Comment prier ?

Chants : ARC 95 ; 242 ; 216 ; 471 (182 pour le Notre Père)
Lectures : AT : Ex 32, 7-14
Epître : 1Tim 2, 1-6a Évangile : Jn 16, 23b-28.33
PR : Mt 6, 7-13

Puisque le texte me dit de ne pas faire de mots inutiles, je vais m’arrêter là, tout est dans le texte biblique.

Non ? Vous avez raison. Ce que Jésus nous demande ici, ce n’est pas de renoncer à la prédication, mais à faire de vaines répétitions notamment dans la prière. De nous abstenir de formules creuses qui ne disent rien et ne servent qu’à meubler un silence ou à donner à notre prière une touche poétique. Mais aussi de ces formules par lesquelles nous cherchons à exprimer notre respect pour l’autonomie de Dieu qui seul décide s’il donne suite à nos demandes ou pas… comme « ô grand Dieu, si tu veux nous accorder une faveur, daigne nous donner notre pain de ce jour ». Eh bien, Jésus dit non. Non aux prières répétitives, et non aux prières artificielles. Quand vous demandez du pain, demandez du pain. Une fois de plus, nous pouvons prendre les enfants comme modèle, qui ne font pas de grandes formules de politesse, mais vont droit au but. Même que parfois, nous leur demandons de faire preuve d’un minimum de politesse en disant « s’il te plaît » et « merci ».
Par contre, il y a une erreur commune parmi les enfants comme parmi les grands – eh oui, il suffit de regarder les informations à la télé pour le voir. Cette erreur est de croire que celui qui crie et hurle le plus fort et le plus longtemps est celui à être entendu et écouté en premier. Certes, Jésus nous dit à un autre moment que celui qui insiste, comme l’homme qui tambourine à la porte jusqu’à ce qu’il reçoive le pain demandé, sera exaucé par Dieu. Mais, c’est par l’insistance, non pas par la répétition stupide ni par des formules élaborées pour amadouer, que dis-je, pour embobiner Dieu !
Et pour tous ceux qui se demandent maintenant « et alors, comment prier ? » Jésus fait une proposition. Je ne recopie vraiment pas souvent sur les camarades de la Tour de Garde, mais en ce point ils ont raison : Jésus donne une « prière modèle ». Une prière courte, succinte mais qui comporte tout ce qu’il nous faut prier.
Et même si elle ne fait que quelques lignes, elle est tellement dense et pleine qu’il y a quelques années, avec les prédicateurs laïques de mon secteur, nous avons fait une série de neuf prédications sur cette seule prière. Rassurez-vous, je ne vais pas les reprendre toutes maintenant, j’ai des invités à la maison…
Cette prière peut surprendre non seulement parce qu’elle est courte, mais aussi parce qu’elle est formulée de façon très habile. Je vous invite à relire, chez vous, différentes traductions de la Bible pour voir comment les traducteurs essaient de dire en notre langue du 20e et 21e siècle ce qu’expriment ces vieux mots. Vous verrez, c’est difficile et on bredouille souvent. Il nous faut donc parfois réfléchir pour donner sens, dans notre tête, à des expressions comme « ton nom soit sanctifié ». Qu’est-ce que c’est que sanctifier le nom de Dieu, qui pourtant est déjà saint parce que c’est le nom du Dieu trois fois saint ? Que veut dire que le règne de Dieu vienne ? Et si un traducteur écrit, « fais se réaliser ta volonté », et l’autre « que chacun sur la terre fasse ta volonté », qui a raison et qui a tort ? Je dirais, ils ont raison tous les deux, et ils ont tort les deux. Car Jésus a formulé cette demande de façon à ce que les deux sens soient inclus, mais sans exclure l’autre. Si c’est Dieu qui impose sa volonté ou si c’est à nous de la réaliser dans nos vies – les deux sont exprimés dans « que ta volonté soit faite ». Même si ce n’est plus vraiment notre façon de parler de tous les jours.
Trois demandes donc qui concernent Dieu et sa présence réelle et créatrice dans le monde : au loin – ce qui est saint est intouchable, et si déjà le nom est saint et donc hors de notre portée, que dire de celui que désigne le nom ? En venue vers nous, par son Royaume, sa royauté, son gouvernement du monde, et tout près par l’obéissance à sa volonté, non seulement dans les cieux si loin et si inimaginables mais aussi sur terre, chez nous, par nous.
