Tu as déjà tout

Chants : ARC 323, 1.3.4 ; 310 ; 311 ; 312
Lectures : AT : Es. 63, 15-16(17-19a)19b-64,3
Épître : Jac. 5, 7-8 Évangile : Lc 21, 25-33
PR : Apc. 3, 7-13

L’Apocalypse nous fait toujours un peu peur. C’est l’écho du calendrier de l’Avent l’an dernier, et c’est ce qu’on entend souvent en parlant de ce dernier livre de la Bible. En fait, il nous touche deux cordes : son langage riche en images – et son message de la venue du Christ, qui n’a que si peu à voir avec les images idylliques du petit bambin entouré de bœuf et d’âne. Et pourtant – ou peut-être justement pour autant – un passage de ce livre nous est donné pour ce matin. Une petite lettre, comme nous en trouvons sept dans les premiers chapitres de l’Apocalypse. Lettres adressées aux Églises de sept villes. La nôtre s’adresse à l’Église de Philadelphie, une petite ville en Asie mineure souvent secouée par des séismes. C’est une lettre plutôt encourageante…
Mais lisons-la dans le détail. D’abord, l’auteur du message, le saint et véritable qui détient la clé du roi David : c’est le Christ lui-même, vérité incarnée et qui participe à la sainteté du Père. La clé de David est la clé du trésor du roi, mentionnée en És.22,22.
Le Christ déclare : Je connais ce que tu fais. Tu as peu de puissance, mais tu as obéi à ma parole et m’as été fidèle. L’Église de Philadelphie est donc une petite communauté, qui ne fait pas le poids à côté des grandes Églises voisines, encore moins face aux autres religions qui l’entourent, mais qui ne s’en laisse pas décourager : elle garde la parole du Christ et lui reste fidèle. Parmi ces autres, est nommée « l’assemblée de Satan », des juifs non-messianiques qui font pression contre la petite Église, mais qui, telle est la promesse du Christ, devront reconnaître leur tort.
Si il est assez facile de transposer la situation de l’Église de Philadelphie sur nous, gardons-nous d’identifier à cette assemblée de Satan quel mouvement qui soit autour de nous, et surtout n’y comparons pas d’Église ! Ce serait, d’une, faire injustice à l’autre Église, et de l’autre fermer les yeux devant la pluralité de formes que peut prendre la résistance au Christ. De toute façon, ce qui est important, c’est beaucoup plus la partie du message qui concerne l’Église de Philadelphie elle-même.
Car il dit, celui qui détient les clés du trésor : j’ai ouvert devant toi uneporte que personne ne peut fermer. Tout comme la soumission des adversaires, il s’agit d’une allusion à És. 60, où nous lisons que les portes de Jérusalem seront ouvertes en permanence pour accueillir les offrandes des Nations. La terre entière viendra apporter ses dons à Jérusalem. Jérusalem, à laquelle l’Église de Philadelphie est idenfiée – puisqu’elle détient déjà le prix de la victoire, qu’elle doit bien conserver.
Le Christ lui promet de ne pas être soumise aux temps de malheur, qui mettra à l’épreuve la terre entière : en se tenant au Christ, elle a déjà passé l’épreuve et n’a plus rien à prouver. Et ce n’est pas la seule promesse : Je vais venir bientôt, dit-il. Et : je ferai du vainqueur une colonne dans le temple de mon Dieu, et il y demeurera. J’écrirai sur lui le nom de mon Dieu et le nom de la ville de mon Dieu : la nouvelle Jérusalem qui va descendre du ciel, envoyée par mon Dieu. J’écrirai aussi sur lui le nom nouveau que je porte. La petite Église de Philadelphie, puisqu’elle a tenu fermement au Christ et a vaincu l’adversaire avec le Christ, deviendra donc un élément porteur de la maison de Dieu. De cette maison dont le Christ est la pierre angulaire. Sur elle, seront écrits le nom de Dieu (que nous ne connaissons pas) et le nom de la nouvelle Jérusalem, ainsi que le nom du Christ.
Les trois noms, gravés dans le corps d’Église comme jadis les commandements dans les tables de la Loi… c’est ainsi que le Christ signera la nouvelle alliance, conclue dans le baptême mais renouvelée après l’épreuve.
Si ce petit message ne concernait que l’Église de Philadelphie au 1er siècle après la mort du Christ, il n’y aurait pas eu raison de le garder pour la chrétienté entière. Mais au contraire, il nous a été transmis parce qu’il a de l’importance pour nous. Non pas parce que notre communauté est également une petite communauté entourée de bien d’autres, bien plus grandes, et dans un environnement pas forcément pro-Christ. Non, ce serait trop simple, et l’Apocalypse n’est pas un livre à traduire 1:1 sur notre situation.
Si la lettre à l’Église de Philadelphie nous est transmise, c’est parce qu’elle s’adresse, en fait, à la chrétienté entière. Dont nous.
Des siècles durant, la lecture de l’Apocalypse a fait peur aux chrétiens. Ils y ont lu des menaces, des dangers. D’autres ont essayé de traduire les images flamboyantes de ce livre par des événements historiques. Et ils ont tous faux.
Jésus parle, par moment, en images apocalyptiques. Nous en avons entendu un échantillon en lecture d’Évangile, tout à l’heure. Des prophètes ont eu des visions apocalyptiques. Ce qu’ils voulaient dire, c’est qu’avec le Dieu vivant, on ne s’engage pas à moitié. Quand on lui donne le petit doigt, il ne prend pas seulement la main, ou le bras, il prend l’homme tout entier. Donc, on s’engage ou on s’abstient, mais on ne fait pas les choses à moitié. Et surtout, ils veulent nous rappeler que la vie avec Dieu n’est pas un jeu d’enfants. C’est une aventure. Aventure qui se finira heureuse, mais aventure quand même. Et dans tout cela, ils veulent nous encourager. Parce qu’il faudra s’accrocher. Parce qu’il faudra de la persévérance, nous l’avons entendu la semaine dernière.
Et ils veulent nous dire qu’à la fin, l’aventure n’aura pas été vaine. Il y aura une grande récompense, une grande joie qui vaudra beaucoup plus que tout ce que nous pouvons endurer sur terre.
Voilà pourquoi nous lisons cette lettre ce matin : pour qu’elle nous encourage à rester fidèles. Qu’elle nous aide à relever la tête si nous avons le nez sur le guidon ou carrément sur les chaussures. Qu’elle nous inspire à reprendre confiance là où nous désespérons.
Avec l’Église de Smyrne, celle de Philadelphie est celle parmi les sept Églises qui ne doit pas entendre de reproches. Et ses louanges sont plus grandes que celles de Smyrne, puisque Smyrne doit subir des souffrances, alors que Philadelphie a déjà passé par toute épreuve. Plus que Smyrne, Philadelphie peut donc nous servir de modèle, modèle pour une vie de foi réussie.
Il n’y a pas trente-six règles à suivre, nous les connaissons : aime Dieu, et aime ton prochain.
Et alors, notre chant « comment te reconnaître » aura sa réponse : « tu n’as pas besoin de me reconnaître, parce que moi, je te connais, et je te trouverai, je t’ai déjà ouvert la porte. »
Amen.

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