Rendons gloire

Chants : ARC 287 ; 421, 1+2 ; 421, 3+4 ;
Lectures : AT : Es. 50, 4-9
Epître : Phil. 2, 5-11  Évangile : Jn 12, 12-19
PR : Jn 17, 1(2-5)6-8

Notre lecture m’a fait penser à un ami qui disait d’une vieille liturgie en latin que c’était l’heure anglaise. Laudamus te, benedicimus te, adoramus te, glorificamus te. En effet, c’est l’heure du thé… mais si nous traduisons en français, bien sûr nous retrouvons du sens : nous te louons, nous te bénissons, nous t’adorons, nous te glorifions. Parmi ces quatre actions envers Dieu, l’une est particulière, et c’est celle qui est au centre de notre passage : glorifier.
Car louer Dieu, le bénir, l’adorer – ça se passe entre lui et moi. Entre lui et nous peut-être. Mais c’est entre deux, l’un donne louange et adoration, et l’autre, Dieu, reçoit. Glorifier, c’est impossible s’il n’y a pas un tiers. S’il n’y a pas quelqu’un qui écoute, qui se laisse toucher par ma louange. C’est en fait à lui que je parle et non pas à Dieu qui est sujet de mon discours.
Notre passage se situe sur le chemin du dernier repas vers le mont des Oliviers. La fête est terminée, maintenant on arrive aux choses profondes. Jésus n’a pas arrêté, ces dernières heures, d’enseigner les disciples, maintenant et devant les 11 il va prier.
Et nous n’avons lu que les premiers versets de cette prière qu’on appelle la prière sacerdotale, dans laquelle il intercède ardemment auprès du Père pour les disciples. Dans notre passage, nous sommes témoins d’une passation des mains. Jésus, qui avait reçu du Père ses paroles et ses pouvoirs, les lui rend maintenant, en lui demandant de les confier aux disciples. Ils commencent à devenir apôtres, à ce moment même. Désormais, ce sera à eux d’annoncer le Royaume de Dieu, et à eux de proclamer la gloire du Père. Car c’est ce que Jésus a fait, et eux, ils ont cru. Ils ont reçu, accueilli les paroles que Jésus avait eues du Père et qu’il leur transmettait à son tour. A eux que le Père lui avait également confiés.
Et Jésus demande au Père de lui rendre la gloire, à lui aussi. Nous savons ce qu’il en est. Jésus a été élevé par-dessus tous les autres – oui, sur la croix. Et sa gloire, c’était une pancarte contestée par les autorités juives, pancarte qui le proclamait roi des juifs. Mais heureusement l’histoire ne s’est pas arrêtée là, et il a eu la gloire de la résurrection et d’être assis à la droite du Père.
Ce n’est pas la gloire d’un roi qu’ils verront dans l’immédiat, et dans le récit que nous avons entendu, le roi était bien ridicule – il n’avait pas d’armure ni arme, et même pas un cheval. Un ânon devait faire l’affaire, n’est-ce pas triste ? Mais ce triste roi, il vaut plus que tous les autres, ce sera à voir.
Eux, ils croient… et ils prennent une charge. Désormais, c’est à eux que le Père confie les paroles et les pouvoirs. Ils vont aller loin, même si maintenant ils l’ignorent. Et si jusqu’alors, c’est eux que le Père avait confiés au Fils, maintenant c’est à eux qu’il donne le Fils et leur ordonne de le porter dans leurs cœurs et de le transmettre au monde entier.
Passation de pouvoirs. C’est ce qu’on vit de temps en temps, on l’a vu l’an dernier à l’Élysée et récemment au Vatican, mais là il n’y avait pas de contact entre celui qui sortait et celui qui rentrait. La passation de pouvoirs fait partie des cérémonies militaires. Sous un tout autre angle, se fait le transfert entre deux équipes à l’hôpital. Là, c’est plus la responsabilité que le pouvoir qui est transmis, mais l’un et l’autre ne vont-ils pas forcément de pair? Qu’est-ce qu’une responsabilité sans pouvoir, et qu’est-ce qu’un pouvoir sans responsabilité ?
Je pourrais continuer ces pensées, mais j’ai comme un empêchement. Parce qu’aujourd’hui c’est l’assemblée générale (mon ordinateur me propose « assemblée générosité », parfois il n’est pas tout bête !), assemblée générale de l’entr’aide. Et ce cercle pas vicieux du tout de donner, glorifier, donner plus loin, glorifier en retour, entre en échange avec l’entr’aide. Nous en avons discuté, il y a quelques jours, aux débuts de ce mouvement diaconal, il y avait un souci d’évangélisation. L’Armée du Salut y reste toujours très attachée, à sa triade « soupe, savon, salut », ces chrétiens engagés en uniforme n’ont pas peur d’être ridiculisés, tous les soirs ils font le tour des débits de boisson et des abris de fortune sous les ponts et les porches, et ils touchent énormément de monde.
