions, même des modes de vie. Bénir ne veut pas dire être d’accord avec tout. Il est même bénéfique de dire la désapprobation, si c’est fait avec amour, de façon audible et donc édifiante.
Il se peut aussi que dans une situation particulière, il soit inapproprié de bénir autrement que dans l’intimité du cœur, parce que la parole et le geste de bénédiction seraient forcément mal compris. Dans ce cas, bénissez dans vos cœurs, mais abstenez-vous de le faire publiquement, ou même devant les yeux et oreilles de la personne bénie. Pour ne pas donner un faux message. Mais dans vos cœurs, priez, implorez d’autant plus la bénédiction de Dieu dans le cœur que vous ne pouvez pas la prononcer de la bouche.
Bénir, c’est s’engager. Corps et âme. Jésus l’a montré. Le bois du supplice est devenu notre bénédiction. Son sang versé, son corps meurtri sont notre bénédiction. Suivre le Christ sur la voie de bénédiction ne sera pas une promenade de dimanche après-midi. Ce sera un chemin souvent accidenté et difficile. Mais un chemin plein de bénédiction.
Amen.

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