lève-toi !

Chants : ARC 116, 1.3.5-7 ; 405 ; 615 ; 471
Lectures : AT : Ex. 34, 4-10
Épître : Eph. 4, 22-32 Évangile : Mc 2, 1-12
PR : Jn. 5, 1-16

Dans la cour d’une école parisienne, un enfant s’étouffe et tombe par terre. Les élèves sont ahuris, mais une femme qui passe juste devant la grille, se fraye le chemin vers l’enfant et lui sauve la vie : c’est une infirmière. Peu après, elle est assignée en justice, pour avoir pénétré dans une cour d’école sans autorisation, et pour avoir porté des signes religieux ostentatoires dans la cour d’une école laïque. En fait, il s’agit d’une diaconesse qui portait son habit…
C’est la version moderne, bien de chez nous, de ce qui arrive à Jésus dans notre passage. Quand les autorités cherchent à savoir qui a guéri cet homme malade depuis 38 ans – 38 ans !! Vous imaginez 38 ans d’infirmité ? – ce n’est pas pour connaître le grand bienfaiteur, pour le remercier et lui donner une médaille, non, c’est pour l’assigner parce qu’il a violé la loi sur le Sabbat. A la différence à notre diaconesse, que Jésus n’a pas agi en urgence mais qu’il a probablement cherché la confrontation, et choisi le jour du Sabbat pour cette guérison. Néanmoins, nous sommes invités à questionner nos échelles de valeurs. Et je ne parle même pas de quelques réactions lamentables sur la catastrophe humaine devant la côte de Lampedusa, entre autres par un ancien candidat à la Présidence de ce pays, j’ai oublié son nom, qui prône la France française et catholique… mais qui aurait bien fait de mieux écouter le pape François avant de parler.
Mais là n’est pas le centre de notre épisode. Au centre, nous trouvons Jésus, bien sûr, et un malade. Un malade qui depuis 38 ans reste près de cette fontaine, à attendre le miracle qui s’y passe de temps en temps, et à espérer que peut-être cette fois-ci il sera le premier à entrer dans l’eau au moment du miracle, et donc de trouver guérison. Ou peut-être, qui a abandonné tout espoir, qui donc a franchi depuis longtemps la porte de l’enfer, du moins celle que décrit Dantè dans sa Divina Commedia. J’ai l’impression qu’il s’est complètement résigné en sa situation, qui en 38 ans ne s’est pas améliorée. Et Jésus, maintenant, lui tombe dessus, lui propose la guérison. Le malade n’arrive même pas à dire « oui, je veux bien », il est tellement enfermé en son éternel échec qu’il ne comprend pas la proposition de Jésus.
Jésus le guérit quand même. Il n’a pas besoin de nos demandes bien formulées pour nous venir en aide. Et l’homme s’en va, il a retrouvé la force physique, pour la première fois depuis 38 ans il marche droit sur ses pieds. Il ne semble pas avoir dit merci.
Et quand les autorités juives le questionnent, parce qu’il n’aurait pas respecté le sabbat – entre nous soit dit, c’est une accusation complètement ridicule pour quelqu’un qui vient de terminer 38 années sabbatiques d’une traite –, il répond à une façon que nous connaissons du tout début de la Bible. Il répond comme la femme et l’homme questionnés sur le fruit défendu, et qui l’une comme l’autre disent « c’est pas moi, c’est l’autre ». Les enfants s’en souviennent, ils ont entendu ce récit il y a une semaine. C’est pas moi.
Cet homme a donc besoin d’une autre guérison. Son âme n’est pas guérie. C’est pourquoi Jésus le croise à nouveau, et l’appelle à ne plus pécher : « te voilà guéri, désormais ne pèche plus. » Dans cet évangile de Jean, c’est la façon dont s’exprime le pardon des péchés : ne pèche plus. C’est simple et on ne peut plus clair. Mais l’homme ne semble pas comprendre. Aussitôt il retourne vers les autorités du temple pour leur « vendre » Jésus : « J’ai vu l’homme qui m’a guéri et qui m’a dit de prendre ma couchette. Il est là-bas. » Il devient ainsi dénonciateur. Il dénonce le Christ, alors qu’il devrait annoncer l’Évangile. Et cette dénonciation dessine à l’horizon déjà celle qui va s’avérer fatale pour Jésus, la trahison de Judas. Ne pèche plus, afin qu’il ne t’arrive pas quelque chose de pire. » Cette parole est restée sans echo. Nous n’apprenons pas quel malheur cet homme va subir, ni même si vraiment quelque chose de mal lui arrive. L’évangile parle de Jésus et ne perd pas son temps pour les petits bons-à-rien qui se mettent dans son chemin.
