à Dieu la gloire

Chants : ARC 138 ; 257, 1-4 ; 374 ; 363
Lectures : AT : És. 61, 1-3(4-9).11.10
Épître : 1Jn. 5, 11-13 Évangile : Lc 2, 41-52
PR : Rom. 16, 25-27

Vous avez tout compris. – Non ? Ah. Ben… moi non plus. Enfin, pas à la première lecture. Mais suivons un peu la trace de ce petit passage, allons voir d’où il vient : il s’agit en fait, d’après ce que j’ai pu lire, d’un réponds liturgique. Réponds qui peut-être se disait en plusieurs volets.
Si maintenant le mot « réponds » vous fait penser au rite romain, je vous réponds : oui – mais non. Imaginez plutôt une Église africaine, où on sait souvent mieux exprimer l’enthousiasme pour la foi que dans nos Églises européennes, qu’elles soient protestantes ou catholiques. Donc, imaginez un célébrant : à celui qui a le pouvoir de vous affermir, à Dieu, seul sage – et l’assemblée répond : gloire à lui !
Mais quel dieu, il y en a tant dans la nature et dans les airs ? Donc, le célébrant reprend et précise : à celui qui a le pouvoir de vous affermir, comme il est dit par l’Évangile que j’annonce quand je parle de Jésus-Christ – et l’assemblée répond : gloire à lui !
Et le célébrant reprend encore, jamais deux sans trois, et précise ce qu’est cet Évangile. Ce qui nous donne l’intégralité de notre passage : A celui qui a le pouvoir de vous affermir selon l’Évangile que j’annonce en prêchant Jésus Christ, selon la révélation d’un mystère gardé dans le silence durant des temps éternels, mais maintenant manifesté et porté à la connaissance de tous les peuples païens par des écrits prophétiques, selonl’ordre du Dieu éternel, pour les conduire à l’obéissance de la foi, à Dieu, seul sage – et l’assemblée répond : gloire, par Jésus-Christ, aux siècles des siècles, Amen ! Et moi aussi, j’ai envie de dire Amen. Quel chant de gloire !
En ces quelques mots, est contenu tout ce que Paul a écrit dans sa lettre aux chrétiens de Rome. Bien sûr, il a développé ses thèmes, mais le condensé, c’est ce qui s’exprime dans ce réponds liturgique. Une affirmation brève, dense, ronde, le nœud pour fermer le sac comme disent les jeunes. Donc, un passage fait pour ce premier dimanche de l’an 2014, pour fermer le sac 2013, tirer un trait sous le bilan de l’année, et en même temps pour donner le la à l’année qui débute.
J’imagine que vous avez fait le bilan de l’année écoulée – du moins, j’ai entendu souvent ces derniers temps le souhait « que l’année qui vient soit meilleure », ou des remarques de ce sens. Je suppose que chacun entre nous a vécu des moments heureux et des périodes dures – et que souvent, ces dernières l’ont emporté, dans la mémoire, sur les joies. Accompagner un malade, voire un mourant, voir se détériorer une famille, et ne rien pouvoir faire pour empêcher l’évolution… c’est devenu typique pour notre époque. Et pourtant. Quand notre passage de ce matin a été créé, la mortalité était nettement plus importante, la durée de vie moyenne juste la moitié de la nôtre. J’aurais été un vieux, moi que vous appelez jeune ! Il n’y avait pas moins de maladies, de souffrance et de mort à l’époque, c’était différent – c’est tout.
Mais je me demande pourquoi nous avons tant de mal à nous enthousiasmer pour notre Dieu, alors que les chrétiens des quartiers pauvres de la Rome antique y arrivaient, alors que les pauvres des bidonvilles et townships africains, sud-américains et est-asiatiques nous donnent l’exemple. Qu’est-ce qui nous manque – ou qu’est-ce qui nous sature ? Est-ce qu’il nous manque justement d’être vraiment confrontés jour après jour à la mort, la faim, la précarité, la maladie, pour arriver à reconnaître que somme toute, même avec nos soucis de santé nous vivons plutôt bien ? Sans oublier que bon nombre de nos maladies sont justement la conséquence de notre vie trop confortable… Est-ce que la précarité nous apprendrait à remercier Dieu pour tout ce qu’il nous donne ?
J’espère que non.
Mais j’espère pour nous que nous arrivons encore à nous réjouir. À vraiment nous réjouir comme un enfant qui reçoit un cadeau. Quoi que, beaucoup d’enfants semblent, eux aussi, déjà tellement saturés qu’ils n’arrivent plus à se réjouir. À entendre vos souvenirs de Noël de votre enfance, c’était encore une fête magnifique, et vous vous réjouissiez de cette orange et ce sucre d’orge, parce que c’était un délice que vous n’aviez qu’une fois dans l’année. Aujourd’hui, la joie se perd. Sous les quantités de cadeaux, ou encore sous le poids de nos attentes.
Et le charentais est exigeant ! Il ne se contente que du meilleur, quand il n’y a rien à redire, il est content, sinon il se doit de redire. Quelle chance que Dieu est charentais, qu’il est tout aussi exigeant et que le meilleur lui est tout juste assez bon – pour nous le donner !
Le meilleur qu’il a, c’est lui-même, en la personne de son fils. Voilà le mystère dont notre hymne dit qu’il était gardé depuis la nuit des temps mais maintenant révélé par des prophètes. Non pas les prophètes de l’Ancien Testament, mais des hommes et probablement aussi des femmes qui parlent, inspirés par l’Esprit de Dieu. Des hommes et femmes comme Siméon et Anne, dont nous avons entendu parler la semaine dernière. Peut-être aussi comme les prêtres du temple, avec lesquels s’entretient le jeune Jésus et desquels il se fait instruire. Comme les bergers de Bethléem, comme les mages venus d’Orient.
Dieu s’est donné pour nous, il est devenu un être humain comme nous qui a faim, qui a soif, qui a mal au ventre, qui a fait dans sa couche quand il était bébé, qui a pleuré pour son ami mort. Dieu est devenu un être humain, et il a connu en ses propres entrailles tous les chagrins que nous portons dans nos entrailles et sur nos cœurs.
La meilleure nouvelle que le monde ait entendu depuis des lustres. Mais, que nous entendons presque tous – depuis des lustres. Depuis notre tendre enfance, pour la plupart d’entre nous. Donc, c’est peut-être devenu une habitude.
Mais comme une orange peut rappeler les souvenirs des Noël d’antan, à condition peut-être de la savourer lentement, segment par segment, comme vous faisiez quand vous étiez enfant, pour en profiter plus longtemps, ainsi la Bonne Nouvelle de Dieu venu dans le monde peut redevenir Nouvelle, et Bonne de surcroît.
Et Dieu, qui connaît nos faiblesses pour les avoir vécues, nous affermira. En d’autres mots, il nous donnera la force d’esprit, de cœur et de corps pour vivre ce jour, pour vivre demain. Il va nous surprendre, croyez-moi, et alors, il ne nous reste plus qu’à dire, non : à clamer, à crier, à chanter : Gloire à Dieu, car il a fait des merveilles ! Ou, en bon charentais : Ce que Dieu a fait, il n’y a rien à redire, c’est même pas mal du tout !
Amen.

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