On lit parfois de ces braves femmes de pasteur qui devaient faire face, presque quotidiennement, à un sans-domicile ou plusieurs, que leurs maris avaient invités à la table familiale sans trop demander leur avis. Certaines entre elles étaient rigoureuses, d’abord le savon, la soupe après – et pour ce qui est du salut, c’était le pasteur qui mettait sa dose. Et les « frères itinérants » le savaient, c’était le prix à payer pour un bon souper…
Je pense aux diaconesses, symbole d’un siècle de soins au nom de l’Évangile, qui souvent vivaient une vocation de pasteur auxiliaire, et qui avaient accès aux maisons les plus défavorisées comme aux plus aisées, aux temps que la visite du pasteur était perçue comme une atteinte à la vie privée…
Et je vois la diaconie protestante en Allemagne, je vous en dirai un peu cet après-midi, une énorme usine à gaz parfois avec des budgets inimaginables, mais qui fonctionne comme une entreprise libérale, sous des restrictions budgétaires et des grilles de temps par geste, diaconie qui entretient des établissements pré-scolaires mais accueille tous les enfants de toutes les religions et croit souvent devoir respecter ces enfants par une neutralité religieuse… parce que l’esprit d’aide, de donner, est bien là mais l’esprit de rendre gloire à Dieu, ce qui nécessite de nommer Dieu, il n’ose plus pointer son nez…
Je reste dans le questionnement, et je vous invite de m’y rejoindre. Et si vous avez des réponses, n’hésitez pas à les donner, même là maintenant, c’est un culte un peu particulier ce matin et pourquoi le pasteur serait-il le seul à avoir la parole ?
Est-ce que c’est vraiment glorifier Dieu de le taire ? N’y a-t-il pas contradiction quand on chante « je veux te louer, je veux te bénir devant les nations », mais uniquement dans le temple aux portes bien fermées ? Le pain que vous pères ont mangé dans le désert, ne les a pas empêchés de mourir, c’est ce que nous avons entendu il y a deux semaines, pour l’assemblée générale de l’Église. Ils en ont mangé, mais ils sont morts quand même, alors que le pain qui donne la vie éternelle, c’est le Christ. Mais comment peuvent-ils en manger si nous ne le leur proposons pas ? Ne serait-ce que par un geste bienveillant, accompagné d’un mot de bénédiction.
Nous nous voulons toujours croire Église de multitude, mais soyons sincères : la seule multitude dans ce pays, c’est la foule de gens qui ne connaissent pas Dieu. Nous sommes une Église de minorité avec un ordre, une ordonnance, une mission : allez, faites des disciples en leur disant ce que je vous ai dit. Et sur la demande de Jésus, le Père nous a donné tout ce qu’il faut pour réaliser cette mission. Nous ne sommes pas des enfants. Nous ne sommes pas de pauvres petits pêcheurs qui savent à peine lire et écrire et qui ne comprennent que la moitié de ce qu’ils entendent. Il nous a confié un grand capital, son capital. Alors, avec nos petits moyens, faisons fructifier ce capital, en donnant librement, généreusement à ceux qui sont dans le besoin ! Donnons-leur la baguette, le beurre et le fromage qu’il leur faut pour vivre cette journée, mais soyons tout aussi généreux du pain de la vie, ce pain qui ne rassit pas et qui nourrit pour l’éternité qu’est le Christ vivant, donnons-en à tous ceux qui en manquent, ils sont plus de 40 millions rien que dans notre France ! Nous avons fait, en France, de l’entr’aide qui par définition est un service interne de la communauté, un service de diaconie, d’œuvre charitable qui propose du soutien à tout venant. Cela ne peut avoir du sens qu’en rendant gloire à Dieu, donc en témoignant de celui en qui nous croyons et qui nous fait agir. Si non, ce ne serait pas plus que le son d’une cloche félée, d’une clochette de vache…
Gloire à toi, Père qui nous a donné la vie.
Gloire à toi, Christ qui nous offres la vraie vie.
Gloire à toi, Esprit qui vivifies.
Amen.

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