Confiance !

Chants : ARC 107, 1.2.4 ; 593, 1.2 ; 107, 3.5.6.8 ;
Lectures : AT : Ex. 16, 2-3.11-18
Épître : =pr.  Évangile : Jn 6, 1-15
PR : Ac. 2, 41-47

Et ils eurent beaucoup d’enfants, et vécurent heureux jusqu’à leur mort. C’est ce que je suis tenté d’ajouter à notre passage. C’est trop beau, c’est pas possible.
Trois mille personnes en un jour, et puis, tous les jours ils vont prier au temple, tous les jours ils mangent ensemble – pas tous dans la même salle, mais personne ne restera seul – et ils sont appréciés par tous, il y a des miracles chez eux tout le temps, et le groupe s’agrandissait constamment.
Bon, ça, encore… là où les autres paient, on trouve facilement des adeptes… mais pour le reste ? Les chrétiens qui occupent le temple par milliers et qui sont appréciés par tous ?
Difficile à imaginer. D’un autre côté : nous avons là 3000 chrétiens, et ces 3000 sont l’Église mondiale. Et puis, ils avaient ce que je considère comme avantage : ils n’avaient pas de protestants sociologiques. Vous savez, ces gens pour qui être protestant se limite à un baptême au temple, une croix huguenote au cou (et encore), et à la fin le pasteur qui leur jette de la terre quand ils ne le remarquent plus. Mais qui ne sont pas connus dans la paroisse, même en étant voisins du temple. (Mon tout premier enterrement dans l’ERF, c’était un tel protestant sociologique.)
Les chrétiens dont nous parle Luc, sont tous des convaincus. Vaincus par la grâce du Christ, touchés au fond du cœur par l’Évangile. Ils ne se posent pas de questions : est-ce que c’est raisonnable ce que je fais ? Est-ce que c’est convenable ? Qu’en disent les voisins et la famille ? Est-ce que je ne vais pas perdre au change ?
Rien de tout ça. Ils sont engagés. Enfin, le mot est mal choisi, parce qu’ils ne donnent pas le gage du jeu, c’est Jésus qui l’a donné, qui s’est donné en gage. Lui, il s’est engagé pour eux comme pour nous. Il faudrait dire au contraire, Jésus les a dégagés et libérés des obligations qui veulent nous tenir en otage. Et voilà de quoi ils vivent.
En fait, les chiffres ne sont pas importants. Qu’ils soient trois mille ou trois cents, c’est un grand groupe qui s’est retrouvé converti à la foi en Christ, à travers la prédication de Pierre au matin de Pentecôte. Un grand groupe qui se sait uni par le Seigneur Christ, qui prie tous les jours au Temple et qui met en commun les joies et les soucis, les peines et les bénéfices.
Un grand groupe qui n’attend rien de la société, mais tout de celui qui l’a créé : Jésus-Christ. Et plein de confiance en Christ, il fait ce qu’il peut faire de mieux : vivre en communion avec le Christ et en communion des membres entre eux. Nous y trouvons donc toutes les qualités qu’un peu plus tard, un certain Paul décrira comme fondamentaux pour l’Église : ils sont tous membres d’un même corps, avec le chef qui est le Christ. Un même corps. Ils n’ont pas peur de corporatisme, puisque leur corps c’est l’Église, l’Église universelle et mondiale !
Ils ne se font pas de souci pour les finances. J’entends que cette semaine, les pasteurs de la Hesse du Sud, en Allemagne, sont réunis en pastorale régionale pour discuter des finances. Lors de nos conseils presbytéraux, l’état des finances est toujours un sujet, même si je dois dire qu’ici, nous avons la grâce de vivre en grande confiance aux paroissiens qui font vivre cette communauté, mais aussi au Seigneur qui permet de boucler, tant bien que mal il est vrai, les fins de mois et les fins d’année. Quelque part je me dis aussi qu’une gestion durable des finances n’est pas trop mal, à Jérusalem justement ils ont tout dépensé et au bout de quelques années, se sont retrouvés à devoir déposer le bilan – ou demander la solidarité des autres.
Néanmoins, je reste en admiration devant ces premiers chrétiens qui ont vraiment tout mis en commun. Les maisons. Les biens. Les repas. Les craintes. Le souci pour les malades, pour les vieux, pour les délaissés. La prière. L’étude des Écritures. Certains ne savaient pas lire, ils ont écouté ce que disaient les autres.
Et je crois que c’est de la communauté de prière et d’écoute, de la communauté de communication avec Dieu le Père et le Seigneur Jésus-Christ, qu’est issu la communauté des biens et des maux, des soucis et des joies. Ils n’avaient pas de programme, pas de projets précis, ils ont vécu au jour le jour, mais vraiment en présence du Seigneur et des frères.
Je les envie un peu pour la simplicité de leurs relations, eux qui allaient tout simplement se rencontrer, taper à la porte d’un autre croyant pour lui demander des nouvelles, pour voir s’il avait besoin de quelque chose – ou au contraire pour solliciter son aide, son soutien. Tout se faisait dans la confiance, on n’avait pas peur de l’intrus, on n’avait pas peur de se faire renvoyer… Et pourtant, ces deux appréhensions nous gâchent souvent le plaisir d’une rencontre fraternelle. La troisième peur est la peur de l’opinion publique. Pourquoi, d’ailleurs, puisque les protestants sont plutôt bien vus…
Le petit passage de ce matin nous invite à suivre l’exemple de ces premiers chrétiens, à faire confiance. Confiance aux frères et sœurs, et confiance au Seigneur Jésus-Christ.
La confiance ne se commande pas, elle est toujours un cadeau. Mais la méfiance et la peur sont comme une maladie auto-immune dans le corps de l’Église, comme si un organe se tournait contre l’autre et refusait la nourriture, l’oxygène, les enzymes… Et nous pouvons combattre la méfiance, car c’est avant tout un choix d’attendre de l’autre le meilleur – ou le pire. Combattons donc la méfiance du prochain, mais aussi la peur de notre propre insuffisance : Jésus ne nous demande pas d’être les meilleurs et les plus beaux, mais d’être nous, comme le Père nous a créés !
Et pour tout le reste, ayons confiance en lui. Confiance qu’il nous donne tout ce dont nous avons besoin, la nourriture, le toit, les amis, la confiance en nos frères et sœurs et en nos proches, et leur confiance en nous. Ayons confiance en Jésus, il n’attend que ça. Il fera vivre notre Église, il nous tiendra en vie, et avec lui. Il connaît nos besoins. Comme ce pasteur qui créait une œuvre caritative, tout avançait bien, mais il fallait honorer une grosse facture, sinon tout serait saisi, et l’œuvre de plusieurs années, de beaucoup d’hommes et femmes, serait perdue. Le soir, tous s’étaient réunis encore une fois pour prier le Seigneur, qu’il fasse continuer leur travail. Au moment de se séparer, un homme entre : « J’ai entendu dire que vous avez besoin de ceci. » et disparaît. Dans l’enveloppe, se trouvait exactement la somme nécessaire pour payer la dette. Pas plus, mais suffisamment.
Faisons confiance, et nous verrons des miracles. Peut-être pas des guérisons spectaculaires, peut-être pas des multiplications de pain, mais de petits miracles dans nos vies à chacun. Le miracle de la consolation, le miracle de la réconciliation, le miracle de l’amitié. Le miracle d’être ami avec Dieu.
Amen.

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