libérée

Chants : ARC 252 ; 239 ; 421 ; 525, 3+4
Lectures : AT : (Gen. 50, 15-21)
Épître : Rom. 14, 10-13  Évangile : Lc 6, 36-42
PR : Jn. 8, 3-11

Notre passage fait partie de ces textes bibliques qui sont lu avec un intérêt tout autre que celui de son auteur quand il a retenu ce passage pour son livre. En effet, l’auteur a retenu cet épisode pour démontrer l’insistance des autorités religieuses à confondre Jésus et à le faire condamner par la suite. La femme n’est que prétexte, tirée par les cheveux dans tous les sens du terme. Mais souvent, la lecture s’intéresse beaucoup plus à ce qui se passe entre Jésus et elle, qu’aux intrigues des scribes et pharisiens. Et, que voulez-vous, ce matin on va faire pareil. Pourquoi ? Simplement parce que c’est beaucoup plus intéressant pour nous, pour notre condition devant Dieu.
Elle est donc là, beaucoup disent qu’elle doit être plus nue qu’habillée, tirée d’un lit ou d’un foin où elle prenait un moment agréable avec un homme qui n’était pas son mari, mais que contrairement à ce mari légal, elle avait choisi… Et elle est seule. Seule contre tous, plutôt seule et tous contre elle. Comme le disait Brel, « On est deux mon amour, et l’amour chante et rit… » mais à la fin, quand il s’agit de braver la vie, « on se retrouve seul. »
L’adultère est un crime grave, passible de la peine capitale. Parce que c’est une attaque contre la famille, base de la société, base de toute la vie commune, religieuse et civile. L’adultère n’est plus un crime de nos jours, la famille n’a plus cette valeur-là. Dans le monde occidental du XXIe siècle, ce serait plutôt le crime contre le système financier mondial qui serait considéré comme ébranlant le monde. Ce sont les fraudes boursières et les cyber-criminalités qui nous font beaucoup plus de souci que l’adultère… vous avez dit Madoff ? Ou Jérôme Kerviel ?
En tous cas, elle est là maintenant. Accusée à tort ou à raison, on n’en sait rien, puisque nous n’entendons pas de témoins mais juste l’accusateur. Elle est là, entourée par ceux qui en même temps ne veulent pas la toucher, pas être vus avec elle, mais qui la pointent du doigt, celle qui paraît-il a osé se rebeller contre l’ordre public. Et ils regardent Jésus, lui soumettent leur question. Question-piège, le récit ne manque pas de le mentionner.
Et Jésus ?
Il refuse la communication. Ostentativement, il se penche, refusant leurs regards inquisiteurs, il dessine dans le sable. Quoi ? On l’ignore. Peu importe. Jésus refuse leur question, et c’est probablement pour ça que nous lisons ce texte, aujourd’hui, dans un autre sens. Il refuse leur question, il ne se laisse pas imposer une réponse, ni dans un sens ni dans l’autre. Il ne se laisse pas jouer par l’adversaire.
Et comme ils insistent, il se lève, les regarde droit dans les yeux et leur dit, nous dit à nous qui ne jetons peut-être pas de cailloux mais des regards, des pensées, des paroles et des attitudes qui tuent, il nous dit : regardez-vous, pas elle. Vous la montrez du doigt, et trois doigts de votre main montrent sur vous-mêmes. Occupez de vos propres actes, vous en avez assez à faire avant de chercher les morpions dans la fourrure des autres. Et il coupe à nouveau la communication, se remet à dessiner sur le sol.
La femme reste là. Elle attend, mais quoi ?
Maintenant, Jésus s’adresse à elle, qui était restée muette pendant toute cette scène, qui continue à se taire. Il ne lui déclare pas un non-lieu. Il ne la reconnaît pas innocente. Rien de tout cela. Il se contente de dire qu’en absence des accusateurs, il ne la condamne pas. Et ajoute, comme une reconnaissance tacite de la faute, mais sans jugement : désormais,ne pèche plus !
Elle aussi, Jésus la place devant ses actes, devant ses responsabilités. Ce n’est pas parce que Jésus ne la condamne pas qu’elle aurait le droit de faire n’importe quoi. Elle a une responsabilité par son mariage à laquelle elle ne doit pas se soustraire. Des temps modernes, ce serait à Madoff ou Kerviel de veiller à ce qu’ils respectent la loi, les règles boursières, mais aussi le devoir de prudence, afin de ne pas faire de tort aux autres.
