Je serai avec toi

Chants : ARC 146, 1.3-5 ; 358, 1.3.4 ; 562 ; 534
Lectures : AT : = pr.
Épître : Rom.8, 12-17 Évangile : Lc 17, 11-19
PR : Gen. 28, 10-19a

Quand Martin Luther King disait qu’il faisait un rêve, I have a dream, il parlait d’une vision d’espérance pour le futur. Il aurait pu dire « j’espère vivement qu’un jour… » Quand nos enfants ou petits-enfants ont des désirs bien coûteux, nous leur disons peut-être : « rêve toujours ! » Ou même : « dans tes rêves ! »
Le rêve, c’est quand on voit quelque chose d’irréel. Dans nos rêves, nous sommes capables de voler comme des fées, ou au contraire collés au sol alors que le train ou le camion vole vers nous, dans nos rêves nous vivons des situations incroyables. Mais ce n’est pas réel. Ce qui est réel, c’est ce que nous voyons quand nous ouvrons les yeux.
Eh bien… Jacob, lui aussi, a rêvé. Il a fait un rêve assez étrange, avec des êtres que l’on ne trouve que très peu dans les premiers livres de la Bible : des anges. Mais lui, il en voit des myriades, qui montent et descendent sur cette échelle comme les stars de variété sur le grand escalier. Mieux encore, il voit Dieu lui-même en haut de l’échelle, qui lui parle.
Dieu qui lui parle et qui lui renouvelle la promesse de l’Alliance, ce pacte qu’il avait conclu avec Abraham, le grand-père de Jacob. Et ça, c’est bien surprenant. Parce que Jacob est tout sauf un enfant de chœur. C’est le type qu’on n’aime pas avoir comme gendre – mais le fils qu’on souhaite à son pire ennemi. Il manipule, il triche, il ment – même à son propre père. Ainsi, il obtient une bénédiction qui ne lui revient pas, même si apparemment l’héritage matériel lui est refusé – et maintenant, il semble que Dieu cautionne ces tricheries, puisque c’est à Jacob, et non pas à Esaü, que Dieu confirme l’Alliance.
Mais ce n’est qu’un rêve. Rien de réel ! Ah, Jacob ne dirait pas ça. Ni son fils Joseph, qui plus tard sauvera sa vie en expliquant des rêves. Pas plus qu’un autre Joseph, qui prendra la décision de s’exiler avec toute sa famille, parce qu’il aura rêvé que le roi veut tuer son enfant… non, les rêves sont des messages qui viennent de Dieu.
Ce n’est donc pas qu’un rêve, c’est une réalité : c’est ce crétin, ce tricheur, ce menteur de Jacob que Dieu choisit pour continuer la promesse faite à Abraham. Eh oui. Dieu choisit non pas Esaü le brave, le sage, il choisit Jacob l’emmerdeur de première, le tricheur.
Surprise. A quoi bon que Dieu donne un tas de bonnes règles si après, ce sont les gens qui s’en moquent qui vont plus loin que les autres ?
Stop ! C’est justement la fausse manière de regarder la situation ! Mais, dites-moi : qui d’entre vous n’a jamais cherché à profiter d’une situation qui n’était pas claire ? Qui n’a jamais commis d’erreur ?
Dieu ne choisit pas les hommes parfaits selon nos critères, il est vrai. Il appelle des tricheurs comme Jacob. Des casse-pied comme Joseph. Des meurtriers comme Moïse. Des hommes comme David qui n’arrive pas à tenir sa braguette. Cette ligne se continue dans le nouveau testament, où ce n’est pas le disciple bien-aimé, ce garçon qui réussit tout et sans faute, qui se voit confié la responsabilité pour l’Église, mais Pierre. Simon Pierre, qui fait deux pas en avant et un en arrière, qui est toujours plus vite de la bouche que de la raison, et qui dans les moments cruciaux prend la fuite.
