ouvre la porte !

Chants : ARC 72, 3-5 ; 302 ; 321, 6+7 ; 320
Lectures : AT : Es. 40, 1-8
Épître : 1Cor 4, 1-5 Évangile : Mt 11, 2-6(7-10)
PR : Apc. 3, 1-6 (lu plus tard)
Mes parents, enseignants, avaient tous les ans au mois d’avril un conseil dit « des lettres bleues », où était décidé quels élèves, ou plutôt leurs parents, allaient avoir une lettre d’avertissement que peut-être ils devraient refaire l’année. Ces lettres étaient traditionnellement envoyées en enveloppe bleue, ce qui équivaut le cachet bleu-blanc-rouge en France. Quand vous ou quelqu’un de votre entourage a téléchargé par internet un contenu protégé, il se peut qu’on vous envoie un mail d’avertissement. Je suppose que quand on a perdu 9 ou 10 points sur son permis, on en est informé par lettre.
Une lettre d’avertissement qui se joint à tous les bons conseils, aux mauvais résultats qu’on avait déjà, pour dire : c’est ta dernière chance, attrape-là !
Dans la bible, il y a de ces derniers avertissements. Et ce matin, c’est un de ces avertissements qui nous est donné pour la prédication. Au temps de l’avent. Parce que l’avent n’est pas que le temps de préparation des cadeaux et des petits gateaux. C’est le temps de repentance, de s’arrêter pour voir vers où on va. Et la lettre d’avertissement dans la Bible nous dit : vous avez perdu de vue la cause de Dieu ! Vous ne voyez pas pourquoi il vient dans le monde. Oui, vous préparez la crèche pour un bambin mignon, mais vous préférez le laisser là. Pas qu’il vous pose des questions, ou même sorte de cette crèche. Mais, nous dit cette lettre, que vous intéresse comment se préparer à la venue de celui qu’on appelle le sauveur ? Vous, dit-elle, vous avez part à la banalisation de notre foi. Ou bien, nous demande-t-elle, est-ce qu’il vous importe que votre vie d’ici-bas est un entraînement pour la vie auprès de Dieu, la vie éternelle ? A ce lion qu’est la foi, vous arrachez les dents et vous en faites un tapis inoffensif qui ne change plus rien à la vie. Pourquoi ? Vous ne le savez que trop bien !
C’est la communauté de Sardes qui a eu cette lettre, parce qu’elle était trop contente d’elle-même et se reposait sur ses réussites. Alors qu’elle avait perdu le sens pour ce qui compte. Il y a des repos qui nous éloignent de Dieu. Des lettres comme celle-ci, probablement, étaient lues publiquement au culte, et puis… ça devait bouillonner dans la salle. A l’époque, à Sardes.
Lecture Apc 3, 1-6, puis chant : 321,1 : Quand le Seigneur se montrera
Imaginons la réaction du CP à cette lettre. Il ne sait peut-être pas trop que faire. Mais est-ce que c’est vraiment pour nous ? On dit que tu es une Église vivante, mais pour moi tu es mort. Nous ? Nous qui avons notre temple sur la place du marché, et culte tous les dimanches ? Nous qui avons un pasteur ? Non, nous sommes vivants, ouverts au monde, modernes !
Mais, en fait, de qui est-ce que ça dépend si nous sommes Église vivante ? De quelles normes nous mesurons-nous, de celles de la modernité, ou de celles de Dieu ?
La mort d’une Église, ce n’est pas le petit nombre. Ce n’est pas quand il y a peu de réunions. Mais une Église est morte quand elle ne s’attend plus à la venue du Seigneur, à ce qu’il prenne sa place au milieu d’elle. Peu importe combien de réunions elle tient par semaine. Et ce d’autant plus quand l’engagement des uns et des autres n’est pas honoré.
Non, nous ne sommes pas persécutés. Pas en France. Mais l’Évangile est ridiculisé, marginalisé. Ou lessivé, pour mieux s’adapter aux temps. L’Église morte, c’est celle qui marginalise l’essentiel. Celle où il n’y a plus que le pasteur pour parler de foi. Celle où il n’y a plus que les ministres pour parler de l’espérance que Dieu vient dans ce monde. Nos jeunes nous questionnent : A quoi bon d’attendre la venue de Dieu ? Qu’est-ce que ça change ? Qu’est-ce qu’il pourrait changer ? Et tant que nous ne savons pas répondre, dire pourquoi nous désirons ardemment qu’il vienne enfin, nous sommes en danger de mort. Chant 321,2.