Mais cette confrontation avec ses actes n’est pas prohibitive, comme pour les hommes à l’instant. Jésus invite la femme à se mettre en marche, à changer sa vie, à se prendre en main.
Notre passage nous rappelle donc ce que les apôtres ont écrit maintes fois et à bien des manières : la grâce de Dieu n’est pas la fin, mais le début. Ce n’est pas parce que « j’ai la foi » que je peux me reposer maintenant et continuer comme avant. Au contraire. Du fait de vivre avec Dieu, je ne peux plus faire comme avant, je dois changer. Je dis même, je ne peux pas ne pas changer. Les conditions de base de ma vie ne sont plus du tout les mêmes. L’apôtre Jacques écrit : « montre-moi ta foi. Et montre-moi les fruits qu’elle porte. Alors je te dirai si ta foi est vivante. » Et l’apôtre Jean : « Tu ne peux pas être en lien étroit avec Dieu, qui est la lumière, et vivre comme si cette lumière n’était pas là. Autour de Dieu, les ténèbres ne peuvent exister. Donc si tu es avec Dieu, tu es automatiquement dans la lumière. Et tu ne peux faire autrement que d’accomplir ce commandement qui résume tous les commandements : ‘aime ton prochain.’ » Il conçoit qu’on trébuche, qu’on se trompe, mais il insiste sur le principe : tu vis par la grâce de Dieu, par son pardon, alors ta vie n’est plus la même. L’apôtre Paul en parle à travers le baptême : par le baptême, dit-il, tu es mort au péché, et tu es ressuscité avec le Christ à une vie nouvelle.
Différentes façons de le dire, mais le message est toujours le même : par la grâce de Dieu en Jésus-Christ, le pouvoir du mal sur nous, pouvoir mortel par la Loi, est détruit. Jésus renvoie dans son coin celui qui veut nous accuser, qui exige notre mort – qui serait la conséquence légitime de nos actes ! Jésus nous offre donc la vie. Et la Loi n’est plus contrainte et menace, elle devient essence de vie versée dans nos cœurs, elle devient reflet de l’Amour de Dieu, de Dieu lui-même.
C’est l’expérience de cette femme sans nom dans notre épisode. Accusée par les adversaires de Jésus qui brandissaient la Loi, la sainte Loi de Dieu, dont ils se servaient pour le combattre. Et Jésus ne juge pas la personne. Il renvoie l’adversaire dans son coin, il offre à la femme la vie, une nouvelle vie. Nous disons, c’est la grâce. Et la grâce seule nous fait vivre. Mais si cette grâce est offerte, Jésus rappelle que la femme doit prendre sa vie en main, dans la responsabilité devant Dieu et pour son entourage.
Pour revenir à Madoff ou Kerviel, la grâce leur donnerait à nouveau une chance dans le monde des finances. Mais parce qu’ils sont graciés, ils vont exercer leur métier différemment. Ni dans l’égoïsme, ni en se prenant pour les meilleurs, ni en se disant que les règles sont pour les autres.
Mais la grâce de Dieu fait encore plus : elle ne change pas seulement le comportement, elle change la structure même de la personne. C’est ce que la Bible appelle Amour : non pas une question de sympathie, mais une façon d’être qui ne peut que chercher le bien du prochain, qui ne peut que voir en lui l’enfant de Dieu, qui ne peut que lui faire part de la grâce que Dieu veut lui offrir. Qui ne peut que faire comme faisait Jésus. Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création, écrit Paul.
L’adversaire, l’accusateur bat en retraite. Quand le tribunal qu’il cherche s’avère être une affaire de famille, il n’a plus son mot à dire. Lui qui justement veut occulter ce qui laisserait voir la qualité d’enfant de Dieu, lui qui s’oppose à l’amour par toute la rigueur de la Loi… il a perdu. Perdu d’avance, parce que Jésus l’a vaincu. Une fois pour toutes. Il le sait, même s’il essaie toujours de reprendre de la place. Et il gagne du terrain à chaque fois que des hommes s’imposent en juge sur leurs semblables. Qu’ils enferment un homme dans ses actes. Comme nos éditeurs de bible d’ailleurs qui s’obstinent à écrire en titre de notre passage « la femme adultère ». Non, c’est faux. C’est la femme prise en flagrant délit d’adultère – mais avant tout c’est la femme à laquelle Jésus a offert une nouvelle vie. Ce qu’elle a fait n’a pas disparu, il est vrai. Mais elle n’est plus enfermée dans ses actes, et donc elle a toute la vie devant elle.
Amen.

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