des tentations

Chants : ARC 223 ; 607 ;  ; —
Lectures : AT : Gen.3, 1-19(20-24)
Épître : (Hébr. 4, 14-16) Évangile : Mt 4, 1-11
PR : Jac. 1, 12-18
Un frère m’a dit à l’étude biblique : « ce n’est pas un texte pour une Assemblée Générale. » En effet, je n’étais pas très heureux d’abord, mais les textes qui nous mettent mal à l’aise sont souvent ceux qui ont beaucoup à nous dire. Donc, je me suis décidé pour vous de relever ce défi.
Ce passage tel qu’il nous est donné pour ce matin est un diptyque. Un tableau à deux tablettes. Le premier parle – à première vue – de la tentation. Enfin, le même mot peut dire tentation dans le cas où nous succombons et nous laissons entraîner à faire ce que nous ne voudrions pas faire, mais il se traduit également « épreuve ». Un peu comme ces jeunes femmes dont on peut louer le service si on veut savoir si le mari est fidèle ou s’il succombe facilement à une gazelle languissante. C’est une mise à l’épreuve : sera-t-il tenté, et si oui, que fait-il ?
Notre passage nous dit clairement que Dieu ne nous tente pas, ne nous éprouve pas. Mais que toute tentation naît en nous-mêmes, par le désir humain. Nous avons entendu le récit de la tentation du Christ – c’est en effet l’esprit de Dieu qui le mène dans la tentation, mais la tentation elle-même vient, dit le texte, du diable. Mais n’est-ce pas le mouvement du cœur humain, de vouloir se nourrir, de vouloir trouver la sécurité à la place de la confiance sur parole, de vouloir être sujet et non objet, et donc être puissant ? Ne nous trompons pas, Dieu n’invente pas ce qui pourrait nous séparer de lui, c’est déjà en nous ! Et ces désirs si humains, si ils ne sont pas domptés, mènent à toute sorte d’actes mauvais, égoïstes et irrespectueux du prochain. Il suffit de lire le journal, de regarder les informations. Ce qui se passe actuellement en Ukraine est l’illustration concrète de ce que nous écrit l’apôtre. Et les campagnes électorales de nos communes, parfois de bonne guerre et parfois des combats de boue… par soif de pouvoir. Je te donnerai la terre entière si seulement tu te détournes de Dieu.
Le péché, en grec, est féminin. C’est pourquoi Jacques peut facilement dire que le péché est génitrice de la mort. L’image est différente, le sens est le même quand Paul affirme que le salaire du péché est la mort.
Le désir donc est le grain dont pousse le péché qui donne la mort.
C’est maintenant que l’apôtre tourne la page. Le deuxième volet du diptyque maintenant ! Ne nous laissons pas perturber par cette image sombre, car il y en a une autre !
La forme de diptyque veut que les deux tableaux soient en lien. En contraste, souvent, voire même en opposition. Mais avec des parallèles dans les motifs. Allons voir ça.
Dieu reste, comme nous l’avons vu, extérieur à la tentation. Il décide de nous exposer ou non à nos envies, nos désirs, notre inconstance, bref : de nous confronter à nous-mêmes, mais le contenu, le déroulement de cette confrontation ne dépend pas de lui, seulement de nous. Cela ne veut pas dire que rien ne nous advient de lui, au contraire. De lui, nous recevons tout ce qui est bien, tout ce qui éclaire notre vie et notre chemin. Lui, qui est fidèle à lui-même et en équilibre avec lui-même, est l’origine et le donateur de tout ce qui peut nous arriver de bon. Et son cadeau suprême pour nous, c’est la vie. Mieux encore : par la parole de vérité – quel contraste aux tromperies de la tentation – par la parole de vérité, Dieu fait de nous ses enfants. Il nous a engendrés, dit l’apôtre. Plus tard, les chrétiens hésiteront à s’affirmer engendrés par Dieu, et ne confesseront qu’un seul engendré du Père, le Christ. Jacques, tout comme Jean, n’a pas de scrupules de nous décrire en égaux du Christ, il va même encore plus loin en disant que Dieu nous veut prémices de toute créature. Certes, on peut dire que c’est plus ou moins le sens du récit de la création d’Adam, créé en premier de la création, avant les animaux que Dieu fait pour donner à Adam quelqu’un à qui parler, avant de découvrir qu’un homme a besoin d’une femme, de même substance que lui et quand même différente, pour être heureux.
L’être humain, prémices de toute créature – c’est le monde avant la chute, le monde dans lequel l’œuvre destructrice du péché n’a pas lieu. C’est le pur état de grâce, pour utiliser ce terme un peu vieilli.
Et encore, c’est ce qu’on dit habituellement du Christ, mais pas des simples humains. « Tu l’as créé presqu’égal de Dieu », dit le psalmiste (Ps.8), et Jacques nous dit que c’est une réalité pour celui qui croit.
« Pour l’Assemblée Générale », me disait notre frère, « il faut un message d’encouragement. » Je crois que là, il trouve ce qu’il cherche. Dieu, le créateur, s’est fait notre Père et nous a engendrés, de cette naissance d’eau et d’esprit dont Jésus parle à Nicodème, pour faire de nous ses enfants de rang égal avec Jésus, premier-né de toute création. Quelle merveille !
Pourquoi alors nous faire d’abord ce discours sur la tentation et le péché ?
Le philosophe espagnol Don Miguel Unamuno écrit : « Ceux qui croient croire en Dieu, mais sans être passionnés dans leurs cœurs, sans craintes dans leurs réflexions, sans incertitudes, sans doutes et même parfois sans désespoirs, ceux-là ne croient qu’en une idée de Dieu, mais pas en Dieu lui-même. »
Si nous devions passer les tentations sans en être avertis, ça risquerait mal se passer. Mais s’il n’y avait pas de tentations, pas d’épreuves du tout, ce serait maléfique aussi ! Parce qu’alors, au lieu de nous confier à Dieu et de tout attendre de lui, nous risquerions de mettre notre confiance en nous-mêmes. De prendre Dieu pour une chimère inutile. Bref, de faire comme bon nombre de nos contemporains… et ce serait la tentation de la non-tentation, la pire de toutes. Donc, en nous confrontant à des épreuves annoncées, Dieu nous évite celle non annoncée et impossible d’annoncer, la tentation du bien-être.
Et finalement, je pense que pour cette Assemblée Générale, c’est le message à retenir. Tout ce qui compte vraiment nous est offert, mais le chemin vers les délices est épineux. Et si la vie de notre communauté est saine et vivante, il n’y a pas raison de nous contenter de l’existant, mais au contraire nous avons toutes raisons de mettre la main à la charrue et d’aller vers demain, pas à pas, jour par jour. Car si aujourd’hui nous ne préparons pas la terre pour demain, il n’y aura rien à recolter. Nous ne pouvons pas nous permettre de vivre sur les réserves, parce que de réserves nous n’avons plus. Au sens financier qu’au sens de « ressources humaines », si j’ose dire.
Dieu veut tout nous offrir – mais à condition que nous attendions tout de lui. Que nous ne regardions plus nos réserves, notre beau passé et la fidélité de ceux qui viennent tous les dimanches, mais que nous voyions et reconnaissions notre manque. Que nous nous reconnaissions dépendants uniquement de son amour, et que nous acceptions qu’il nous fera des cadeaux non mérités sans que nous puissions lui rendre la pareille.
Et forts de cette confiance, de cette foi, nous serons corps du Christ, lumière du monde et sel de la terre. Point par nous-mêmes. Entièrement par Lui.
Amen.

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