croire ou ne pas croire ?

Chants : ARC 116, 1+4+5+7 ; 489 ; 495 ; 485
Lectures : AT : Es 40, 26-31
Epître : 1Pierre 1, 3-9  Évangile : Jn 20, 19-29
PR : Mc 16, 9-14

Marc a, en principe, fini son livre avec le passage que nous avons entendu la semaine dernière : les femmes trouvent le tombeau vide, prennent très grande peur et n’en parlent à personne.
Mais comme l’histoire n’y est pas finie, il reprend la plume pour au moins résumer brièvement ce qu’écrivent d’autres auteurs : Luc et Jean. Il fait allusion à la rencontre de Marie de Magdala dont nous avons entendu dimanche dernier, et aux disciples d’Emmaüs, et même à l’épisode avec Thomas. Il reste très bref et succinct, son sujet est la vie de Jésus, non pas ses gestes après la résurrection, mais un fil rouge se trouve quand même dans ces quelques versets. « Ils ont entendu la Parole du tombeau vide, mais ils n’ont pas cru. »
Ce non-croire est significatif pour les premières heures après la résurrection. Le seul dont il est dit qu’il crut sans plus que voir la tombe vide, c’est le disciple bien-aimé. Tous les autres, sans exception, ont besoin de rencontrer Jésus ressuscité avant de pouvoir y mettre foi.
Thomas, dont nous avons entendu dans la lecture, ne fait donc pas la grande exception. Il est plutôt celui qui exprime ce que nous tous penserions à la place des disciples. Jésus est mort, les femmes l’ont vu mourir, elles l’ont préparé pour le tombeau, elles sont bien placées pour savoir qu’il est mort. Mort, mort, mort. Et comme chacun sait, une fois qu’on est mort, il n’y a plus de retour. Sauf si Jésus passe par là pour rappeler quelqu’un à la vie, mais ça, il ne pouvait le faire que tant qu’il était en vie ! Maintenant, c’est impossible.
Il est mort, il ne revient plus. Mais faites-vous donc à cette réalité, semblent-ils nous dire, Thomas et Marie et les autres. Ne faites pas comme si ce n’était pas vrai, ça ne vous aidera pas à faire votre deuil. Si vous n’acceptez pas qu’il est mort, vous ne pouvez pas vivre, vous courez toujours après un fantôme.
Jusqu’à la Pentecôte, c’est un même mode opératoire, si j’ose dire, qui se répète : Jésus rejoint la personne dans sa détresse, hier avec catéchumènes ont même dit : il leur court après. Et c’est particulièrement vrai pour les disciples d’Emmaüs. Mais aussi pour Thomas qui a droit à sa rencontre personnelle, alors que les autres sont déjà plus loin. Jésus le rejoint, dans sa tristesse, sa colère aussi sur les dires des camarades. Jésus vient. Souvent, il ne se fait pas reconnaître, mais ouvre l’espace pour que la souffrance, la colère, la tristesse puissent être dites. Souvenez-vous de Marie de Magdala, à qui Jésus a demandé pourquoi elle pleure.
Une fois la pression évacuée, Jésus se révèle. Mais là, tout n’est plus pareil. En fait, même rien n’est plus pareil. Jésus ressuscité n’est plus Jésus d’avant la crucifixion. Il n’est plus le rabbin-guérisseur itinérant, et eux, ils ne sillonneront plus les routes de Judée et de Galilée derrière lui.
Et parce que rien n’est plus comme avant, les disciples ont besoin d’un peu de temps pour comprendre la nouvelle configuration. A l’instant, ils étaient encore occupés par sa mort, ils essayaient de la comprendre, de l’accepter, comme Thomas le dit à ses amis, ils cherchaient comment maintenant continuer leur vie et leur chemin, alors que tout ce qu’ils avaient fait durant les années passées était terminé et semblait même construit sur de fausses promesses, sur des fantômes, puisque tout cela est mort avec Jésus – et là, il se présente devant eux, il leur dit, je suis vivant et vous vivrez avec moi… c’est un renversement total de la situation. Je suis tenté d’utiliser un terme très en vogue de nos jours : c’est une reconversion. Prenez-le au pied de la lettre, il s’agit d’une deuxième conversion, la première avait lieu quand Jésus avait appelé ces disciples-là.
Maintenant, il va les envoyer. Fini le temps où ils marchaient derrière lui. A partir de l’ascension, ils iront au devant, et laisseront derrière eux des traces du Royaume de Dieu, comme il le faisait, avant.
Oui, c’est incroyable. Et impossible de le croire sur parole. Et donc, quand les témoins du Christ ressuscité en parlent à leurs amis, c’est absolument normal que les amis n’arrivent pas à croire. Qu’ils aient besoin d’une rencontre personnelle avec le Christ vivant.
Si maintenant vous vous dites, mais pourquoi sommes-nous là, alors que nous tous n’avons pas vu le Christ vivant, n’avons pas mis les mains dans ses plaies… vous avez tout à fait raison. Mais notre situation n’est pas tout à fait la même. Nous n’avons pas marché avec lui, nous ne l’avons pas vu et entendu avant sa mort. Nous sommes de ceux qu’il a rajouté à l’Église depuis la Pentecôte.
Et nous avons été touchés par le Saint-Esprit. Cet esprit qui a été donné aux disciples justement au jour de Pentecôte. Et qui probablement n’a pas suscité en ceux qui entendaient les premiers témoins de la résurrection, la foi en leur témoignage.
La liturgie de notre Église affirme que la vie éternelle naît d’une rencontre avec le Christ vivant. Nous pouvons dire aussi que la foi naît d’une rencontre avec le Christ vivant. Depuis l’Ascension et la Pentecôte, ces rencontres-là sont des rencontres avec une parole, un témoignage, des rencontres avec des messagers du Christ, des apôtres comme Marie de Magdala. Des messagers comme vous et moi.
Et souvent, vous essayez de partager de votre foi avec quelqu’un, et c’est en vain, il ne veut rien en savoir, il écoute gentiment et n’en fait rien, ou même il vous dit qu’il ne veut rien entendre de ces bondieuseries. Et souvent, ce sont nos enfants, nos petits-enfants, parfois nos conjoints. Ou encore nos catéchumènes, les enfants de l’école biblique qui nous tiennent à cœur…
Notre passage de ce matin peut nous consoler : d’autres déjà n’y ont pas cru tout de suite. Il a fallu l’intervention divine, les paroles humaines n’ont pas suffi. Tout comme elles ne peuvent suffire aujourd’hui. Ni les arguments ni les boutades ni les menaces ne peuvent amener quelqu’un à croire. Là aussi, il faut que Dieu intervienne, par l’action du Saint Esprit. Ce n’est pas de notre pouvoir. Et il ne nous aide pas d’en être tristes ou énervés parce que malgré nos bons témoignages, les autres s’obstinent à ne pas croire, comme Marc semble le faire.
Continuons notre chemin avec le Christ, continuons nos efforts missionnaires – oups, j’ai dit un gros mot qui ne se dit pas dans l’Église Réformée… mais oui, tout comme Marie, Pierre, Jacques et les autres, nous sommes appelés à être apôtres, messagers du Christ, missionnaires qui disent aux autres la bonne nouvelle : le Christ est vivant, et il veut que tu vives avec lui ! Continuons, reprenons forces et élan dans la prière et l’étude de la Bible, reconfortons-nous les uns les autres – et soyons missionnaires !
Amen.

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