j’ai pris sur moi, donc : vis !

Chants : ARC 84 ; 431 ; 430 ; 522 ; 167
Lectures : AT : =pr.
Épître : 2Cor. 1, 3-7 Évangile : Jn 12, 20-26
PR : És. 54, 7-10

Ce 54e chapître du livre d’Ésaïe mérite d’être lu intégralement, faites-le à la maison ! Le deuxième Ésaïe s’adresse à un peuple en détresse. Occupé par une puissance mondiale. Privée de ses nobles, de ses artisans, de ses prêtres. Le temple détruit, il se pose la question si son Dieu est impuissant contre les dieux de Babylone.
Et Dieu, à travers la bouche du prophète, prend la parole. Il s’adresse à son peuple, en utilisant l’image de mari et femme. Et son message est plus que surprenant, quand on sait que, notamment par Jérémie, il avait fait dire tant d’avertissements justement pour éviter qu’arrive ce qui est arrivé. Dieu aurait toute raison de dire, « c’est bien fait pour vous, vous n’aviez qu’à m’écouter. »
Mais, ô surprise, Dieu ne dit pas : tu m’as trompé tout le temps, comme une catin tu t’es vendue au premier venu, tu m’as humilié et rejeté. (Il l’avait dit, bien avant, par Osée ; lisez ce livre, vous verrez!) Non, la réponse de Dieu est une autre. Un message de paix. Même pas un appel à la repentance : à lire ces lignes ou à les entendre, c’est le mari qui prend sur lui toute la faute. C’est Dieu qui prend sur lui toute la faute du peuple, les égarements, les décisions politiques et aussi les autels d’autres dieux montés dans le temple du Seigneur… Dieu prend tout sur lui.
Et ce chapître tend un arc depuis le premier jusqu’au dernier livre de la Bible, de Noé à la Jérusalem céleste. Encore une fois, le Seigneur s’engage unilatéralement, sans demander de contrepartie à son peuple. Il s’engage à ne plus s’irriter contre le peuple, à ne plus le menacer. Cette quasi-destruction du peuple, des deux tribus qui restent après la défaite du royaume du Nord, sera la dernière à jamais dont il serait responsable. (La destruction de Jérusalem du 1er siècle de notre ère, la Shoah, la menace permanente et la haine continue auxquelles le peuple juif est exposé de nos jours, ne font donc pas partie du plan de Dieu!)
Du temps de Noé, Dieu s’était engagé : « je ne le referai plus jamais. » Et comme pour se rappeler ses propres engagements, il avait fait du ciel un témoin de cet engagement, de cette alliance : en créant l’arc-en-ciel, symbole de sa fidélité – et même pour les plus athées, un signe que derrière les nuages gris pleins de pluie, il y a le soleil.
Aujourd’hui, Dieu appelle la terre pour témoin. Même si la terre peut trembler, si des montagnes peuvent s’ébranler, l’amour et la fidélité de Dieu sont plus fiables, bien plus inébranlables que toute la terre.
Le message qu’entend le peuple meurtri de Juda est donc un message pour beaucoup de nos contemporains, et peut-être pour certains entre vous. Combien de fois me dit-on, « mais qu’est-ce que j’ai fait au bon dieu pour que je doive endurer tout ça ». La réponse, claire et limpide, est que peu importe ce qu’on aurait pu faire, Dieu est fidèle à lui-même et donc à ceux qu’il a choisis, et qu’il les entourera toujours de son amour. D’autant plus quand un monde s’ébranle, quand le ciel risque de nous tomber sur la tête – particulièrement en ces moments, l’amour de Dieu veut s’avérer fiable.
Mais nous ne sommes pas le peuple de Juda il y a 2500 ans. Nous sommes peuple d’Église en 2014. Et nous connaissons une partie bien plus grande de cet arc tendu depuis la première alliance jusqu’à l’accomplissement dans la Jérusalem céleste. Ce passage entre le chant du Serviteur de Dieu et la promesse d’eau de la Vie nous parle donc non seulement d’une situation historique précise, mais aussi du monde entier de tous les temps. Il nous parle du Christ. Il nous parle de la croix. A double manière.