Il est bien moderne, notre homme. Alors que Jésus vient de le libérer de tout ce qui plombait ses pieds, il préfère rester dans une obéissance aveugle à la Loi, et bien pire, ce n’est pas à la Loi mais à ce qu’en ont fait les decrets d’application créés par des théologiens. Car nulle part dans les Écritures il est dit que quand tu viens d’être guéri d’une longue maladie, tu n’as pas le droit de ramener ta couche à la maison. Ça, c’est une interprétation humaine. Mais notre homme préfère donc la cage douillette de cette loi interprétée. Il préfère être enfermé à nouveau entre les barrières des autorités, au lieu de vivre la liberté que Jésus vient de lui offrir.
Hier aux informations de télévision, on nous montrait un pêcheur qui bravait l’interdiction des gardes-côtes pour tirer sa révérence aux victimes du naufrage près de Lampedusa. Mais – et il n’y a que les religieux qui en parlent, pas les journalistes laïcs – au moment du naufrage, les pêcheurs ont refusé de prêter secours aux naufragés, par peur de repressions ! Refuser son aide aux personnes en danger de mort, c’est non seulement contraire à la volonté de Dieu, mais aussi à toutes les coutumes maritimes, et normalement un tel marin, un tel capitaine sera banni à jamais de la communauté maritime. Mais là, ils ont eu à choisir entre l’humanité et la loi italienne, et ils ont choisi la loi.
Chers amis, il est facile de montrer du doigt ceux qui sont loin ; la question nous touche pourtant tous. Et Jésus nous demande ce matin, à chacun de nous : Est-ce que tu vis ce que dit Pierre devant le conseil du Temple, « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac.5,29) ? Quel est ton choix quand il s’agit d’obtempérer aux autorités ou de témoigner pour le Christ, en paroles et en actes ? Comment choisis-tu entre ton propre bien-être et la souffrance d’un autre, entre ta réputation et la volonté de Dieu ?
Si nous devions répondre à haute voix, je crois que nos réponses sincères seraient bien mitigées. C’est naturel…
Fort heureusement, Jésus est plus grand que notre nature. Plus grand que notre faiblesse, que notre penchant pour le repos et la conformité, que notre envie de nous faire remarquer pour ce que nous correspondons aux attentes des humains, plus fort que notre lenteur à nous mettre en marche quand nous entendons l’appel de l’ange. Il ne fait pas seulement des miracles, mais il fait des merveilles, et donc il peut nous guérir. Il peut nous mettre debout, plus vite que nous ne l’attendions, nous mettre en marche. Parfois, ça va tellement vite que nous ne comprenons que bien après ce qui s’est passé. Comme cet homme près de la source de Bethesda. Jésus le peut, et Jésus le fait.
Faisons-lui confiance… et écoutons son appel, quand il nous avertit de ne pas tomber dans les pièges de nos habitudes, de notre confort et notre envie de reconnaissance. Il peut et il va faire des merveilles dans nos vies. Même contre notre avis. Et quand nous retombons dans nos vieilles habitudes, il est prêt à nous relever, à nous remettre debout, et à nous dire de nous éloigner de ce trou où nous ne servons pas à grand’chose… La source Bethesda, elle est dans notre vie, chaque jour à nouveau.
Amen.

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