pilotes

Chants : ARC 69 ; 441 ; 443 ; 442
Lectures : AT : Es. 50, 4-9
Épître : Phil.2, 5-11 Évangile : Jn 12, 12-19
PR : Hébr. 12, 1-3

Connaissez-vous le petit ange et le petit diable, assis respectivement sur vos épaules droite et gauche ? Non ? Vous ne les avez donc jamais entendus vous susurrer leurs suggestions ?
Ce n’est pas grave. Je n’en parle que parce que l’idée de notre petit passage m’y fait penser. En fait, il n’y a pas deux petits personnages, mais bien plus. D’un côté, le passage en nomme deux. Le fardeau et le péché. Le fardeau signifiant tout ce qui veut nous fléchir, courber, mettre à terre. Et le péché signifiant tout ce qui veut nous détourner de la bonne orientation, de la bonne direction à prendre. Il paraît qu’à d’autres époques, des côtiers allumaient des feux sur la plage pour faire échouer des bateaux. Ça, c’est exactement ce que fait le péché.
Suivre ces deux compères et leurs idées, c’est se retrouver complètement tordu.

Notre passage décrit les idées, les insinuations du fardeau et du péché comme un nuage. Comme les nuages autour des pics de montagne, qui cachent la vue sur le sommet – et qui à celui qui est monté tout en haut, empêchent de voir la plaine.
Les avoir autour de soi, c’est donc, en plus, qu’ils nous brouillent la vue. Et qu’est-ce qui arrive à quelqu’un qui déjà n’est pas bien droit, et qui en plus ne sait plus où aller, qui court à gauche et à droite pour retrouver son chemin mais sans succès ? Il se fatigue, il désespère, il se décourage, il se lasse.
Mais il ne fait pas bon trop parler du péché. Suivons donc l’idée de notre lettre. Durant deux chapitres, nous en avons vu un petit extrait, elle a énuméré des témoins de la foi. Hénoch, Abraham, Isaac, Jacob, des prophètes. Et dit maintenant que ces témoins de la foi, et beaucoup d’autres avec eux, veulent être là pour nous. Nous entourer la tête (et le cœur). Contrairement à fardeau et péché, ils ne nous pèsent pas, et ne nous embrouillent pas, mais veulent au contraire nous ouvrir la vue vers le Christ.
Bien sûr, et je me répète, la nuée de témoins ne se limite pas aux quelques personnages bibliques. L’histoire a continué, aux gens de la Bible se sont joints les pères de l’Église, les réformateurs, des fidèles comme Marie Durant, des engagés à fond comme Albert Schweitzer, des Martyrs comme Dietrich Bonhoeffer. Et ceux que tout le monde ne connaît pas : chacun entre nous a sa propre liste de personnes qui lui ont été témoins du Christ.
Sans oublier que vous êtes, nous sommes également témoins les uns pour les autres.
Toute une nuée de témoins donc qui nous entourent pour nous protéger de l’influence néfaste du péché et du fardeau. Pour nous aider à garder le cap sur notre voyage. De cette image est parti ce qu’est devenu le collège des saints dans la pratique catholique et orthodoxe, et tout en refusant la canonisation des uns au détriment des autres, j’aime assez à dire que c’est de la communauté des saints que nous parle ce petit passage, communauté de fidèles, témoins de leur foi et en ceci – l’épître le dira un peu plus tard – modèle pour nous. Communauté des saints à laquelle nous appartenons, nous aussi.
Donc, les témoins nous aident à tenir le cap, le bon cap. À pointer vers le vrai phare, si j’ose dire. Je ne suis pas marin, mais j’imagine que le moral à bord doit sensiblement pâtir quand on passe des jours et des jours – et des nuits, bien sûr – à ne voir autour de soi que la mer grise et le ciel gris, peut-être le tout couronné d’une pluie battante. Quelle joie alors de voir un oiseau, indicateur d’une côte proche ! Quelle joie de voir enfin le phare qui nous guidera dans le bon port !
Et quelle assurance d’avoir un bon navigateur à bord. Ce navigateur, ce sont les témoins de la foi.
Le navigateur ne peut pas éviter les mauvais temps. Il ne peut pas éviter les passages difficiles. Mais il est là pour assurer l’équipage : nous arriverons à bon port, nous sommes sur la bonne voie. Des marins perdus en mer, aussi aguerris qu’ils soient, baisseront les bras à un moment : ça ne sert à rien de se fatiguer, on tourne certainement en rond, autant lâcher prise, de toute façon il n’y aura plus de secours.
C’est ce qui peut nous prendre dans notre vie. Tout est difficile, pénible, douloureux. On rame, on trime, on laboure, on se fatigue, et ne voit aucun avancement. Grande est alors la tentation d’abandonner. Comme dit la femme de Job : « abjure et meurs, afin que tu aies la paix. »
Les témoins, ceux qui nous ont précédés et peut-être encore plus ceux qui sont avec nous, prennent justement soin que nous ne découragions pas. Que nous ne perdions pas de vue le bon port à atteindre, où nous attend déjà celui qui nous a mis en voyage.
C’est une grande responsabilité, et un grand soulagement. Responsabilité pour les frères et sœurs, et soulagement parce que nous sommes tous portés par cette communauté. Quand nous partageons les informations de nos frères et sœurs absents, la nuée des témoins, la communauté des saints est à l’œuvre. L’équipe des pilotes se prépare à sa semaine. Et fidèlement elle sera au poste. Quand nous partageons les informations des uns et des autres, c’est une occasion de lancer le signal de détresse, de dire « je vais mal ». Certes, ce n’est pas dans notre naturel. On nous a appris à être dur, à encaisser sans broncher, à serrer les dents et continuer. Mais trop c’est trop, et n’allons pas aux limites du supportable si nous pouvons solliciter de l’aide !
Et pourquoi ce texte pour un jour des Rameaux ?
Aujourd’hui, Jésus nous est présenté en attitude royale. Pour une fois, il n’est pas à pied, même si sa monture n’est qu’un ânon. Et les foules l’acclament. Ils sont, en ce moment, témoins de sa royauté. Et peut-être, un jour, par l’Esprit Saint témoins du Ressuscité.
De plus, l’entrée dans Jérusalem est le début de cette élévation du Christ qui trouvera son aboutissement premier à la croix, et finalement en l’Ascension. Si avant, il était un rabbin itinérant, à partir de maintenant il est visiblement roi. Une royauté bien particulière, mais la royauté de celui qui domine les vents et les vagues, qui domine même la mort.
Allons donc le voir. Soyons ses témoins. Et suivons le bon pilotage de la nuée de témoins qui nous entoure.
Amen.

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