Dieu est né dans notre monde

Lectures : AT : (Mi. 5, 1-4a)
Épître : (Tit. 3, 4-7) Évangile : Lc 2, (1-14)15-20
PR : Gal. 4, 4-7

Vous savez pourquoi ce petit passage que nous venons d’entendre me fascine ? Parce que c’est peut-être le récit de Noël le plus ancien qui soit. Et si je m’aventure un peu plus loin, j’arrive même à dire que c’est peut-être le tout premier écrit d’Évangile.

  • Au moment venu, Dieu envoya son Fils :
  • il naquit d’une femme
  • et fut soumis à la loi juive,
  • afin de délivrer ceux qui étaient soumis à la loi,
  • pour que nous puissions ainsi devenir fils de Dieu.
  • Pour prouver ceci, Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie « Mon Père ! »
  • Ainsi, tu n’es plus esclave mais fils ;
  • et donc, tu hériteras de l’héritage des Fils de Dieu.

Tout l’Évangile de Jésus-Christ en quelques lignes. Certes, il n’y a pas la passion ni la résurrection, elles se cachent dans la soumission à la loi et la délivrance des serviteurs de la loi. Il n’y a pas le rabbin itinérant, le guérisseur, l’enseignant, le faiseur de miracles. Et il n’y a pas la crèche, pas les bergers, pas les anges, et si je vais un peu plus loin, il n’y a pas non plus les mages venus d’Orient. Bref, il y manque tout ce que nous aimons tant en Noël.
Et si nous allions encore plus loin ? Au placard les bougies, le sapin, les boules, et bien sûr le vieux barbu en peignoir rouge, au placard le grand repas de famille et les cadeaux…
Les enfants seraient tristes, je crois. Les mamans et les mamies, qui portent la charge principale des festivités, un peu moins. Les papas – je ne sais pas. Les commerçants, eux, pleureraient de grosses larmes, autant ceux qui nous vendent tous ces cadeaux que les épiciers qui resteraient sur leur foie gras, leurs carpes et leurs oies.
Page de publicité, je change de chaîne…
Là, je vois une crèche de Santons. Mais de santons modernes : tout ce qui fait notre vie aujourd’hui, et qu’on peut voir dans nos villages et villes : il y a le boulanger qui se fait livrer de farine. Le boucher qui fait sa tournée en fourgonnette. Les éboueurs. Les mamans qui conduisent les enfants à l’école. Quelques papas aussi. Beaucoup de voitures sur la rocade, il faut aller travailler. L’électricien municipal qui change une ampoule d’éclairage public. L’agent de police municipale verbalisant une voiture mal garée. Le facteur sur sa mobylette. Une vieille femme sur son solex, des baguettes sous le bras. Un chat dans un arbre, un chien au pied de l’arbre. Des pigeons et des mouettes.
Chacun est en train de faire ce qu’il fait toujours. Son train-train habituel.
Changement de chaîne. Une église, un temple, un garage, on ne sait pas trop, mais des hommes et femmes chantent la louange du Christ. Et un petit se lève et demande : « mais, est-ce qu’il a vraiment existé ? » « Bien sûr, disent les anciens, il y en a qui l’ont vu, qui l’ont touché, qui ont mangé avec lui. » Et le petit, qui n’est pas encore satisfait, reprend : « mais, est-ce qu’il avait une maman quand il était petit ? » Les anciens n’y avaient pas prêté attention. « Mais oui, se souvient l’un d’eux, il y a Marie, qui était de l’Église de Jérusalem, c’est sa mère. » Et un autre : « il avait même des frères et sœurs, que nous avons connus. » Tout à coup, ils se rendent compte que les questions du petit sont importants pour eux : Jésus avait une maman, un papa, des frères et sœurs, il était comme nous.
Mais en tout cela, et notre petit texte nous le rappelle, il est important de ne pas perdre de vue que celui qui est né d’une femme comme chacun de nous et comme tous nos enfants, n’est pas QUE l’un de nous. Il est aussi le Fils de Dieu. Il est l’invité de nos festins, le camarade de nos chemins, mais il est aussi celui par qui le monde est créé, et par qui la création est libérée. De la méchanceté, de la convoitise, de la maladie, de la souffrance. Le récit de Luc, que nous avons entendu tout à l’heure et qui nous a mené vers la crèche, nous dit tout cela. Il parle de l’enfant, de ce tout-petit, qui est Dieu et Sauveur et pour lequel le chœur des anges est au garde-à-vous. Son message est : n’oubliez pas que le Fils de Dieu est devenu l’un de vous, qu’il a partagé toutes vos misères et souffrances.
Mais ne perdons pas de vue le Fils de Dieu quand nous contemplons l’enfant dans la crèche – c’est le message de ces quelques lignes de Paul. Dans tout ce qui résonne autour de nous, le bruit des pères-Noël, ho ho ho, et l’effervescence de nos préparations des fêtes de fin d’année, ne perdons pas de vue qu’au centre de tout cela, est Jésus le Christ. Et que sa naissance n’est pas une fête qui aura une fin, mais que sa venue dans ce monde a changé le monde une fois pour toutes. Même si parfois nous avons du mal à le voir, à y croire. Depuis sa naissance, tout est différent – parce que Dieu est dans le monde, et là où on ne l’aurait pas cru.
Amen.

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