Immanuel – Dieu avec nous

Chants : ARC 96 ; 178 ; 356 ; 351
Lectures : AT : =pr
Épître : 1Jn. 1, 1-4 Évangile : Lc 2, 25-38
PR : Es. 49, 13-16

La fête est finie, le quotidien reprend tout doucement son rythme, interrompu encore par le réveillon du Nouvel An… Nous avons passé de bons moments en famille.
Ou peut-être pas.
Car – et c’est bien triste – je connais un certain nombre de personnes qui ont passé les jours de Noël tout seuls, ou juste dans l’intimité du couple. Seuls parce que leur état de santé ne leur permet pas de réunir toute la famille chez eux, seuls parce qu’il y a des conflits en famille, seuls parce que…
… il y a beaucoup de raisons, mais pour la grande majorité des personnes concernées, ce n’était pas du tout leur choix.
Et si jusqu’ici, nous n’avons pensé qu’à ceux qui étaient chez eux, dans leur maison et quand même devant leur sapin ou au moins à leur table, il y a aussi les autres. Ceux qui ont passé les fêtes à l’hôpital. Ou en prison. Ou sous les ponts. Et puis les millions de personnes qui était tout sauf seules mais qui manquaient de toute intimité, parce qu’ils se trouvent dans les camps de refugiés, ou dans les abris, des zones de guerre et de guerre civile.
Bref, beaucoup d’hommes, femmes, enfants pour qui la joie de Noël reste une chimère, voire un gag publicitaire. Qui se demandent si Dieu les a oubliés, s’il les a abandonnés. Et c’est à eux, les désespérés de ce monde, que s’adresse le prophète.
Et il s’adresse à tous ceux qui ont perdu le charme de la Nuit sainte avec l’aube du lendemain, à ceux qui n’ont pas pu garder la joie de cette nuit unique dans la grisaille du quotidien. Il s’adresse aux désenchantés, ceux que le charme ne tient plus, ceux qui n’en veulent pas, ceux qui s’en languissent… C’est un message plein de tendresse qu’il porte, d’abord à une Jérusalem déserte et détruite, puis aux détruits, aux désespérés, aux abandonnés, aux désenchantés de tous temps et tous lieux.
Est-ce qu’une maman peut abandonner son enfant, oublier l’enfant qu’elle a porté en son ventre, qu’elle a bercé dans ses bras et nourri à son sein ? C’est difficilement imaginable, pour le prophète c’est vraiment impossible. Une mère n’abandonne jamais son enfant. Au contraire, elle le connaît entre beaucoup, même quelques heures seulement après la naissance.
Et Dieu connaît ses humains comme une mère connaît ses enfants. Il leur est aussi fidèle qu’une maman à ses bambins. Oui, même plus : si vraiment il est possible qu’une mère abandonne son bébé – Dieu, lui, ne le fera jamais. Il veille sur ses enfants, de proche ou de loin, qu’aucun mal ne leur arrive, et si malgré sa présence son enfant se blesse, se heurte, il en est tout aussi affligé que l’enfant même.
A-t-il besoin de s’écrire le nom de son enfant sur la main ? Pas plus qu’une maman, j’en suis convaincu. Quand on écrit quelque chose dans la paume de sa main, c’est pour pouvoir le voir à tout moment. Au collège, certains y inscrivent des formules de maths. Plus tard, c’est peut-être un numéro de téléphone, du moins de ma génération qui n’avait pas encore de portable. Ou encore le nom de l’élu(e) du cœur. D’autres inscrivent sur leur peau des mots à l’encre indélébile, en tatouage. Je connais un homme qui a sur les doigts de sa main les lettres l-o-v-e. Quand il fait le poing, on y lit « love », amour. Une réplique à ceux qui y inscrivent, les lettres h-a-t-e, haine.
Les mains sont la partie de notre corps que nous voyons le plus souvent. Et c’est par elles que nous entrons en contact avec notre entourage. Si donc nous inscrivons quelque chose sur nos mains, c’est que c’est important pour nous, ou que nous voulons que tout le monde le lise. Et Dieu inscrit sur la paume de sa main les désespérés de ce monde.
C’est même encore plus fort que ce que nous avons considéré jusqu’ici. Car Esaïe et ses ouailles vivent dans l’Orient, et à l’époque, on y savait encore beaucoup sur les puissances que peut avoir l’un sur l’autre. Déjà savoir le nom d’autrui, pouvoir prononcer son nom et donc l’appeler, constitue un pouvoir sur lui. Mais si j’écris un nom dans ma main, c’est que je l’ai littéralement dans les mains. Il est entre mes mains.
Et ainsi, Jérusalem détruite et désenchantée, les hommes et femmes détruits ou désenchantés sont entre les mains de Dieu. Dans la main de Dieu, où – et c’est le message du prophète – où ils ne sont pas menacés de sa puissance et de sa colère, mais au contraire entourés par son amour et ses soins, « mille soins superflus » comme le dit un de nos cantiques.
Le prophète promet un renouveau. Un nouveau départ. La fin des pleurs et des chagrins, et le début d’un temps de joie. Dans les versets qui suivent, le prophète peint l’image d’une femme à qui on avait pris ses enfants, qui était restée seule, démolie. Et, ô surprise, elle se retrouve entourée des siens, mais non seulement les siens. Il y en a même beaucoup plus que seulement les siens ! « Mais – qui les a élevés, qui les a mis au monde alors que j’étais restée toute seule ? » A la détresse absolue, Dieu substitue la joie entière. La séparation n’est plus, les conflits, les chagrins seront oubliés, la mère aura retrouvé sa raison d’être, un centre dans sa vie, ceux qu’elle aime et qui l’aiment.
Le vieux Siméon nous dit, et nous rappelle tous les ans, que cette promesse s’est réalisée. Non : que Dieu a réalisé sa promesse. Ce qui compte, ce ne sont pas les jours de fête à la lumière des chandelles, ce ne sont pas les paquets-cadeaux, ce n’est pas l’entente familiale durant quelques heures festives, ce qui compte n’est pas non plus la naissance d’un enfant dans des circonstances un peu particulières – mais la venue du Christ dans ce monde. L’enfant nouveau-né est l’homme sur la croix, est le Ressuscité du matin de Pâques, celui qui est assis à la droite de Dieu sur le trône céleste. L’enfant nouveau-né est Dieu venu dans ce monde pour le supporter, pour le porter.
Mais… il l’était déjà hier, déjà l’an dernier !
Oui, nous vivons dans un monde mitigé. Un monde où le Mal et la souffrance sont vaincues, mais ont encore un certain pouvoir. Un monde où le vrai souverain, Dieu, semble souvent absent. C’est pour ça que nous nous réunissons régulièrement, afin de réentendre les paroles d’espérance, afin de voir à nouveau (ou pour la première fois) ce que les autres ne voient pas mais qui inévitablement se prépare, se réalise par-ci et par-là et aussi ce matin dans les lieux de culte, qui se réalise là où des hommes et femmes font la paix, où des parents et enfants se retrouvent, où des nations et peuples cessent les hostilités, où, comme chantait Brel, deux navires ennemis partent ensemble à la pêche.
Afin de retrouver cette espérance qui sort de la bouche d’Ésaïe, mais aussi de celle de Siméon : le Seigneur Dieu est à l’œuvre, il change le monde, depuis la naissance du Christ le monde n’est plus le même. Car désormais Dieu est avec nous.
Amen.

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