N’avons-nous pas plus de souci des finances d’Église que de son message ? Notre inquiétude n’est-elle pas éveillée beaucoup plus par les caisses vides que par les bancs vides du temple ? Là, la mort nous menace ! Non pas parce qu’il y a peu de monde ici, mais parce que nous n’en sommes pas inquiets. Tu es nommée vivante, mais tu es morte. Cela ne concerne pas que les chrétiens de Sardes, mais nous. En même temps, Jésus, si furieux qu’il est, rappelle au réveil : qu’ils se retournent pour voir combien de bienfaits ils ont reçus, et qu’ils vivent en conséquence !
Dieu n’abandonne pas, même dans la grande colère. Il veut réveiller celle qui dort, et fortifier le moribond. Et il veut le faire par nos mains et cœurs. C’est nous qu’il appelle.
Souvent, nous ne maîtrisons pas, nous perdons pied, dérapons. Parce que nous y allons trop cérébralement – ou trop mollement. Parce que nous voulons plaire à tous, être raisonnables… parce que nous vivons trop dans les soucis de ce monde, de l’argent et du pouvoir – et trop peu par la confiance en Dieu.
Réveille-toi, nous dit notre lettre, réveillez-vous et allez chercher ce que vous êtes en train de perdre, ce que vous avez laissé filer parce que ce n’est plus de notre temps. Allons retrouver ceux qui ne s’intéressent plus à la foi chrétienne. Ceux qui ont abandonné tout espoir. Ceux qui ne trouvent rien en nos cultes. Et retrouvons nous-mêmes. Chant : 321,4
Car Jésus n’est pas notre adversaire, il est notre allié. Ce qu’il nous demande, c’est de faire jouer cette alliance, de nous fier à nouveau à lui, et à lui seul. Pour reprendre l’image de l’an dernier, la bûche est dans la cheminée, elle n’a plus de flamme, mais il y a encore de la braise, et un bon souffle peut raviver la flamme.
Et ce que la lettre nous demande, c’est d’ouvrir les portes et fenêtres pour que le souffle de Dieu puisse entrer. Nous nous sommes calfeutrés dans notre tradition huguenote, dans nos façons de faire et façons de ne pas faire, que l’esprit de Dieu a du mal à souffler, à animer la flamme qui nous chauffe. Et du coup, nous nous sommes essouflés dans les tâches de la vie, nous n’arrivons plus à avancer parce que la fumée de la braise, qui ne donne plus de flamme, nous étouffe. Mais Dieu veut ouvrir les portes, il est un Dieu des portes ouvertes ! Il veut entrer chez nous, nous oxygéner, nous rendre le souffle.
C’est l’appel de Jean-Baptiste. C’est l’appel à l’Église de Sardes. C’est l’appel à chacun de nous : ne vis pas en circuit fermé, laisse-toi oxygéner par l’Esprit de Dieu. Les cendres, les poussières qui couvrent nos meubles et qui nous empêchent de respirer, s’envoleront. Et tout le reste, qui a tendance à nous peser sur les cœurs, de la perte en élan et en nombre d’actifs jusqu’au manque récurrent d’argent – tous ces soucis trouveront leur solution. L’important est que notre flamme soit bien nourrie par le souffle de l’Esprit-Saint, et que donc elle puisse éclairer le monde autour de nous. Ce n’est pas pour rien que des communautés nouvellement fondées se donnent le nom de phare : une lumière visible de loin et au service de beaucoup. Soyons phare, nous en avons les moyens. En ouvrant à l’esprit de Dieu les fenêtres et les portes. De nos cœurs et de nos temples.
Amen.

Si vous n’avez pas les paroles du chant indiqué (Arc-en-Ciel 321), les voici :

321. Quand le Seigneur se montrera
1. Quand le Seigneur se montrera,
Trouvera-t-il au monde
Un peuple ferme dans la foi,
Dont l’amour lui réponde ?

2. Quand nous verrons du fond des cieux
Venir le Fils de l’homme,
Les hommes tourneront les yeux
Vers ce Dieu qui les nomme.

3. Nous entendrons, du fond des temps,
Le nom que Dieu nous donne.
Quand l’heure vient du jugement,
Nous croyons qu’il pardonne.

4. Dieu nous attend depuis toujours,
Il nous promet sa gloire.
C’est le Témoin de son amour
Qui conduit notre histoire.

5. Nos lendemains seront bâtis
Avec nos pleurs, nos rires.
Notre destin, c’est aujourd’hui
Qu’il nous faut le construire.

6. Si Dieu opère en nos combats,
Nous en chassons la haine,
Et par sa force en notre bras
S’ouvrira notre chaîne.

7. Le dernier jour est commencé :
Dieu parmi nous s’avance.
Son jour de gloire est arrivé ;
Nous gardons l’espérance.

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