l’esprit de l’horizon large

Chants : ARC 72, 1.3.5 ; 575 ; 361 ; 570
Lectures : AT : =pr
Épître : Rom. 12, 1-3(4-8) Évangile : Mt 3, 13-17
PR : Es. 42, 1-4(5-9) – lu plus tard.

Le baptême du Christ, c’est une petite Pentecôte. Encore, ce n’est que sur lui que se pose, visible pour tous, l’Esprit de Dieu. A la pentecôte, ils seront nombreux. Et comme la Pentecôte est la fête de départ de l’aventure apostolique, le baptême du Christ est le point de démarrage pour sa vie de rabbin itinérant.
Là où se montre l’Esprit de Dieu, commence quelque chose de nouveau, d’inouï et de jamais vu.
C’était vrai lors de la création, où l’Esprit de Dieu plana au-dessus des eaux. Le prophète Ézéchiel a d’étonnantes visions de la puissance de l’Esprit de Dieu. Et à peu près à la même époque, le prophète qu’on appelle souvent « le 2e Ésaïe », dont nous trouvons les paroles dans les chapitres 40 à 55 du livre d’Ésaïe. Ecoutons ces versets du chapitre 42 : (Lecture Es. 42,1-9)
Ces paroles s’adressent à un pays meurtri par des années de guerre, de siège et notamment par la déportation de son élite, sa noblesse et ses artisans. Il ne lui restent que les paysans – mais qui manquent des outils les plus basiques, parce que les forgerons qui savent faire des socs, mais aussi des armes, ont été déportés. La capitale est une ruine ravagée par le feu et vide d’habitants. Le temple n’est plus, et où est le Dieu qui habitait ce temple, n’a-t-il pas perdu la bataille contre les dieux babyloniens ?
Je suis là, dit Dieu. Je suis là, et je vous promets un changement radical. Je vous promets un chef qui n’a pas les allures de soldat, qui ne vous traite pas comme des sujets mais comme des membres de sa famille. Il ne viendra pas pour démolir, mais pour réparer, pour guérir, pour raviver et ranimer, pour apporter vérité et droit.
Cet homme, c’est celui en qui Dieu a plaisir, et sur lequel se pose l’Esprit de Dieu pour lui donner la capacité de faire ce qu’il fera.
C’est un homme très attendu en Israël depuis cette annonce, et maintes fois ils croyaient l’avoir devant eux. Néhémie, Esra, mais aussi Xerxes le roi des Perses ont été évoqués.
Mais finalement, ce sera Jésus, au moment de son baptême, sur lequel se posera l’esprit, visible car sous forme d’une colombe. Sur ce point, les quatre évangiles sont d’une unanimité plutôt rare entre eux. Jésus, qui est ainsi manifesté comme le Messie, le serviteur de Dieu promis par Ésaïe et les autres.
Je vous avoue que j’ai fait des nuits blanches autour de ce passage. À cause de son actualité flagrante. Alors que je n’ai pas l’habitude de faire de la politique en chaire – mais là, ça s’impose.
Ce pays, notre pays, vit la crise. Rien à voir avec la crise de Juda à l’époque du 2e Ésaïe, mais… les habitants ont peur de l’avenir. Les uns ont peur pour eux-mêmes, les autres pour leurs enfants et petits-enfants. Et la conséquence est compréhensible : Les portes et les volets se ferment. On ne veut plus de cet autre qui risque de grignoter sur notre pain.
Dans les Églises, le même phénomène : on ferme les volets, on veut rester entre pairs. Les autres – ah, s’ils cherchent à se rapprocher de nous c’est qu’ils veulent nous accaparer, et s’ils ne le font pas c’est qu’ils sont hautains et se prennent pour les seuls vrais chrétiens. Et puis qu’est-ce qu’on a à faire des évangéliques qui prennent la Bible à la lettre, et des catholiques qui ne font qu’hérésie sur hérésie et ne sont pas de vrais chrétiens… (ça, c’est écrit dans la Confession de La Rochelle ! Mais ne sommes-nous pas avancés depuis ?) Ce communautarisme qui dans le domaine de l’Église reste sans conséquences visibles – mais a des suites extrêmement graves puisqu’il charcute littéralement le corps du Christ qui se constitue de TOUS les chrétiens ! – sur le champ public il suscite de drôles de fleurs. D’un côté, un immigré qui chante la haine contre les immigrés. Un africain qui apprend aux Dupont et Durand de se méfier des gens à peau tannée.
