appelés et envoyés

Chants : ARC 67 ; 574 ; 416, 1.2.4.5 ;
Lectures : AT : =pr.
Épître : Rom.6, 3-8(9-11)  Évangile : Mt 28, 16-20
PR : És. 43, 1-7

Qu’est-ce que le nom ? Autrefois, on pensait que savoir le nom, équivaut à avoir un pouvoir sur la personne. Certains peuples européens ne donnent pas de nom aux nouveaux-nés, parce qu’ils ne nous appartiennent pas (encore), mais aussi pour que les fées et les trolls ne puissent pas appeler l’enfant par son nom et ainsi lui faire du mal.
Et il est vrai : celui qui connaît mon nom, et peut-être même mon prénom, a un pouvoir sur moi. Car en prononçant mon nom en ma présence, il me fera réagir. Par contre, on n’ose pas prononcer le nom de celui ou ce qui nous fait peur. Ainsi, nous avons nombre de façons de parler de la mort sans la nommer, et si vous connaissez Harry Potter, vous savez peut-être qu’il est le seul élève de son école à oser prononcer le nom de l’adversaire. Connaître le nom d’une personne, l’appeler par son nom, c’est créer un lien, c’est commencer ou continuer une histoire.
Pour les premiers auditeurs de notre passage, c’était un grand message, un message presque incroyable. On est en Mésopotamie, à Babylone ou son entourage, avec les nobles et les artisans du peuple de Juda, déportés après la défaite de Juda, la chute de Jérusalem et l’incendie du temple. Le peuple de Juda est anéanti, et se demande si son Dieu l’a abandonné ou s’il a perdu la bataille contre les dieux babyloniens.
Bref, la crise totale. Tout ce qui tenait et portait leur vie, leur foi, leur existence, tout leur est pris : la terre promise, le roi, le temple, le Dieu.
C’est dans ce désastre que Dieu parle à travers le prophète. Qu’il renouvelle la promesse de son attachement à ce peuple, de son amour pour son peuple choisi. Je suis encore là, dit-il, malgré la défaite de vos armées, malgré la mort du roi, malgré la destruction du temple, je suis là. Et je te connais par ton nom, je sais qui tu es, je suis en lien avec toi. Pour moi, tu n’es pas un quelqu’un, mais tu es mon chéri. Je te protège des dangers du chemin que tu dois prendre, je te préserve du chaud comme du froid, de l’eau comme du feu. Je t’ai racheté.
Oui, je t’ai racheté, plus personne d’autre n’a de droits sur toi. Je t’ai racheté à tes ennemis qui t’avaient pris en esclavage. Tu ne le vois pas encore, mais c’est déjà fait. Et j’ai payé le prix fort pour toi. Toi, petit peuple de trois fois rien, mais qui vaux cher à mes yeux, je t’ai racheté en donnant l’Égypte, le Soudan, l’Éthiopie et même la Somalie, tous les pays du Nil, si fertiles et riches, je les ai donnés pour te racheter.
Et je ferai en sorte que tes enfants reviennent sur la terre que j’ai donnée à leurs ancêtres, tes enfants qui sont mes enfants, parce qu’ils m’appartiennent comme toi.
Les lectures de ce jour, mais aussi une vieille tradition lient ce texte au baptême. Le baptême, il est vrai, se lie au nom. C’est le moment où l’enfant est présenté à Dieu, afin que Dieu connaisse son nom – mais aussi pour qu’il reçoive le nom des enfants de Dieu. Et, c’est le souhait qu’on formule pour lui, qu’il entende lui aussi l’appel de Dieu, ce Dieu qui l’appelle par son nom pour lui dire : tu es à moi.
Et vous, l’avez-vous entendu, cet appel ? Il n’est pas toujours aussi pressant que l’appel à Samuel, qui est réveillé au milieu de la nuit par l’appel de Dieu. Parfois il est bien discret, et il nous faut du temps pour nous apercevoir de cet appel qui nous est adressé. L’appel « viens à moi » qui débouche infailliblement en « va prêcher mon Évangile ». Au cas où vous ne l’auriez pas encore remarqué, le thème de ce dimanche suit bien celui du dimanche passé, de l’appel des disciples – un appel exigeant, vous vous souvenez. Aujourd’hui, c’est l’appel, l’envoi et la promesse.
Cette promesse, nous avons le droit de l’entendre pour nous : les éléments du monde n’auront pas le pouvoir sur toi. Le feu et l’eau ne sont pas les maîtres de ta vie. Les éléments, les hauts et les bas, ne pourront jamais te séparer de l’amour de Dieu. Car Dieu a promis, il s’est engagé en payant le prix fort pour nous, il a promis de nous en protéger.
Il a donné bien plus pour nous que les pays du Nil. Et c’est avec un sentiment bizarre que je le dis, en pensant à tous ceux qui se défendent en ces jours contre l’Islamisme, justement en Égypte. Mais aussi à ceux qui essaient d’y survivre, en Soudan et en Éthiopie, pays soumis à la charia et à l’oppression religieuse. Dieu a donné bien plus que ces pays-là en rançon pour nous, il a donné son fils unique, Jésus. Le nouveau testament n’utilise pas trop cette image pourtant très répandue du temps de la Réforme et au XVIIe siècle, il dit plutôt que nous partageons sa mort et sa résurrection. Mais pour une fois, il me semble permis de l’utiliser. La mort du Christ fait que nous n’avons plus rien à craindre des forces du monde, parce qu’il est mort à notre place, que pour ceux qui cherchent à nous détruire, nous sommes déclarés morts à travers la mort du Christ, et que nous vivons maintenant une vie autre, la vie que nous appelons éternelle, la vie avec le Christ vivant, en communion avec Dieu.
Tout cela est exprimé par le baptême. Pour Paul, le baptême n’est pas seulement un geste humain qui représente l’amour de Dieu. Non, c’est au moment même du baptême que s’effectue notre passage du couloir de la mort vers les pâturages de la vie.
Luther raconte qu’il a été souvent affligé par le doute, par les craintes, par des pensées noires, par ce qu’on peut appeler le Diable ou l’Adversaire, celui qui veut nous séparer de Dieu. Il n’y avait qu’une seule réponse, lui qui avait reçu le baptême dans les 24 heures suivant la naissance et donc qui n’y pouvait pas avoir le moindre souvenir : il a répondu de sorte presque stéréotype, « je suis baptisé, je suis marqué du signe du Christ, tu n’as plus aucun pouvoir sur moi. Je suis baptisé, je suis marqué du signe du Christ, j’appartiens au Christ. » Et les afflictions disparaissaient.
De notre côté, le lien, le pacte que Dieu a conclu avec nous lors du baptême, n’est pas toujours bien respecté. Mais Dieu s’est engagé à s’y tenir. Il se peut que tout comme le peuple de Juda au temps de notre prophétie, nous ayons des moments douloureux à vivre, mais nous avons la ferme promesse que Dieu ne nous abandonnera jamais. Et même s’il nous envoie dans la cage d’escalier pour réfléchir à nos comportements, il sera juste derrière la porte à guetter, à surveiller qu’aucun mal ne nous arrive, à ce que personne ne puisse nous emporter ou nous blesser. Nous sommes ses enfants, enfants aimés, enfants parfois corrigés pour nous éduquer, mais nous sommes et restons ses enfants, qu’il gardera comme la prunelle de ses yeux. Et toujours à nouveau, il nous appelle, à son service mais aussi pour nous faire tout le bien qu’il nous a destiné. Tout à l’heure, il nous appellera à la table du Christ pour nous nourrir, puis nous envoyer faire des disciples.
Amen.

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