avoir de la foi

Chants : ARC 127 ; 616 ; 629 ; 628
Lectures : AT : Gen. 2, 4b-15
Épître : 1Pi.5, 5c-11 Évangile : Mt 6, 25-34
PR : Lc. 17, 5-6

Ce n’est qu’un très court passage qui nous est donné ce matin. Et pourtant, il est lourd de sens. Il s’inscrit dans un échange entre Jésus et les disciples, juste avant nos versets Jésus avertit les disciples de ne pas causer la chute d’un petit, et leur recommande vivement de pardonner sans compter : s’il t’offense sept fois dans la même journée, et sept fois il vient en se repentant, pardonne-lui.
A cela, ils n’ont de réponse que « Seigneur, augmente notre foi. » Une grande réflexion se cache derrière ces quelques mots, réflexion sur le pardon et notre capacité très limitée de vraiment pardonner. Comment faire pour pardonner autant de fois ? Il faut une force de caractère pour pouvoir autant pardonner, qu’ils n’ont pas. Est-ce que nous l’avons ? En ce qui me concerne, je n’oserais pas l’affirmer…
D’où peut leur venir cette force à pardonner ? De la foi. Mais leur foi ne tient pas jusque-là. Et donc, ils demandent au Seigneur : « augmente notre foi. » Pour l’évangéliste, cette demande et son arrière-plan sont si merveilleux qu’il passe de l’appellation « disciple » à celle d’apôtre. Ce qui est un changement énorme : le disciple est celui qui écoute, qui apprend, qui trotte derrière et observe ce que fait le maître. Un stagiaire, en quelque sorte. L’apôtre a obtenu son brevet, il se voit confié une mission, il peut travailler à sa propre responsabilité. Bien sûr, il est loin d’avoir le niveau de maître, mais il fait déjà certaines choses que le maître lui a apprises.
Donc, un grand moment dans l’histoire de foi des disciples. Mais qu’ils ne se réjouissent pas trop tôt, ils ont bien vu et quand même mal visé. Parce que Jésus les reprend tout de suite : « si vous aviez autant de foi que ça » – et il montre la taille d’un grain de moutarde, donc quasi rien, moins qu’une tête d’épingle – « alors vous feriez que ce vieil arbre-là se déterre et se plante dans la mer. » Selon Matthieu, c’est une montagne qui se déplace, mais quelle différence ? Qui parmi nous aurait déjà réussi ce défi ?
De toute façon, Jésus ne veut pas nous demander de déplacer des montagnes, ni même de déraciner des arbres. Le sens du message est un autre : la foi, ce n’est pas un acquis, une marchandise. La foi n’est pas quantifiable. Il est même risqué d’utiliser l’expression « avoir la foi », parce que justement la foi n’est pas un objet. Elle n’existe qu’en étant exercée, et on ne peut pas la compter, ni la quantifier. Tu y crois ou tu n’y crois pas.
Imaginez un instant votre conjoint qui vous dit « augmente mon amour pour toi ». Autrement dit, « fais-moi t’aimer plus. » Qu’est-ce que vous diriez ? Les quantités d’amour, je t’aime un peu, beaucoup, énormément – tout ça, en fait, reste limité à une amitié peut-être très intime, mais quand on aime, on ne compte plus. Si vous dites « je t’aime » et on vous répond « je t’aime beaucoup », c’est une douche froide.
Et celui qui dit qu’il croit beaucoup, laisse en fait entendre ses réserves.
La foi donc n’est pas quantifiable. Il n’y a pas de foi pour « autant », ne serait-ce que le grain de moutarde. Et pourtant, c’est une force. Mais plutôt comme l’Esprit Saint, celui qui crée la foi en nous, dont nous voyons les effets mais que nous ne pouvons pas voir. C’est cette confiance, cette capacité de s’abandonner à l’autre, de se mettre nu devant lui sans crainte, se fier à sa bienveillance et son amour – et cet autre, c’est Dieu. Cette foi complètement irraisonnable qui nous fait oublier de prévoir pour demain, et qui parfois nous fait dépasser les limites et les endiguements qui rassurent notre vie, qui nous fait marcher sur ce qui nous fait peur, marcher sur les eaux qui ne portent pas – tant que nous ne commençons pas à nous demander comment c’est possible. Avec Dieu, C’EST possible. Et en principe, il ne nous est pas impossible de déplacer des montagnes, de déraciner des arbres.
Mais avant de me questionner sur l’utilité de telles actions – pour montrer à quel point ma foi est forte ? Pour montrer aux non-croyants à quel point c’est bien de croire ? Voire même pour montrer à quel point les autres croyances sont dans l’erreur ? – je préfère comprendre cela comme une image, une métaphore.
Déplacer des montagnes, déplanter des arbres, c’est changer la face du monde. Au sens primaire, c’est le travail des paysagistes, des tailleurs de pierre dans les carrières et des ouvriers par exemple sur les chantiers de la LGV, qui aplanissent les chemins pour la voie de fer pour le TGV. Au sens figuré, changer la face du monde est un programme bien plus vaste. Et plus fin. Un proverbe dit que celui qui sourit à un autre, change la face du monde. Un sourire, c’est à la portée de nous tous.
Mais quand je lis le journal, je ne vois que trop bien que le sourire seul ne suffira pas. Même tous nos sourires, toutes nos mains tendues vers les voisins. Nos frères et sœurs en Égypte souffrent jour après jour la haine meurtrière de leurs compatriotes islamistes, et tout en faisant preuve d’une foi très forte, ils clament notre soutien, par la prière mais aussi par nos pouvoirs politiques. 99 ans après les meurtres de Sarajevo, des hommes politiques sont avides de faire la guerre, d’envoyer des soldats dans un conflit qui n’est pas le leur. La guerre, la guerre, et on croit voir un chat qui se prépare à attaquer un oiseau. Sauf que cette guerre n’apportera certainement pas la paix, et que les victimes de ce conflit local nous supplient de faire tout ce qui est de notre pouvoir pour éviter une guerre mondiale. Car qu’est-ce qui va se passer quand la France se verra confrontée à la Russie, partenaire d’Alliance du gouvernement syrien ?
Les présidents sortant et nouvellement élu de la FPF ont donc écrit une lettre au président Hollande, que je vous lis maintenant.
Et vous pouvez faire pareil. Ecrivez à vos députés, sénateurs, au président de la République. Faites-leur savoir qu’une guerre qu’il entamerait « au nom des Français » ne fait pas partie du mandat que les électeurs ont donné. Oui, c’est une question de foi. C’est une question de croire que Dieu donnera de l’appui à vos actions, que nous ne vivons plus en monarchie absolue où les souverains font ce qu’ils veulent et les sujets subissent. C’est une question de foi. Mais si vous avez de la foi pour un grain de moutarde, vous changerez le monde.
Amen.
Et je vous supplie de vous joindre à cette prière formulée par les frères syriens, premiers menacés par ce projet de guerre qui émane de notre pays :

