maranatha

Chants : ARC 33, 2-5 ; 171 ; 307 ; 174
Lectures : AT : =pr.
Épître : Phil. 4, 4-7 Évangile : Lc 1, (39-45)46-55(56)
PR : Es. 52, 7-10

C’est la nuit. Tout d’un coup on entend les cris des veilleurs, les voix des sentinelles, on entend des pas courir, des pas de bottes…
Cela m’évoque des images que je ne connais que de la télévision mais qui pour les anciens parmi nous sont peut-être des souvenirs. Mémoire du temps de l’occupation, de la guerre.
Mais je pense aussi aux chars, et aux troupes de la libération. J’ignore comment elle s’est passée ici, mais je sais qu’à l’Est de la France, où les destructions étaient moins graves, les habitants guettaient les troupes qui passaient et, à l’arrivée des troupes alliées, commençaient à faire la fête. La joie n’était pas forcément de longue durée, parce que le libérateur se montrait parfois sous le même aspect que l’ancien occupant…
Notre passage de ce matin parle de quelque chose de semblable, et en même temps tout différent. Oui, toute la ville est en alarme. Les veilleurs, les gens d’armes responsables de la sécurité de la ville courent en rond, crient… mais : ils n’ont pas à défendre la ville, ils devront ouvrir les portes pour laisser entrer les messagers de la paix.
Oui, les messagers annoncent la libération. Et le Libérateur prendra quartier dans la ville, peut-être juste là où l’occupant avait élu domicile avant lui : au cœur de la ville, aux endroits stratégiques. Mais cette fois-ci ce n’est pas pour exercer á son tour la pression sur la ville, il s’agit d’une véritable libération. Fini la pression, fini l’oppression, fini les corvées, la peur, la souffrance.
Après le texte très dur qui nous était donné la semaine dernière, ce passage est une vraie bouffée d’air frais : levez la tête, car votre délivrance est proche, elle est quasiment arrivée.
Oui, il est en chemin, celui qui changera tout, de fond en comble. Celui qui réalisera les promesses des prophètes, arrivera sous peu. Tous ceux qui pleurent, verront leurs larmes transformées en joie, et ceux qui se courbent sous la charge de leur vie se verront délestés, pourront se relever. Ceux qui sont tombés, il les relèvera, et de ceux qui s’étaient élevés, il causera la chute.
Jérusalem, où ce chant fut chanté pour la première fois, était une ville détruite par la guerre. Le temple avait brûlé, le roi et la noblesse avaient été exilés, la ville manquait d’outils pour la reconstruction et pour la survie. Et Dieu, par la bouche du prophète, promet de renverser la situation.
Par rapport à Jérusalem il y a 2500 ans, nous vivons bien. Nous avons des maisons avec des toits, des appartements chauffés, un lieu de culte bien entretenu et chauffé… et puis, qui n’a pas ses petits soucis ? Somme toute, ça va. On fait aller, il le faut bien.
Pas du tout comme Jérusalem, donc. Et pourtant, l’appel du prophète nous est adressé, à nous aussi : réjouissez-vous, car votre délivrance est proche ! Dieu a pris en main ta vie et ses circonstances, et il fera tout bien. Bien, c’est beaucoup plus que au mieux !
Donc, je vous annonce aujourd’hui : Notre Dieu est victorieux, il a vaincu une fois pour toutes le Mal dans le monde. Nous n’avons plus rien à craindre, nous sommes libres. LIBRES !
Mais, où est votre joie ? Où sont vos cris, vos chants, vos acclamations ? Pourquoi est-ce que je ne vous vois pas sauter de joie ? (Oui, montrez-moi vos cannes!)
L’image que le prophète suscite devant nous, du Dieu victorieux étendant les mains, ses mains libres, n’est pas sans rappeler les représentations anciennes de la Résurrection du Christ : il se lève du tombeau, les soldats sont étendus à ses pieds, il lève les bras en geste de victoire et geste de bénédiction, et en même temps nous montre les mains percées pour nous dire : ne craignez pas, c’est moi !
Au matin de Pâques, les disciples ne criaient pas plus VICTOIRE que nous. Ils restaient muets, enfermés dans leur salle de réunion. Tout comme un peuple en guerre, ils venaient de vivre des moments très tendus, dans la peur de mort – et tout d’un coup, on leur annonce que la bataille finale est battue, que leur roi qu’on donnait perdu et mort, a remporté une victoire glorieuse et irréversible…
Au moment que nous entendons ce message du prophète, le matin de Pâques n’est pas encore venu. Le peuple est encore en attente, en attente craintive, il ne sait pas trop comment interpréter ces pas de bottes, ces alarmes, ces vacarmes.
Le message du prophète donc veut les, veut nous rassurer : n’ayez plus crainte ! Tout est accompli, la victoire est remportée, vous verrez bientôt les hérauts proclamer le Vainqueur. Vous ne le voyez pas encore, mais vous n’avez plus aucune raison de craindre, il est déjà en route vers vous, il vient vers vous, et alors, vous verrez.
Alors, comme l’a dit Marie dans son célèbre cantique, alors tout changera. Les puissants n’opprimeront plus les faibles, les riches ne se rempliront plus les poches aux frais des pauvres, les orgueilleux seront humiliés et les humbles valorisés, les affamés pourront manger, et les victimes seront réhabilitées. Ce sera un monde sans méchancetés, sans injustices. Un monde difficilement imaginable.
Voilà peut-être la raison pour laquelle nous avons tant de mal à nous réjouir ? Parce que nous n’arrivons pas à imaginer, à réaliser dans nos esprits ce qui nous arrive ?
Je ne sais pas si c’est comparable à ce que vous avez ressenti quand vous avez appris que vous étiez libérés de l’occupation, que la guerre était finie. Je ne sais pas, pour ceux d’entre vous qui ont combattu en Indochine ou en Algérie, ce que vous avez pu ressentir en apprenant que votre combat était terminé, qu’on vous enverrait à la maison. Ou vous, les épouses, les fiancées qui attendaient, dans la peur, ce qui pourrait arriver. Je ne le sais pas, j’ai le privilège d’avoir toujours vécu en temps de paix.
Mais je sais que de voir les affamés, les victimes de sécheresses mais aussi de la quête de profit de quelques sociétés occidentales, qui vendent aux Africains des semences de blé, mais de blé stérile, dont le fruit ne pourra pas être semé… et ce à des prix que le fermier ne pourra pas acheter le fruit de son travail… ça me tord les boyaux. C’est une expression biblique, c’est arrivé à Jésus. De voir la souffrance, le chagrin devant la mort d’enfants, comme malheureusement nous voyons tous les jours, que ce soit à Darfour ou au Mali ou encore en Syrie et en Égypte. De voir la haine des uns contre les autres qui ne croient pas comme eux. J’en suis malade. Et je veux croire que la délivrance est proche. Que le Dieu de Paix se montrera incessamment sous peu, victorieux, royal et plein de grâce, et qu’il nourrira les victimes de notre avarice, qu’il hébergera les victimes de nos guerres, qu’il consolera les victimes de nos armes, de notre haine et – presque pire – de notre indifférence. Que seulement ce jour arrive bientôt ! Maranatha, oui, Seigneur Jésus, viens !
Amen.

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