Selon nos critères humains, tous ces hommes sont des ratés. Plus ou moins, mais ils ne sont pas ce qu’on appellerait des hommes saints. Et pourtant, Dieu les appelle à son service. Et justement parce qu’il les appelle, ils deviennent des hommes saints. Parce que les hommes saints, ce ne sont pas les éternels premiers de la classe, les chouchous de la maîtresse, ce sont les hommes que Dieu a sanctifiés par son appel. Bien sûr, ils ne sont pas tous des cancres, il y en a beaucoup qui font au mieux et comme ils peuvent, comme vous et moi. Mais Dieu choisit souvent des cancres pour des missions particulières.
Pourquoi ? Pour l’effet surprise peut-être. Mais certainement parce que lui, il voit en l’homme ce que nous ne pouvons pas voir. Il voit à quoi il est capable, au meilleur comme au pire.
Et n’oublions pas : Dieu appelle des hommes – et je dis homme pour dire être humain – mais il ne les appelle pas pour qu’ils restent comme ils sont. Il leur fait passer une école souvent dure mais qui les prépare à la tâche que Dieu leur confiera. Pour Jacob, cela commence par le rêve de l’échelle des anges. La vue des anges qui descendent et remontent, et de Dieu qui lui parle et le prend sous sa protection, cette vision lui procure une sensation qu’il ne connaissait pas jusque-là : la crainte.
Alors qu’est-ce que c’est, la crainte ? C’est le sentiment, le savoir même, qu’il y a là quelque chose que nous ne maîtrisons pas. Quelque chose qui est plus fort de nous et qui a le pouvoir de faire de nous selon ses guises, et nous ne pourrons pas nous en défendre.
C’est une dure épreuve pour quelqu’un qui a toujours eu ce qu’il voulait, qui a toujours mené les autres par le bout de leur nez… maintenant, il reconnaît qu’il y a un Dieu, alors pas un Dieu au-dessus des nuages qui règle le mouvement des vents mais qui s’intéresse bien peu aux pensées et actes des petits humains sur la terre, sauf peut-être à envoyer un tonnerre quand il est contrarié…
Mais ce Dieu que Jacob rencontre, c’est un Dieu proche, un Dieu qui s’intéresse à lui personnellement, à lui le tricheur, le menteur. Un Dieu qui n’est pas au-dessus des nuages à observer le large, mais qui se tient juste derrière lui. Et ça, ça craint.
C’est le début de l’école de Jacob. Laban, son beau-père, ajoutera du sien, en lui procurant une épouse qu’il n’a pas voulue, et en lui faisant travailler pendant des années pour obtenir le droit de se marier. Très franchement, qui entre nous aurait attendu 7 ans, en rendant chaque sou qu’il gagne à son beau-père, et aurait accepté de se faire berner ? Laban, lui aussi, aura pour sa gouverne. Mais Jacob n’arrêtera pas d’apprendre.
Il devra apprendre, douloureusement, qu’il y a plus fort que lui et que même s’il n’est pas vaincu sur la berge du ruisseau, il gardera une séquelle durant toute sa vie. Et là encore, nous voyons que Dieu n’utilise pas les sans-faute, mais les blessés de la vie. Puis, Jacob devra faire face à son passé, en la personne de son frère qui vient vers lui. Ça craint, ça aussi, et Jacob tente une approche stratégique. Une stratégie qui s’avère inutile parce que la colère d’Ésaü s’est calmée.
Dieu a formé Jacob. Formé par les épreuves, par les périodes difficiles de la vie. Mais c’est Jacob qu’il a choisi. Et si d’Abraham à Isaac, d’Isaac à Jacob, l’alliance reste limitée sur une seule personne par génération, elle comptera pour tous les fils de Jacob, et pour tous leurs descendants jusqu’à nos jours. Abraham a eu un fils. Jacob a eu une multitude de petits-enfants.
Et Dieu est fidèle, à Jacob et à nous. Il veut nous prendre à son service, avec toutes nos faiblesses, peut-être notre lourd passé. Et il nous garde son amitié, sa bienveillance, malgré toutes les épreuves que nous vivons. Bénis le Seigneur, ô mon âme, et n’oublie aucun de ses bienfaits ! (Ps.103,2)
Amen.

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