je l’ai rencontré !

Chants : ARC 477 ; 118, 1+4+6 ; 473 ; 486 ; 471
Lectures : AT : 1Sam 2, 1-2.6-8a
Epître : 1Cor 15, 1-11  Évangile : Mc 16, 1-8
PR : Jn 20, 11-18
ne sera pas lu avant la prédication
Un tombeau vide, un jeune homme qui porte des paroles bizarres – et c’est tout. Fin de l’histoire. Les femmes ont peur.
Pas seulement qu’il est mort, mais maintenant elles ne peuvent même plus lui faire les derniers soins, préparer son corps au repos éternel… Comme si même la tombe lui était interdite !
Et je pense à certains hommes, condamnés à mort ou morts en prison, ou encore tués lors d’une prétendue arrestation, auxquels notre civilisation, notre culture du XXe et XXIe siècle si éclairée par les lumières et si humaniste a refusé la sépulture, préférant incinérer le corps et disperser les cendres dans la mer ou à un endroit inconnu.
Mais qui que soit cette personne et quoi qu’elle ait commis de son vivant – est-ce que c’est possible pour un esprit humaniste de pousser la vengeance jusque même au-delà de la mort ? N’y a-t-il pas à ce moment-là le jugement divin qui prend le relais ?
En tous cas, le corps de Jésus a disparu. Dernier coup bas des autorités du temple ou vol par des disciples zélés – peu importe, cette disparition empêche les femmes de faire leur deuil et de remplir leurs devoirs vis-à-vis du défunt.
Jean nous raconte que deux disciples, alertés par les femmes, viennent voir et repartent. Et Marie, Marie de Magdala, reste là, seule. Elle pleure, et si on dit « pleurer comme une Madeleine » c’est en faisant référence à ce moment-ci. Seule, perdue, en pleurs. Dans le tombeau, elle aperçoit deux silhouettes, deux hommes apparemment qui lui demandent pourquoi elle pleure. Elle répond par ce qu’elle a déjà dit tant de fois ce matin, sans jamais obtenir de réponse à sa question : « Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où ils l’ont mis. »
Et en se retournant, elle voit un autre inconnu, qui lui pose la même question. Ce doit être quelqu’un d’important, il est imprégné d’une certaine autorité, aussi l’implore-t-elle de lui dire où il a mis le corps, pour qu’elle le reprenne.
À quoi s’attend-elle ? Les deux disciples sont repartis, les deux hommes dans la grotte du tombeau ne lui ont pas répondu, et cet inconnu ne montrera pas forcément beaucoup d’intérêt pour les pleurs d’une femme inconnue. Rarement dans sa vie, elle était si proche de son nom, eau amère, entre amertume et larmes, que ce matin quand elle cherche des réponses et n’en obtient pas.
Mais que ce soit une indication, que ce soit un refus qu’elle attend – elle ne l’obtient pas, et reçoit en même temps bien plus que tout ce qu’elle pouvait espérer. Car l’homme l’appelle par son nom : « Marie ! »
Et c’est ce seul mot qui change tout. Dans un mauvais film hollywoodien, ce serait le soleil qui sort des nuages, un ciel bleu soudain, et un chœur de voix douces qui chante des mélodies sucrées. Le monde change de couleur, il devient tout rose – ah non, nous ne sommes pas dans le film.
Mais effectivement, le monde n’est plus le même. Passé la tristesse, le deuil, la solitude, l’amertume. Car Marie reconnaît en cet homme qui l’appelle par son nom, le Seigneur Jésus. Jésus, qui n’a pas été volé, mais qui est là, qui est vivant, qui lui parle.
La réalité de la résurrection ne se transmet pas par le seul savoir que le tombeau est vide, la joie pascale ne vient pas uniquement du témoignage des autres. Les disciples d’Emmaüs le sauront, plus tard, ainsi que les autres disciples. Thomas est souvent cité comme exemple de celui qui avait besoin d’une rencontre avec le Vivant. Même Paul devra rencontrer le Christ en personne pour croire. Comme Marie, comme les autres hommes qui sont devenus apôtres.
Si je traduis croire par « faire confiance » et « se fier, se confier à (Dieu) », je dois reconnaître que croire n’est pas possible sans une rencontre, sans une relation qui se crée. Si je me limite au témoignage d’un tiers, ma foi n’est pas en Dieu, qui reste objet du témoignage, mais en ce tiers qui m’en témoigne. Alors, c’est à sa parole que je me fie, pas à la parole de Dieu.