Premièrement, il parle de ce que Jésus vivra durant ses dernières heures. De l’arrestation, des humiliations, des gifles et des coups. De la condamnation, d’une mort lente et atroce. Et puis, au bout de quelques jours, le réveil, le rappel à la vie et à une vie que nous appelons éternelle, puisqu’elle n’aura pas de fin.
Mort et résurrection.
Deuxièmement : mort et résurrection. Mais cette fois, la nôtre. Telle que nous la vivons dans le culte : avec le rappel de la Loi de Dieu, nous sommes contraints à reconnaître que nous sommes pécheurs, que nous avons trahi l’amitié de Dieu. Confesser ses péchés du fond du cœur, c’est aller à la rencontre de Dieu avec tremblements, et comme on dit si bien, la mort dans l’âme. Oui, la mort dans l’âme : il n’y a rien de bon, puisque je t’ai offensé.
Nous ne posons pas la question si Dieu était trop faible pour se laisser vaincre. Nous savons bien que c’est notre faute à nous. Quoi que, n’avons-nous pas parfois tendance à le rendre coupable de nos fautes, du mal dans le monde, de la famine et de la pauvreté, de la haine et de la convoitise ?
« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste et nous pardonnera », dit l’écriture. La grâce, l’amour de Dieu prend le dessus, il efface notre faute. Mieux encore : en Jésus-Christ, il prend notre faute sur lui. C’est Jésus qui se déclare respondable et coupable de nos fautes, et qui nous procure ainsi la Vie avec un grand V. La vie qui n’a pas de fin. La vie en présence de Dieu, et même en communion avec le Père et le Fils. Paul décrit la relation entre l’Église, la communauté des croyants, et le Christ comme la vie entre femme et mari. Tout comme le faisait Osée il y a 2800 ans, comme le faisait le deuxième Ésaïe il y a 2500 ans. Et comme l’écrit l’apôtre Jean quand il parle de la communion : nous serons de même chair et sang que Dieu ! C’est là aussi une image matrimoniale, car n’est-il pas dit que mari et femme ne sont désormais plus qu’une seule chair ?
Dieu a permis au prophète Ésaïe de dire, de prédire toute l’histoire du salut, depuis Noé jusqu’à nous et au-delà, même jusqu’à l’accomplissement pré-vu par Jean, et il lui a fait dire toute cette histoire en peu de mots, que nous arrivons à lire en moins d’un quart d’heure.
Nous chrétiens avons un symbole encore bien plus bref et concis, qui arrive à faire le dessin de toute cette histoire en seulement deux traits. Pendant quelques temps, les huguenots avaient perdu ce symbole, dans leur quête de ne rien faire pareil que les papistes. Et certains, dans un esprit de traditionalisme et peut-être de nostalgie, ne sont pas encore réconciliés avec ce symbole. Mais je suis très content que les parpaillots ont appris, réappris de leurs frères protestants du monde entier la valeur du symbole de la croix. Dans deux semaines, nous retournerons au temple de Courlay où la grande croix rappelle silencieusement que Dieu en Christ a pris sur lui. Qu’il s’est fait coupable à notre place pour nous permettre un nouveau départ. C’est pourquoi cette croix a une aura de lumière : elle ne symbolise pas la mort, mais la vie. La vie de la lune de miel avec Dieu.
Et le symbole de la croix est si simple que nous le rencontrons partout : aux intersections de routes, et même dans nos fenêtres et portes. À chaque fois, la croix nous rappelle : « Tu es libre, tu es mon amour. J’ai pris sur moi tout ce qui t’opprime. Donc, vis ! »
Amen.

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