Confiance, lance-toi !

Chants : ARC 36 ; 774 ; 521, 1.8.9.16 ; 528
Lectures : AT : =pr.
Épître : Eph. 2, 17-22  Évangile : Lc 14, 16-24
PR : Es. 55, 1-3b(3c-5)

Le prophète n’a pas une tâche facile. La destruction de Jérusalem est de l’histoire ancienne, la déportation aussi. Les déportés de jadis ne sont plus de ce monde, et leurs enfants et petits-enfants se sont arrangés avec la situation. Ils ont faits leur vie à Babylone, ils y vivent, ils y travaillent et gagnent leur pain. Jérémie avait bien dit, participez à la prospérité de la ville où le Seigneur vous a envoyés ! Et maintenant, Esaïe doit les faire bouger, les gagner pour le retour dans la patrie des pères, dans un pays ruiné par la guerre puis le manque d’artisans, notamment d’architectes et de forgerons.
Pour ce faire, il leur parle des richesses de la terre promise, qu’il compare à la modestie dans laquelle ils vivent à Babylone. Admettons qu’il exagère un peu…
Si nous détachons cet appel de son cadre historique, il paraît étonnamment moderne. Depuis quelque temps, le fonds monétaire mondial et la banque mondiale forcent les pays du tiers monde à privatiser leurs services d’eau potable. Ainsi, l’eau potable devient une marchandise à profit, inaccessible aux plus pauvres qui, eux, doivent boire dans les canalisations ou dans les flaques qui se forment sous les gouttières…
Et nous lisons de nourriture qui ne nourrit pas, mais qui coûte cher… je pense à tous ces scandales autour de la nourriture que nous avons vécus durant les dernières années, aux aliments interdits à la consommation, aux aliments qu’on appelle « fast food » et qui ne nous fait pas de bien, aux réhausseurs de goût qui nous font croire en un goût qui n’y est même pas… Tout cela serait-il bien plus ancien que ce que nous croyons ?
Mais Ésaïe, et Dieu à travers les paroles du prophète, ne reste pas sur un registre d’acquis sociaux ou de politique agricole. Il relie la nourriture à l’alliance, renouvelée une fois de plus. Et cette alliance aura de drôles d’effets : Israël fera appel à des peuples inconnus, et des inconnus viendront vers lui à cause de Dieu qui lui a rendu sa splendeur.
Qu’est-ce que c’est que ça ?
Eh bien, Israël en exil est forcé à faire un choix. Un choix qui ressemble à celui d’Abraham, à celui des ancêtres en Égypte. Tu restes là, avec le travail lourd et la rémunération modeste, mais avec ce que tu connais. Dans un cadre qui t’enferme, mais que tu trouves sécurisant. Les barres protègent l’homme du lion, mais aussi le lion des hommes… Ou bien, tu prends tes affaires, tu quittes tout ce que tu connais, et tu te mets en route. Avec pour seule certitude ma parole et ma promesse.
La promesse de la nourriture et de l’eau qui vraiment rassasient, nous rappellent des enseignements de Jésus qui dit de lui qu’il est ce pain qui rassasie vraiment, cette eau qui vraiment désaltère. Nous en avons entendu des passages, il y a trois mois exactement. Je vous le dis parce que je suis sûr que vous y avez pensé. Mais ce n’est pas la piste que je vais suivre ce matin, puisque vous avez envie de rentrer à l’heure aujourd’hui.
Le choix fondamental que Dieu, par la bouche du prophète, impose aux fils des exilés comme il l’avait imposé à Abraham et aux Israélites en Égypte, est un choix imposé à bien d’autres encore. C’est le choix que nous devrions demander aux confirmands – si toutefois nous en avions…
Nous devrions leur demander de se décider entre une vie comme tout le monde, avec tout ce qui peut la rendre agréable et prévisible – et une vie avec Dieu, qui ne nous donne pas de sûretés, mais son assurance, et qui ne nous demande que de lui faire confiance. C’est la question que nous devrions leur poser. Garizim ou Ebal, dirait Josué. C’est la question de vie ou de mort !
Mais c’est la question que nous ne posons plus. Nous en avons peur. Nous avons peur de perdre ces jeunes… mais pour les perdre, il faudrait déjà les avoir gagnés ! Et très franchement, je doute que nous les gagnions avec des jeux et du bien-être. Pour les gagner, pour pouvoir les gagner, il nous faut leur faire comprendre que ce que nous voulons partager avec eux est crucial, que ce n’est pas une question de bien-être associatif, mais de vie ou de mort. De décision fondamentale.
Et nous faisons beaucoup pour eux, sommes décidément sur le bon chemin – mais au dernier moment, quand il s’agit de poser la question, nous prenons peur. Pourquoi ? Par manque de confiance en Dieu, qui pourtant est le seul à pouvoir ajouter de nouvelles brebis à son troupeau ? Ça me rappelle un garçon de ma classe. Il devait faire du saut en hauteur – mais à chaque fois, devant la barre, il bloquait. Il ne pouvait pas se laisser tomber en arrière. Il avait peur…
Mais nous, n’ayons pas peur de poser nos jeunes devant cette question qui sera la plus importante de leur vie ! Faisons confiance à Dieu, et aussi à eux qu’ils sachent comprendre que nous ne voulons pas leur mal !
Et pour nous-mêmes… ne trouvons-nous pas parfois, nous aussi, les excuses en dernière minute pour ne pas répondre à l’appel de Dieu ? Pour rester dans ce que nous connaissons ? En préparant cette prédication, j’ai vu devant la fenêtre les hirondelles qui volaient, et les jeunes moineaux que les parents avaient poussé hors du nid pour qu’ils volent. Il leur faut déployer les ailes, voler, se lancer dans le vide, pour devenir ce qu’ils sont : des oiseaux. Pareil pour l’Église qui, elle, n’a d’ailes que les mains de Dieu, mais qui doit, elle aussi, quitter le nid douillet et se lancer dans l’inconnu. Et contrairement au jeune garçon de ma classe, il ne nous est pas demandé de sauter en arrière, nous pouvons ouvrir les yeux pour voir les mains de Dieu qui nous portent. Personne ne peut prétendre que c’est facile, mais c’est l’appel de Dieu. Ne nous attachons pas à la paroisse d’hier et d’avant-hier, elle était pour les paroissiens d’hier et d’avant-hier. Soyons l’Église d’aujourd’hui, en chemin pour demain.
Je ne sais pas où ce chemin nous mènera. Ce qu’on entend, c’est moins de fidèles, moins de pasteurs… mais qu’importe le nombre, tant que nous en faisons partie, et que Dieu par sa présence lui donne sa réelle valeur ? Et je vous invite à prendre aussi pour nous la promesse faite en fin de notre passage : tu appelleras des gens dont tu n’as pas encore entendu parler, et des gens qui ne savaient rien de toi, viendront auprès de toi en courant pour la seule raison qu’ils veulent trouver ton Dieu qui t’a donné ta splendeur.
Des gens que tu ne connais pas – donc : d’autres que nos enfants et nos catéchumènes ! Que nous n’oublions pas, bien entendu, mais… ne nous fixons pas sur eux de sorte à perdre de vue les autres qui pourraient chercher le Dieu vivant, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ! Attachons-nous à la promesse, soyons Église en marche, planons sur les mains de Dieu qui n’attendent que notre saut pour pouvoir nous porter !
Amen.

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