Seigneur Dieu, notre Père,
Parce que te prier est le seul aveu d’impuissance qui ne nous remplisse pas de honte, nous nous faisons auprès de Toi et aux côtés des réfugiés syriens, réfugiés de la prière.
Parce que la prière, dans son renoncement même à dominer, représente l’arme la plus puissante jamais mise à notre disposition, nous nous en saisissons de toute notre force, de toute notre foi et te prions pour la Syrie.
Nous te prions pour ces dizaines de milliers de familles déplacées, chrétiennes et musulmannes, abandonnées de tous, victimes de l’aveuglement et de la brutalité des forces en conflit.
Nous te prions pour elles parce qu’elles n’ont plus que Toi.
Pour ces enfants de Damas, d’Homs ou d’Alep, qui n’auront ni rentrée, ni sorties scolaires cette année, nous te prions. Mendiants pour la survie des leurs, chatons errants aux coins des rues de Beyrouth, ils disent sans même parler que le monde est devenu fou.
Seigneur, toi qui as laissé venir à toi les enfants, n’abandonne pas ceux-ci.
Pour ces femmes désespérées, figures d’un Proche-Orient au bord du gouffre, nous te prions. Tu les vois, Seigneur, déposer leurs enfants pour tendre les mains, comme leur sœur de jadis, la syro-phénicienne appelant Jésus au secours de son enfant en souffrance (Mat 15.21). Tu n’as jamais laissé sans réponse ceux qui invoquaient ton nom. Seigneur, nous implorons ton secours pour ces mères syriennes.
A la veille de décisions susceptibles d’infléchir durablement le cours de l’histoire du Proche Orient, nous te prions pour les hauts responsables des nations. Pour que le soupçon laisse place à la confiance, l’écoute mutuelle aux revendications unilatérales, l’esprit de paix et de fraternité aux paroles menaçantes et blessantes.
Seigneur, suscite des hommes de paix plus préoccuppés de l’avenir de leur peuple que de leur carrière politique.
Nous t’en prions, retiens le bras de ceux qui, par ignorance ou par haine ont le pouvoir de faire le mal.
Comme un fruit de ta grâce et de ton amour, nous ne parvenons pas à désespérer totalement de notre humanité. Comment le pourrions-nous ? Tu as su en Jésus-Christ ton Fils, notre Seigneur, y révéler ta propre espérance, ton amour indéfectible pour chacun de nous.
Nous t’en prions, Seigneur, viens au secours de la Syrie.

Pasteur Pierre Lacoste
Paroisse protestante francophone de Beyrouth

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