La quatrième demande concerne les bases de notre vie d’ici-bas. Le pain de chaque jour. Et bien sûr, comme dit Luther, cela implique la nourriture et le vêtement, la demeure, les champs, le bétail, l’argent et tous les biens, un bon époux, de bons enfants, des employés fidèles (quand on en a…), des supérieurs justes, un bon gouvernement, des saisons favorables et donc de bonnes récoltes pour qu’il n’y ait pas famine, la paix, la santé, l’ordre public, l’honneur, de bons amis, des voisins bienveillants…
Tout un cadre, tout notre cadre de vie est inclus dans cette petite demande – mais à la base de tout, le pain du jour. Le bon croûton de pain qui nourrit et qui donne force. Ce que nous mangeons en premier le matin, pour pouvoir affronter le jour. Le pain de ce jour.
Et puis, après ce qui nous redresse physiquement, nous demandons d’être redressés, relevés – oui, relevés comme le Christ au matin de Pâques, donc ressuscités ! – dans notre cœur et âme. Le pardon des péchés. Dans le texte biblique, nous lisons « comme nous avons pardonné à ceux qui nous ont offensés », une nuance souvent oubliée même par des traducteurs fidèles mais qui suivent aussi la tradition bimillénaire. Est-ce que c’est une condition au pardon de Dieu que nous ayons déjà pardonné à ceux qui nous ont fait du mal ?
Jésus raconte une parabole d’un homme qui avait une dette immense. Après avoir imploré la clémence de son créancier, il va lui-même réclamer une petite somme qu’il avait prêté à un autre, et comme il ne l’obtient pas, il remet cet homme à la justice. Jésus nous dit que cet homme-là, parce qu’il est ingrat, perdra la remise de la dette et devra régler chaque centime de sa dette.
Vu sous cet angle, ce n’est peut-être pas condition préalable de pardonner aux autres, mais c’est une condition pour garder le pardon de Dieu.
Ce qui nous mène directement vers les deux dernières demandes, formulées en une seule phrase : nourris de corps et d’âme, remis debout, nous demandons à Dieu de nous aider à ce que nous vivions désormais comme des hommes et femmes debout, des enfants de Dieu, qu’il nous préserve des tentations et nous aide à y résister, et aussi qu’il nous délivre du Mal. J’écris le Mal avec un M majuscule, car pour la Bible c’est plus qu’une force diffuse, voire même seulement une appréciation morale. Le Mal, c’est l’adversaire de Dieu, que la Bible appelle aussi le diable, le perturbateur, qui cherche constamment á s’intercaler entre Dieu et nous. Sur le fond, la demande de nous délivrer du Mal, est déjà accomplie sur la croix, mais si nous demandons cette délivrance, nous demandons à Dieu de nous libérer de la peur, de tout ce qui pourrait faire obstacle dans notre relation avec Dieu, et de nous offrir l’assurance de son amour au-delà de tout.
Nous avons vu, cette prière en seulement quelques lignes demande à Dieu tout ce dont nous avons besoin. Elle n’a pas besoin de supplément, tout ce que nous pourrions lui demander y est déjà dit.
Et non seulement tout est demandé, mais c’est déjà accordé ! C’est devenu réalité, et nous le voyons, nous le vivons. Si nous sommes réunis ce matin, en communion avec des millions de chrétiens autour du monde, n’est-ce pas signe du Royaume de Dieu qui est déjà là ? Et dans quelques instants nous pouvons partager le repas du Christ, auquel il nous invite chacun personnellement, n’est-ce pas signe visible que Dieu nous donne le pain quotidien, qu’il nous pardonne nos péchés, et qu’il nous a délivré du Mal par la victoire pascale du Christ ? Si, j’en suis convaincu. C’est pourquoi nous avons toute raison de le louer, et rien ne nous interdit de redire la louange de Dieu, de la répéter et reformuler toujours à nouveau. A Dieu soit la gloire, sur la terre et dans les cieux, d’éternité en éternité !
Amen.

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