Occupe-toi de tes…

Chants : ARC 42A, 1.3 ; 303 ; 617 ; 544
Lectures : AT : Job 14, 1-6
Épître : =pr. Évangile : Lc 17, 20-24(25-30)
PR : Rom. 14, 7-9

Ce passage est souvent lu lors d’un enterrement, pour rappeler que la promesse du Christ ne s’arrête pas avec notre décès, mais continue dans l’au-delà. Il est vrai, Paul reprend ici une vérité qu’il a exprimée quelques chapitres plus tôt : rien, mais vraiment rien du tout n’a le pouvoir de nous arracher de la main de Dieu. Dieu qui n’a même pas épargné son fils, dans le seul but de nous sauver.
Le message central de l’Évangile.
Mais ici, Paul lui donne une autre couleur. Ce n’est pas tant le reconfort spirituel qui domine nos trois versets, mais l’effort que Paul nous demande : dans la vie et dans la mort, nous n’existons pas pour nous-mêmes. Notre existence ne nous appartient pas. Et par conséquent, nos actes ne nous appartiennent pas. Tout appartient au Seigneur.
Et donc, c’est au Seigneur de décider ce qu’il en fera. Mais aussi à lui de dire s’il trouve bien ou pas bien ce que nous faisons.
Pas très commode, ça… mais rassurez-vous, Paul ne dit pas cela pour nous faire peur, il ne veut pas que nous craignions que le Christ ne nous aime plus. Ce n’est pas son intention, tout au contraire. Cependant, il s’attaque à notre fâcheuse tendance de savoir ce qui est bien pour les autres. Comment prier, comment agencer notre semaine, comment manger… tout est bien, dit-il, tant que nous le faisons dans la conviction que le Seigneur en est content. Entre parenthèses soit dit que Paul ne semble pas faire de concession sur la 2e table de la Loi, qui traite de vol et meurtre, d’aberrances sexuelles et de mensonge, et finalement de la convoitise. Ce n’est pas de ça qu’il parle, là le bon sens et les lois civiles déjà devraient endiguer les idées – et puis, le commandement de l’amour du prochain ne laisse plus de grosses marges…
A quelques exceptions près, ce n’est pourtant pas sur ces questions-là que nous nous basons quand nous voulons décider qui est un bon chrétien et qui ne l’est pas. C’est, au contraire, la question d’aimer Dieu de la bonne façon : de ne pas l’insulter, de venir au temple bien régulièrement, de payer la cotisation pour l’Église. (Sauf que depuis des lustres ça ne s’appelle plus cotisation mais don, et un don est toujours librement consenti… mais là encore c’est juste une parenthèse.) Là, Paul dit – et j’entends les pleurs du trésorier de notre Église – que c’est à chacun de faire comme il le sent, non pas face à lui-même ou à son conjoint ou à l’opinion publique, mais comme il le sent devant Dieu. S’il agit par conviction de faire bien devant Dieu, qu’il agisse ainsi. Et même si ça veut dire qu’il ne vient au temple que tous les 36 du mois et qu’il ne cotise pas.
Parce que donner par la contrainte… n’est-ce pas du chantage ? Venir au culte par la contrainte, n’est-ce pas hypocrite ? Et Dieu ne nous veut pas hypocrites, il nous veut sincères et droits.
Et notre regard sur les autres… remettons-le très vite dans nos sacs et cabas. Comme aux derniers jours, personne ne peut dire « Christ est ici, je l’ai acquis », nous ne pouvons pas non plus dire « untel est avec Christ, et unetelle ne l’est pas ». Il ne nous est pas permis de traiter celui qui ne vit pas sa foi comme nous, de faux chrétien.
C’est le côté œcuménique de notre passage : que nous chantions des hymnes en latin, des psaumes du XVIe ou des spirituals ou du JEM, l’important est de chanter à Dieu. Que nous fassions le signe de croix pour la bénédiction ou pas, que nous baptisions à la main ou dans une rivière, que nous baptisions de petits enfants ou non, seul compte notre attachement au Christ. Que nous recevions la Cène dans la main ou dans la bouche, quenous la célébrions au vin ou au jus de raisin ou même comme dans certains pays lointains, que nous la célébrions à la noix de coco et au lait de coco… la grâce de Dieu n’en dépend pas.
Mais le centre du message reste « occupe-toi de ce qui te concerne, Dieu se chargera du reste. » Tu n’es pas maître de ton frère ou de ta sœur, mais – son frère. Ou sa sœur. Si Dieu n’est pas content de lui ou d’elle, il le lui fera savoir, mais ce n’est pas à toi de t’élever en surveillant.
Et ce sera très bon pour nous tous de regarder chacun son propre chemin. Sinon, il pourrait nous arriver de nous moquer des « grenouilles de bénitier » qui courent à la messe chaque matin, alors que nous, nous avons la Bible… mais que peut-être nous ne lisons pas souvent… et qui peut juger de la sincérité de la foi de l’autre ? Qui est plus sincère, celui qui cherche le Christ dans la lecture d’Évangile, ou celui qui le cherche dans le sacrement de son corps ? Dieu seul le sait, et laissons donc à Dieu seul d’en juger.
Oui, c’est difficile. Nous sommes tellement conditionnés à être en compétition, que c’est dur à admettre que l’accès au paradis ne se fait pas par concours où seuls les 144’000 premiers gagneront. Il est de la nature humaine de chercher les poux dans la fourrure des autres, de montrer le meilleur de soi en montrant les failles des autres… mais ce n’est pas ainsi dans le Royaume de Dieu ! Le Royaume de Dieu, donc l’Église du Christ, ne fonctionne pas en compétition, mais c’est une grande famille. Une famille où nous n’avons pas à prouver notre valeur, à être le premier – mais au contraire, où il nous est demandé de nous mettre au service des autres, pour le bien de l’ensemble. D’apporter notre part au bon fonctionnement de tout, comme la femme de chambre et le voiturier apportent leur part au fonctionnement du Grand-Hôtel tout comme le directeur et le chef de cuisine. Chacun à sa place, et que chacun donne son mieux.
Souvent, ce n’est qu’au moment des adieux que nous confions nos amis et nos proches à Dieu. Paul nous rappelle que nous appartenons au Christ à tout moment. Pas seulement au départ, de surcroît au grand départ pour l’éternité – non, déjà maintenant. Nous pouvons donc lui faire confiance qu’il fera au mieux avec nos amis, nos proches, nos enfants… même pour ces enfants, frères et sœurs, maris, épouses et amis pour lesquels nous avons du chagrin parce qu’ils ne semblent rien vouloir entendre du Christ, nous pouvons faire confiance à lui. Il fera ce qu’il jugera nécessaire. Pour l’aider, nous n’avons qu’à être ceux que nous sommes : enfants de Dieu.
Amen.

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