De l’autre côté, une République qui ne sait pas répondre à ces paroles autrement que par la censure. Or, la censure fait partie de la définition de l’État totalitaire. Et, sans oublier qu’elle est incompatible avec les Droits de l’Homme dont la France revendique d’être la patrie, la censure n’est rien d’autre que ce que fait ce chanteur, que ce que font les racistes : c’est la tentative d’uniformiser la population en interdisant, non pas l’apparence divergente (ça, la France le fait entre autres en interdisant la Burqa) mais la pensée divergente. C’est l’intolérance qui s’est saisi du drapeau de la tolérance pour éliminer tous ceux qui ne pensent pas comme elle.
Comprenez-moi bien, je trouve écœurant ce que j’ai pu entendre de la bouche de ce Dieudonné. Mais en tant que démocrate, et surtout que chrétien, je me dois de défendre surtout les gens que je n’aime pas, parce que défendre ses amis, c’est à la portée de tout le monde et « les païens le font aussi ». Au nom de la liberté d’expression, je dois défendre la liberté d’expression de l’intolérant – et lui répondre, lui faire opposition, mais pas l’interdire.
Sous prétexte de tolérance, est interdit un spectacle de Dieudonné. Sous prétexte de tolérance, sont épinglés les « manif pour tous » : parce qu’ils manifestent contre l’opinion du gouvernement, ils sont emprisonnés. Sous prétexte de tolérance, est imposé un code vestimentaire à des personnes qui considèrent cette tenue comme honteuse. Oui, il y a des gens pour qui sortir tête nue est tout aussi honteux que pour nous de sortir le popotin à l’air. Et si vous voulez un indicateur de la gravité de la situation : en ces quelques 20 mois de présidence, il y avait plus de lettres à adresser à François Hollande que durant le quinquénat de Nicolas Sarkozy, qui lui n’était déjà pas réputé droitdel’hommiste…
L’évolution dans notre pays va donc à l’encontre de ce que Dieu promet par la bouche du prophète : je ferai de toi le gage de mon engagement vers l’humanité entière, la lumière de toutes les nations. Tu feras sortir de prison les prisonniers, tu amèneras à la lumière du jour ceux qui n’ont plus de perspective. Et la cité de Dieu sera une ville ouverte qui accueillera toutes les nations qui viennent vers elle pour participer à ses richesses, et pour apporter leurs richesses. C’est la promesse qu’il fait à son serviteur. Au Christ Jésus. Au Christ dont nous sommes le corps, comme l’écrit Paul aux Ephésiens et aux Corinthiens. Au Christ avec lequel nous ne faisons qu’un, comme l’écrit l’apôtre Jean. Par conséquent, cette promesse – et cet ordre ! – s’adressent à nous, qui sommes partie du Christ. À nous donc de nous opposer aux obscurantismes de tous genres, aux idées totalitaires et intolérantes autant envers l’apparence différente qu’envers la pensée différente. À nous de ne pas fermer, mais au contraire d’ouvrir les portes et les fenêtres, pour laisser souffler et se poser l’Esprit de Dieu, pour accueillir l’autre, pour le découvrir, pour voir le monde aussi de ses yeux à lui et lui montrer notre vision du monde, celle du Christ. À nous de ne pas faire de grands discours dans la rue, mais de soutenir les faibles. De remplacer la parole par l’acte. De rétablir le droit de celui qui ne peut pas se faire droit. Que Dieu dans sa sagesse nous y amène, nous guide et fortifie.
Amen.

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