promesse

Chants : ARC 42, 1.8.9 ; 498 ; 503 ; 518
Lectures : AT : Jér. 31, 31-34
Epître : Eph. 3, 14-21  Évangile : Jn 15, 26-16, 4
PR : Jn 14, 15-19

Les beaux jours n’ont pas duré. Jésus était revenu, vivant, mais maintenant il est parti. Cette fois, les disciples savent qu’il n’est pas mort, mais ils savent aussi que son absence durera plus que trois jours.
Et durant cette absence, le mode de fonctionnement du disciple devra changer. « Suivre Jésus », maintenant, n’est plus pareil. Autrefois c’était trotter derrière lui. Maintenant il s’agit de faire ce qu’il a recommandé. On peut se rappeler d’une maman qui pour la première fois confie une responsabilité à son enfant : est-ce qu’il va bien exécuter la commande ? Est-ce qu’il va ramener de chez l’épicier les aliments demandés, ou devra-t-elle s’attendre à ce qu’il achète n’importe quoi ?
Mais Jésus ne laisse pas les disciples tout seuls. Il leur fait une promesse. Promesse qu’il convient d’examiner de près, car elle peut nous réserver des surprises.
La première, qu’il nous envoie un avocat. Lui, il ne les quittera plus, il restera avec eux à jamais. Et on peut être assez surpris en lisant que Jésus parle de cet avocat, paraclet en grec, qu’il identifie comme l’Esprit de vérité ou autrement Esprit-Saint, en l’appelant « l’autre paraclet ». Il n’y en a donc pas qu’un, mais plusieurs ? Mais oui. Tout ce passage nous dit que l’Esprit-Saint viendra pour prendre la place de Jésus, et bien sûr, il le remplacera aussi pour plaider notre cause et pour nous apprendre la connaissance de Dieu.
La deuxième, que Jésus lui-même se tiendra près des disciples et que même si le monde ne pourra plus le voir, eux le verront. C’est vrai pour le temps pascal, mais cette affirmation va encore plus loin puisqu’elle dépasse le don de l’Esprit-Saint. Dans les versets qui suivent, nous pouvons lire que Père et Fils habiterons celui qui aime Jésus et observe sa parole. Nous lisons aussi que Jésus se manifestera à lui.
Celui qui aime – donc, c’est pour le temps que Jésus n’est pas physiquement présent.
Essayons de suivre. Donc, nous sommes appelés à aimer Jésus. Aimer, c’est entretenir une relation, c’est un attachement. Un roi, un gouvernant, ne veut pas être aimé, il veut qu’on le respecte, qu’on le craigne, et avant tout qu’on fasse comme il dit. Au besoin, il usera de force. Jésus, lui, retourne le système. Il veut être aimé, et que par amour – non pas par crainte ou par obligation, mais par amour ! – sa volonté soit faite. Comme un enfant ne doit pas avoir peur des parents, mais les aimer et leur obéir non pas par crainte mais parce qu’il ne veut pas leur faire chagrin.
S’il nous est promis vers la fin du passage de voir Jésus, de bénéficier de sa présence, il faut quand même l’aimer d’abord. Donc, croire sans voir, comme Jésus le demande à Thomas. Ou peut-on s’appliquer à observer les commandements quand on n’aime pas ? Peut-être, mais ce ne sera sûrement pas pareil. Ce sera en relation rompue, comme Cendrillon et sa belle-mère, comme Adam et Ève au paradis.
Mais à ceux qui s’y appliquent, Jésus promet donc le paraclet. Un tuteur selon ces versets-ci, un défenseur et consolateur selon d’autres passages, un peu plus loin. Et ceux qui connaissent Jésus, pourront accueillir ce paraclet dans leur vie. Ils verront, en plus, Jésus vivant.
Par contre, ceux qui ne croient pas, qui sont appelés « le monde », ni ne verront le Christ vivant, ni ne rencontreront l’Esprit-Saint. Cette limitation aux initiés, si j’ose dire, a fait penser à bien des théologiens que l’Évangile de Jean est en lien avec une religion sectaire des premiers siècles qu’on appelle « gnôse ». Ce qui se traduit par « connaissance », et il paraît que ce mouvement fonctionnait à peu près comme ce qu’on entend dire des francs-maçons : des rites d’initiation, des savoirs et rites secrets, et en même temps un esprit un peu élitiste…
Je veux bien que nous soyons une élite. Comme le peuple élu, dans lequel nous sommes greffés comme dit Paul. Élite et élu sont effectivement de la même racine, mais j’entends aussi Tevye, le laitier du Violoniste sur le Toit : « je sais que nous sommes ton peuple élu, mais ne pourrais-tu pas de temps en temps en élire un autre, ne serait-ce que pour quelques minutes ? » Parce que ce statut élitaire n’est justement pas d’être meilleurs que les autres, mais uniquement d’être les élus de cœur de Dieu, et que Jésus est l’élu de nos cœurs. Et cette élection se manifeste en accomplissant la volonté du Christ. En aimant le prochain.
Jésus sait bien que ce qui était facile tant qu’il était visible, palpable parmi les disciples, devient bien plus difficile en son absence. Comment aimer quand on se sent délaissé, abandonné ? C’est pour cela qu’il envoie son remplaçant, qu’il nous dit qu’il ne nous laisse pas orphelins, abandonnés à l’assistance publique, mais qu’il restera près de nous. Et que par l’Esprit, mieux dit en l’Esprit-Saint, il sera avec nous, visible seulement pour les croyants, mais qu’il sera là.
L’esprit de vérité prend la place de Jésus, mais à lire attentivement les textes, on peut aller plus loin, on peut dire que le Christ lui-même – que nous confessons siégeant à la droite du Père – est présent parmi nous, en communion avec nous, sous la forme de l’Esprit de Dieu. Et avec lui, le Père Céleste, qui est en communion avec le Christ et donc avec nous.
Là, ça dépasse définitivement nos imaginations et nos schémas de pensée. Père, Fils, Esprit sont distincts, mais en communion tellement étroite qu’on ne peut pas les séparer, qu’on ne peut pas avoir l’un sans les autres, et que quand on est en relation avec l’un, on est en relation avec les trois. Et les trois, en fait, ne font qu’un. Donc, qu’on rencontre le Créateur, le Christ ou le Souffle de Vie, on rencontre Dieu dans sa plénitude.
Et ce dimanche après l’ascension, le dimanche de l’absence de Jésus, devient jour de promesse. Promesse de la présence de Dieu auprès de nous, présence infaillible et éternelle. Cette présence en l’esprit et non pas en l’homme nous permet de dépasser les limites du status de disciple, de devenir apôtre et de faire à notre tour ce que Jésus faisait jusqu’à son arrestation : annoncer le Royaume de Dieu, par la parole et par des gestes et actes qui guérissent les maux et souffrances des autres. Car même s’il ne nous est pas forcément donné de guérir les maladies, nous avons le pouvoir d’œuvrer contre l’un des fléaux de notre société et notre temps : la solitude. Les familles se décomposent, les liens entre enfants et parents se détruisent par des conflits, les liens d’amitié et de voisinage deviennent de plus en plus fragiles. Et aujourd’hui encore plus qu’il y a 40 ans, il est vrai ce que chantait Brel : aux moments décisifs, aux moments durs, on se retrouve seul. Notre engagement peut faire face au professionnalisme désengagé, au mépris, et à l’absence. Et, en fait, ce ne sera pas notre engagement à nous, mais celui de Dieu, qui œuvre à travers nous. Promesse de Dieu.
Amen.

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