Beaucoup d’encre a coulé sur la question pourquoi Marie n’a pas reconnu Jésus. Quelques pragmatiques nous disent : « c’est évident, elle ne l’a pas regardé quand elle lui a parlé, ça ne se faisait pas qu’une femme lève les yeux sur un homme inconnu. Et quand il lui parle, elle se tourne vers lui et le reconnaît. » En effet, il est dit deux fois qu’elle se retourne… D’autres nous expliquent que Jésus est différent, qu’il a maintenant un corps autre, le corps incorruptible de la résurrection dont écrira l’apôtre Paul.
Mais n’est-il pas compréhensible que Marie ne pouvait pas reconnaître Jésus tout simplement parce qu’elle ne s’y attendait point ? Elle le croyait mort, il était donc impossible qu’il soit derrière elle, à venir vers elle. Et c’est souvent la raison pour laquelle nous ne remarquons pas à temps que nous sommes en présence de Dieu : parce que nous ne nous y attendons pas, parce qu’il est différent de toutes nos images de lui… que nous le croyons grand alors qu’il se fait petit, que nous le croyons loin alors qu’il est tout près, que nous le croyons méchant et sévère ou au contraire complètement indifférent alors qu’il est plein de bonté et d’amour, que nous le croyons mort et il est vivant…
Marie, en tous cas, rencontre le Christ vivant en ce moment. C’est en ce moment que s’accomplit pour elle le miracle de Pâques. Et j’ai encore en mémoire ces paroles d’un vieux pasteur retraité de Sanary s/M. qui nous affirmait qu’il ne fallait pas parler de miracle puisqu’il ne s’agit pas d’un banal coup de magie, mais d’un renversement de la réalité, du monde entier, et que pour ce changement total, il fallait employer ce mot qu’il avait retenu de ses études en Allemagne, avant-guerre, il fallait parler de « Wunder ». Il se peut que ce vieux pasteur avait raison, que pour ce renversement total de notre réalité, il faut un mot qui n’est pas de notre langue, un mot tout aussi étranger à notre langage qu’est à notre réalité l’événement qu’il doit décrire.
Il suffit d’un seul mot pour que Marie reconnaisse son maître, et qu’elle l’appelle « mon maître ! » Et il est facile d’imaginer qu’elle veut l’enlacer, le prendre dans les bras pour ne plus jamais le laisser repartir, tellement grande est sa joie. Elle lui dit peut-être même ce que des millions de mères, d’épouses, d’amis disent à ceux qu’ils croyaient morts ou blessés : « maintenant que je t’ai ici avec moi, je ne te laisserai plus partir. » En sachant pertinemment bien qu’ils repartiront, reprendre leur mission, leur voiture, leur avion…
Jésus ne fait pas exception. « Ne me retiens pas, dit-il, j’ai encore une mission à terminer. » C’est typique pour les moments privilégiés avec lui : ils ne durent pas. Il faut qu’il aille ailleurs, accomplir son devoir. Ou bien n’est-ce pas à nous d’accomplir nos devoirs, de ne pas nous perdre dans les moments d’expériences mystiques, mais au contraire de remettre les deux pieds sur la terre, fortifiés par la rencontre particulière avec lui, et de reprendre le service apostolique qui nous est confié, d’être sel de la terre et lumière du monde en étant les témoins du Christ vivant ?
Marie, elle, reçoit une mission. « Va trouver mes frères, et dis-leur que je vais monter vers mon Père qui est votre Père, mon Dieu qui est votre Dieu. » Oui, il a encore quelque chose à terminer, mais Marie a reçu tout un programme, inouï pour son époque. Elle est apôtre, messagère et envoyée du Christ. Elle, une femme. Marie devient apôtre avant les hommes, qui n’auront leur envoi que le soir quand à leur tour ils rencontrent le Christ. Elle devient apôtre bien avant Pierre, qui ne reçoit sa mission particulière qu’au lac de Tibériade.
Messagère du Christ vivant, Marie n’a plus ni tristesse ni peur. Et elle peut laisser Jésus, désormais il est dans son cœur. La rencontre lui a rendu force et vigueur, elle arrive à dépasser les coutumes de son temps, elle va annoncer aux hommes : « il est vivant, je l’ai vu ! »
Lisons, maintenant, le récit que nous propose l’évangéliste Jean, au 20e chapitre, les versets 11 à 18.
Amen.

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