Confiance dans la catastrophe

Chants : ARC 8, 3-6 ; 617 ; 615 ; 583
Lectures : AT : Es 51, 9-16
Épître : 2Cor. 1, 8-11 Évangile : Mc 4, 35-41
PR : Gen 8, 1-12

Il arrive qu’un plan de lectures vieux de quelques décennies nous fournisse un texte de prédication qui tombe vraiment à pic. J’ai préféré les textes du dimanche aux textes de la fête de la présentation du Christ au temple pour leur actualité.
Certes, les fortes marées de ce week-end n’ont pas grand’chose en commun avec le déluge, le phénomène reste limité aux secteurs côtiers et la mer ne couvrira certainement pas les montagnes, ni les Vosges ni les Pyrénées ni les Alpes.
Mais celui dont les biens sont menacés par les vagues, qui risque de perdre son toit et son commerce, voire qui se retrouve enfermé par les eaux au péril de sa vie, n’a rien à faire d’inondations plus fortes et violentes. Son existence, sa vie sont en danger, c’est ça et rien d’autre qui compte !
Dans une telle situation, il y en a qui s’abandonnent, à la panique ou au désespoir. D’autres chercheront à évaluer la situation. J’ai vu hier soir aux informations une jeune femme qui régulièrement prenait la hauteur des eaux dans sa ville, pour pouvoir estimer si sa rue allait être inondée ou pas.
C’est aussi ce que fait Noé. À la différence que la catastrophe a déjà eu lieu, pour lui il ne s’agit plus d’en prévoir les dégâts mais plutôt de savoir si un jour il quittera l’arche sur ses pieds. Et on peut comprendre qu’il aimerait savoir jusqu’à quand durera encore cette incarcération dans une caisse de bois sombre et probablement assez malodorante, avec d’innombrables animaux de toutes les tailles. Durant 150 jours, la pluie n’avait pas arrêté, et ce n’est que 75 jours après la fin des pluies que l’arche échoue sur un pic de montagne. Et comme l’arche devait avoir un tirant d’eau assez important, il leur fallait encore 45 jours avant de voir les premiers pics de montagne. Neuf mois révolus sans avoir vu de la terre… la catastrophe n’est plus événement mais situation !
Noé envoie donc un oiseau, les nations modernes utiliseraient un avion éclaireur, éventuellement même un drone. Ou encore évalueraient la situation à partir des photos prises par des satellites. Mais on fait avec ce qu’on a… et finalement, la colombe apporte un brin d’olivier tout frais. Il y a de l’espoir, quelque part dans les environs, les oliviers portent de jeunes feuilles. La fin, ce n’est pas ce caisson ridicule rempli de bêtes et de bestioles, de coins sombres et d’odeurs désagréables. Il y aura une vie après la catastrophe, les survivants pourront vivre.
Il y a une vie après la catastrophe. Plus rien ne sera comme avant, mais on vivra. À la survie, se substituera à nouveau la vie. Avec de nouvelles sensations – quand à la fin d’une beuverie 25 % de la population masculine du monde sont ivres-morts, c’est un record difficile à battre ! – et de nouveaux conflits familiaux – visiblement, la cohabitation entre frères (et belles-soeurs?) est difficile – mais aussi avec cette grande promesse : la vie continuera. La terre n’arrêtera pas de tourner. Il y aura toujours un demain et un lendemain. Un lendemain qu’ils ne vivront pas seuls, mais en compagnie de Dieu, qui s’est lié à eux par un contrat.
Neuf mois de crainte, d’enfermement, dans un endroit qui devient de plus en plus serré et de moins en moins agréable – et une nouvelle vie commence. Encore, elle ne change pas tant que ça, mais déjà on respire l’air frais, et rien que le nez dans l’air Noé se sentira moins enfermé. Et peu à peu, il découvre un monde émergeant, qu’il explorera plus tard.
Des eaux du déluge naît un monde nouveau. Avec les catéchumènes de tous âges, nous réfléchissons cette année sur le sens du baptême. Vous pouvez d’ailleurs toujours vous y joindre, il y a des places dans le groupe des adultes ! Le baptême, qui symboliquement engloutit et submerge toute la vie ancienne, pour mener à une vie nouvelle, une vie avec le Christ et sous d’autres conditions qu’avant. C’est de ce changement d’habitat dont parlait Michel Block dimanche dernier qu’il est question ici. Tout sera comme avant, sauf que plus rien ne sera comme avant… l’aspect extérieur ne change pas, mais intérieurement, tout change.
Et comme le baptême est qualifié de nouvelle naissance, vous avez certainement remarqué que les neuf mois que Noé passe dans l’arche avant de mettre le nez à l’air, correspondent à la durée de gestation humaine. Neuf mois, et à la fin plus rien n’est comme avant. Alors que la seule différence fondamentale entre avant et après la naissance, est ce cordon ombilical. Et l’air. À la naissance, on ne gagne ni ne perd de pieds ou de doigts ou de cellules grises. On change d’habitat, et de nourriture. Noé aussi, d’ailleurs, il mangera de la viande désormais.
Les hommes ont bien des façons de cacher l’obéissance dans d’autres mots. Nous qualifions un enfant obéissant de sage, alors que sa seule sagesse est de se subordonner. En allemand, c’est même par bravoure qu’on nomme l’obéissance ! Noé, l’obéissant, sera qualifié de modèle de foi, dans l’épître aux Hébreux. Je pense plutôt que Noé était un homme qui toute sa vie durant n’avait fait que ce qu’on lui demandait. Jusqu’au déluge, il vivait avec son grand-père, et son père était mort très peu avant le déluge. À 600 ans, Noé n’était pas chef de famille, et il n’y avait pas d’émancipation dans les familles archaïques, sauf en émigrant comme Abraham. Obéir ne veut pas dire faire confiance et foi, obéir veut dire se soumettre. Mais cette soumission a sauvé la vie à Noé et sa descendance. Le grand-père a péri, mais il était vieux comme Mathusalem – facile, c’était Mathusalem ! (juste pour voir si vous suivez…)
Jésus, lui, demande aux disciples d’avoir foi en lui. Leur catastrophe ne dure que quelques heures, mais contrairement à Noé ils n’y étaient pas préparés. Et puis, comme je disais, une catastrophe ne devient pas moins catastrophique seulement parce que d’autres auraient vécu pire. Par contre, nous la vivons moins mal si nous savons, au fond de notre cœur, que la catastrophe n’aura jamais le dernier mot. Qu’il y a toujours de la vie à la fin de la mort, que Dieu est plus fort que la mort et que toute souffrance, même s’il prend parfois du temps à intervenir. Jésus n’est pas arrivé à temps pour guérir Lazare, ce qu’on lui a d’ailleurs vivement reproché ; il a pleuré de chaudes larmes sur sa tombe… mais il n’a pas laissé à la mort le dernier mot. Avoir confiance en Dieu, c’est voir une lumière à la fin du tunnel, et c’est savoir aussi que cette lumière n’est ni le Capitole ni le Paris-Bordeaux. Parfois, il faut le vouloir, s’y accrocher sans raison apparente. Parfois nous y sommes forcés, comme l’enfant à naître qui probablement ne sait pas qu’à la fin de ce tunnel qu’il doit passer, il n’y a pas seulement la lumière mais aussi Papa qui l’attend pour le prendre dans les bras. Prenons donc Noé comme exemple, faisons ce que nous devons faire – et comme, contrairement à lui, nous connaissons Dieu, ayons confiance en lui. Confions-nous à Dieu, il fera en sorte que tout finira merveilleusement bien !
Amen.

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